VegAnimal.info - Lait et Produits Laitiers : mythes et réalités

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" Le lait peut-il provoquer le cancer ? " - The Independant

Nous savons tous que le cancer est lié à l’alimentation. Selon Jane Feinmann, une nouvelle théorie vient dénoncer les produits laitiers comme un déclencheur possible.

Article publié dans le journal The Independent le 12 avril 2004

Traduction par Carine Dos Santos

Lorsqu’on a diagnostiqué un cancer du sein à Amanda Myer à l’âge de 43 ans, la dernière chose à laquelle elle pensait était l’alimentation. "J’avais déjà une alimentation que je considérais saine et équilibrée et je ne voyais rien à y changer. J’avais lu quelque part que le kiwi contient beaucoup d’antioxydants, j’en mangeais donc un par jour et j’ai commencé à acheter du lait biologique sans aller plus loin."

Un an plus tard, après avoir soigné son cancer et connu une récidive de celui-ci, c’était une autre paire de manches. "Le problème était de savoir comment j’allais m’en sortir" se souvient-elle. "J’avais la chance de bénéficier d’un excellent traitement médical, mais j’avais l’impression de vouloir un plus : cette fois, il fallait vraiment que je trouve une façon de m’aider."

Avant même d’avoir à subir un autre traitement à l’hôpital, elle a suivi le conseil de sa sœur et s’est rendue à un séminaire au Centre d’Aide contre le Cancer à Bristol, organisation caritative pionnière en matière de soutien émotionnel, spirituel et physique aux cancéreux. À présent guérie, son médecin consultant lui a confié le mois dernier qu’elle était "sa patiente la plus en forme." Elle met son état de santé sur le compte du soutien du Centre, qui lui a enseigné la relaxation et les techniques de visualisation et surtout qui lui a appris quoi manger et quoi ne pas manger pour contrer la récidive de son cancer.

Depuis ses débuts, le Centre d’Aide contre le Cancer à Bristol fournit des conseils nutritionnels (au cours des premières années, il faisait la promotion du très à la mode "Bristol Diet", privilégiant les diètes au jus et les lavements avec le café). Cependant, il a plus récemment rassemblé la masse grandissante de preuves montrant par exemple, le lien entre alimentation, obésité et cancer. On se dirige à présent vers une nouvelle controverse au sujet de l’un des plus importants litiges concernant la nutrition.

Le mois dernier, le centre a invité un éminent scientifique, le professeur Jane Plant (MBE : Member of the British Empire), auteur de "Votre vie entre vos mains, Comprendre, Prévenir et Surmonter le cancer du sein" (éditions Virgin Books), à s’adresser à un public composé de scientifiques, médecins et responsables politiques dans le cadre d’une conférence sur l’alimentation et le cancer. Le but précis de l’événement était de susciter un débat visant à décider si les produits laitiers doivent ou non porter un avertissement sanitaire en rapport avec certains cancers.

La guerre du professeur Plant contre les produits laitiers et la nourriture industrielle a commencé il y a dix ans, après 4 récidives de son cancer du sein en l’espace de quelques années. La présence d’une énorme tumeur sur un côté de son cou et un pronostic de moins de trois mois, ont inévitablement mobilisé tout son esprit. Elle a passé une soirée à se remuer les méninges avec son mari, également scientifique, récemment de retour d’une mission en Chine, afin de savoir pourquoi une femme sur 10 était atteinte d’un cancer du sein au Royaume-Uni en comparaison avec les 1 sur 10 000 en Chine.

“Quelque chose d’assez particulier s’est produit”, dit-elle. "Peter et moi avons travaillé ensemble si étroitement au cours des années que je ne sais plus lequel a dit en premier : "Les Chinois ne consomment pas de produits laitiers." En se souvenant du nom familier du cancer du sein en Chine ("La maladie des femmes riches") car "elles mangent de la glace ou du fromage comme à Hong Kong", ils en ont eu la confirmation, tout comme au cours d’une incursion approfondie en épidémiologie.

