|
Les leaders du lait pour bébés Nestlé, Danone, Mead Johnson, Wyeth, Nutricia, Abbot-Ross, Hipp et Gerber font depuis plusieurs décennies du forcing à grand renfort de campagnes de publicité bien orchestrées dans le monde entier pour encourager les mamans à utiliser le lait en poudre. Le marché mondial du lait pour bébés représentait 2 milliards de dollars en 1979, avec la part de marché du Tiers Monde qui passe d’un tiers à la moitié pendant les années 1970. En 1998, il est estimé à 8 milliards de dollars. Nestlé, le numéro un mondial, contrôle environ 40 % de ce marché.
Pour imposer leurs laits, ces multinationales ciblent hôpitaux et maternités où elles envoient des milliers de représentants de commerce, pour convaincre les mères, principalement dans les pays du Tiers Monde, de la supériorité de l’alimentation artificielle. L’usage du biberon est présenté comme un progrès vers la culture occidentale. Le personnel des hôpitaux et des maternités est encouragé avec des primes et des cadeaux. Les mères repartent chez elles avec du lait en poudre, des biberons, des tétines et le mode d’emploi, convaincues de la supériorité du lait industriel.
Les investissements des multinationales sont colossaux : en 1977, en Tanzanie, par exemple, 147 représentants pharmaceutiques dépensent 1.07 millions de livres sterling pour convaincre 600 médecins de prescrire leurs produits. Ces firmes continuent toujours aujourd’hui à démarcher les maternités et les professionnels de santé. Aux Philippines, Nestlé engage des infirmières fraîchement diplômées pour faire du démarchage à domicile auprès des jeunes mamans.
Depuis une trentaine d’années, l’allaitement au sein régresse, seules 44 % des femmes allaitent aujourd’hui leurs enfants dans le Tiers Monde. À l’échelle mondiale, le pourcentage est plus faible encore, à peine un tiers. Une jeune mère peut facilement passer du sein au biberon, mais l’inverse est impossible. Les quelques jours pendant lesquels elle utilise tous les échantillons suffisent pour faire baisser sa production de lait. Lorsque le stock est épuisé et qu’elle veut reprendre l’allaitement, elle n’a plus assez de lait.
L’Unicef estime qu’a l’heure actuelle un million et demi d’enfants meurent chaque année des effets directs ou indirects de l’alimentation au biberon, soit un enfant toutes les 30 SECONDES. Une grande majorité de ces enfants sont emportés par des déshydratations diarrhéiques, mais aussi par des maladies respiratoires dont la gravité aurait été atténuée par l’allaitement maternel. Le lait concentré Nestlé, reconnu impropre pour nourrir les bébés en Europe, est recommandé pour les bébés fragiles à Singapour et en Malaisie. Et ce, en dépit de ses carences en vitamines A et D provoquant rachitisme et cécité.
Un enfant nourri au biberon a 25 fois plus de chances de mourir de diarrhées qu’un enfant allaité. À Haïti, seuls 3 % des enfants sont allaités au sein, alors que le lait pour bébés revient à 10 dollars par semaine, plus du double du salaire moyen. Une fois que les échantillons ont été utilisés, la mère découvre souvent que sa production de lait ne suffit plus à allaiter le bébé. Le cycle de la diarrhée et de la malnutrition est baptisée commerciogenic malnutrition, une malnutrition provoquée par la recherche du profit.
Source
"Les dessous de l’agroalimentaire, votre caddie en otage" par Predali D.
Liens sur la question :
http://www.mcspotlight.org/beyond/n...
http://www.breastfeeding.com/advoca...
http://www.babymilkaction.org/
"Un vrai progrès : Du lait pour les africains !" par Thierry Souccar.

|