Elle a découvert que les hormones et les médicaments contenus dans le lait de vache, destinés à accélérer la croissance des veaux, comportaient le facteur de croissance insulinomimétique de type 1 (IGF-1), qui entraîne la division et la multiplication des cellules (mécanisme identique à celui qui permet le développement des tumeurs.) Bien que significatives, il n’y a eu que peu d’études prouvant le rôle du facteur de croissance insulinomimétique de type 1 dans le développement du cancer (montrant par exemple que les femmes en période de pré-ménopause ayant un taux important de IGF-1 encourraient un risque supérieur à la moyenne de cancer du sein, tout comme les ovo-lacto-végétariens).

À partir de ce moment-là, Plant était déjà convaincue. Après avoir jeté tous les produits laitiers à la poubelle ce soir-là, elle a constaté que la bosse avait commencé à diminuer en quelques jours et avait totalement disparu en quelques semaines. Son expérience dans le conseil personnel d’une vingtaine d’autres femmes et de milliers d’autres ayant lu son livre et l’ayant "remerciée pour avoir sauvé leurs vies" par email l’ont convaincu du " lien clairement existant entre le cancer du sein et les produits laitiers."

Son nouveau livre, “Comprendre, prévenir et surmonter le cancer de la prostate” publié le mois prochain chez Virgin Books recommande le même régime alimentaire excluant les produits laitiers, conseillant une nourriture exclusivement biologique (pour éviter les pesticides toxiques et les substances polluantes) pour les personnes souffrant de cette tumeur de plus en plus courante, qui, comme le cancer du sein, est liée aux hormones et qui, est étrangement quasi-inexistante en Chine rurale.

Le problème est que le danger des produits laitiers est vu comme extrémiste et non fondé par la plupart des spécialistes en oncologie. Le manque d’essais cliniques de qualité pour argumenter ce qui selon eux ne reste qu’une théorie signifie que les médecins soulèvent rarement le problème de la nutrition avec les patients atteints du cancer et contournent les questions quand on les pose.

Pour le Docteur Clare Shaw, diététicienne au Royal Marsden Hospital (situé à Londres, N.d.T.), la priorité des patients atteints de cancer et subissant un traitement est la nécessité de maintenir un apport nutritionnel adéquat pendant la radiothérapie et la chimiothérapie qui sont très épuisantes. "Une fois le traitement terminé, les gens ont réellement une possibilité de penser à des changements de style de vie qui pourraient empêcher une récidive du cancer. Mais le problème des cliniciens réside dans le manque de preuves certifiant que l’éviction des produits laitiers est bénéfique. Les études qui peuvent généralement être appliquées sont difficiles à mener (parce qu’un régime alimentaire sans produits laitiers et des légumes biologiques est plus susceptible d’attirer un groupe auto-sélectionné de classe moyenne et d’âge moyen.)"

C’est peut-être vrai, mais il faut trouver un moyen d’avancer selon le Centre d’Aide contre le Cancer. Sur les 11 000 personnes, qui contactent sa ligne d’aide chaque année, plus de la moitié demande des renseignements sur la nutrition. "Bien souvent après le diagnostic d’un cancer, les gens cherchent un moyen accessible de s’aider immédiatement" déclare le directeur de la thérapie, Helen Cooke. "Nous savons que 40% des cancers sont provoqués par une mauvaise alimentation et il semble très fortement probable que les récidives de cancers existants sont également influencées par le régime alimentaire. Les gens en ont assez qu’on leur dise de manger des Mars et de plus de glace pour maintenir leur poids. Ils veulent trouver quelque chose de réellement nutritif."

Le Centre d’Aide contre le Cancer exige que le Gouvernement soutienne la recherche indépendante permettant d’identifier le rôle de la nutrition dans la récidive du cancer. Il demande également qu’une information de qualité soit mise à disposition de toute personne diagnostiquée. Ce mouvement est soutenu par une spécialiste en oncologie célèbre, le professeur Karol Sikora, conseillère de l’Organisation Mondiale de la Santé en matière de cancer. "Les malades du cancer veulent de plus en plus savoir ce qu’ils peuvent faire pour eux-mêmes et ils devraient avoir accès à l’information dont ils ont besoin ainsi qu’au soutien qui leur est dû. Les bienfaits psychologiques sont prouvés et je ne doute pas un instant que les personnes qui ont l’impression de se maîtriser ont de meilleures chances de survie."

Les nutritionnistes de Bristol recommandent l’arrêt des produits laitiers et leur remplacement par du soja, la diminution de la consommation de viande ainsi que plus de graines, fruits et légumes. Mais ils ne suivent pas tous les conseils diététiques "légèrement extrêmes" de Jane Plant. "Nous considérons que les gens devraient essayer d’ajouter des aliments nutritifs à ce qu’ils mangent déjà plutôt que de se concentrer sur l’abandon d’aliments. C’est en ajoutant des fruits et des légumes que l’on mange normalement plutôt qu’en se sentant coupable d’apprécier le café et les croissants." selon Cooke.

Cette approche a fonctionné pour Amanda Myer qui évite les produits laitiers à présent mais pas de façon fanatique. "Si je mange dehors et qu’il y a du fromage dans un plat, je le mangerais quand même" nous confie-t-elle. "Je ne pense pas que de petites quantités aient un mauvais effet, et de toute façon je veux éviter tout ce qui me rendra la vie plus difficile. J’achète même de la nourriture non biologique si je n’ai pas le choix. Mais je frissonne en pensant à la quantité de pesticides que je dois avoir consommée avec tout le vin non biologique que je buvais auparavant. J’aime toujours le vin, mais à présent il est toujours biologique."

Traduction de l’article par Carine Dos Santos

Texte original

Could milk be a cause of cancer ?

We all know that cancer is linked with diet. Now a controversial theory singles out dairy products as a possible trigger, writes Jane Feinmann

12 April 2004

Food was the last thing on Amanda Myer’s mind when she was first diagnosed with breast cancer four years ago, at the age of 43. "I was already eating what I considered to be a healthy, balanced diet and didn’t see any need to change it. I’d read somewhere that kiwi fruit contained lots of antioxidants, so I’d have one every day, and I think I started buying organic milk. But that was as far as it went."

A year later, after the cancer had cleared and then returned, it was a different story. "It was a question of, ah, how am I going to get out of this scrape," she recalls. "I was lucky to be receiving excellent medical treatment, but I felt I needed something extra, that this time I really had to find a way to help myself."

Before she even underwent further hospital treatment, she took her sister’s advice and went on a residential course at Bristol Cancer Help Centre (BCHC), the holistic charity that has pioneered physical, spiritual and emotional support for people with cancer. Now recovered, she was told by her consultant last month that she was his "fittest patient". And she puts her health status down to the Centre’s supportive counselling, to learning relaxation and visualisation techniques - and, above all, to finding out what to eat and what not to eat to stop her cancer recurring.

From its beginnings, BCHC has been associated with the provision of nutritional advice - in the early years, promoting the faddish Bristol Diet, involving much juicing and regular coffee enemas. More recently, however, it has brought together the growing mass of evidence showing, for instance, the link between diet, obesity and cancer. Now, however, it is edging towards controversy again by taking on one of the most contentious issues in nutrition today.

Last month, the centre invited the eminent scientist Professor Jane Plant MBE, bestselling author of Your Life in Your Hands - Understanding, Preventing and Overcoming Breast Cancer (Virgin Books), to address an audience of scientists, doctors and policy-makers at a keynote lecture on diet and cancer. The specific aim of the event was to spark a debate over whether dairy food should carry a health warning in relation to specific cancers.

Professor Plant’s war against dairy and non-organic food started 10 years ago, after her breast cancer had recurred four times in the space of a few years. The presence of a huge tumour in the side of her neck, and a prognosis of less than three months, inevitably focused her mind. She spent an evening brainstorming with her husband, also a scientist, who had recently returned from working in China, over the possible reason why one in 10 women get breast cancer in the UK compared to one in 10,000 in China.

"Something rather special happened," she recalls. "Peter and I have worked together so closely over the years that I am not sure which one of us first said, ’The Chinese don’t eat dairy produce’." Recalling the slang name for breast cancer in China - "Rich women’s disease", because "they’re people who eat Hong Kong food, things like ice cream and cheese", provided further confirmation - as did her further foray into the science behind the epidemiology.

Hormones and chemicals in cow’s milk, designed to provoke the rapid early growth of infant cattle, she discovered, include insulin growth factor IGF-1, which causes cells to divide and reproduce - exactly the mechanism that occurs when tumours develop. There were small but significant studies proving the role of IGF-1 in the development of cancer - for instance, showing that pre-menopausal women with high levels of IGF-1 have a higher than average risk of breast cancer, as do dairy-eating vegetarians.

By then, however, Plant was already convinced. Having thrown everything dairy into the rubbish bin that evening, she found that the lump started to reduce in size within days and disappeared within weeks. Her experience in personally advising scores of other women, and thousands of others who have read her book and e-mailed her "to thank me for saving their lives" has convinced her of a "clear link between breast cancer and dairy produce".

Her new book, Understanding, Preventing and Overcoming Prostate Cancer, published next month by Virgin Books, will recommend the same diet of non-dairy, exclusively organic produce (to avoid toxic pesticides and pollutants) for sufferers from this increasingly common tumour, which, like breast cancer, is hormone-related, and which, incidentally, is almost non-existent in rural China. If her previous book is anything to go by, it is set to have a major impact on public confidence in mainstream dietary advice.

For the problem is that the dairy danger is viewed as extremist and unproven by most oncology specialists. The dearth of good clinical trials to support what is, they say, so far only a theory, means that doctors rarely if ever raise the question of nutrition with cancer patients - and skate around the issues if they’re asked.

For Dr Clare Shaw, consultant dietician at the Royal Marsden Hospital, the main priority for cancer patients undergoing treatment is the need to maintain adequate nutritional intake during gruelling radio- and chemotherapy. "Once that’s over, people do have an opportunity to consider lifestyle changes that might help them to avoid a recurrence of cancer. But the issue for clinicians is that there’s no evidence that avoiding dairy produce will bring any benefits. And research that can be generally applied will be difficult to carry out - because a diet involving no dairy and organic vegetables is more likely to attract a self-selected group of people who are middle class and middle-aged."

That may be true - but a way forward must be found, says BCHC. Of the 11,000 people who contact its helpline every year, over half want information on nutrition. "So often following a diagnosis of cancer, people want to find an accessible form of self-help with which they can get started immediately," says the director of therapy, Helen Cooke. "We know that 40 per cent of cancers are caused by poor diet, and it seems highly likely that recurrences of existing cancers will also be affected by diet. People are fed up with being told to eat Mars Bars and extra ice-cream to keep up their weight. They want to find out what is truly nutritious."

BCHC is demanding that the Government backs independent research to identify the role of nutrition in preventing cancer recurrence, and that good quality information is available to everyone following a diagnosis. It’s a move backed by leading oncologist, Professor Karol Sikora, World Health Organisation adviser on cancer. "Increasingly, people with cancer want to know what they can do for themselves, and they should be given all the support and information they need. If for no other reason, the psychological benefits are proven and I have no doubt that people who feel in control have a better chance of survival."

Bristol nutritionists do advise cutting back on dairy foods in favour of soya, with less meat and more grains and fruit and vegetables. But they don’t go all the way with Jane Plant’s "slightly extreme" dietary guidelines. "Our view is that people should try to add nutritious food to what they are already eating rather than focusing on giving things up. It’s about adding more fruit and vegetables to what you normally eat rather than feeling guilty about enjoying coffee and croissants," says Cooke.

The approach has worked for Amanda Myer who now avoids dairy food, but not fanatically. "If I’m eating out and there’s cheese in a dish, I’ll eat it quite happily," she says. "I can’t imagine that small quantities can have any adverse effect, and anyway, I want to avoid anything that makes life more difficult. I’ll even buy non-organic food if there’s no alternative. But I shudder to think of the quantity of pesticides that I must have consumed with all the non-organic red wine that I used to drink. I still enjoy wine, but now it’s all organic," she says.

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