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Par Angeline Benoit, du journal 20 minutes
Christian Jacquiau, ancien expert-comptable, s’était déjà attaqué à la grande distribution. Dans son dernier ouvrage, publié cette semaine, il a choisi d’enquêter sur "Les Coulisses du commerce équitable", aux Editions Mille et une Nuits.
Vous venez de publier un livre sur le commerce équitable, pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?
Dans un précédent ouvrage, sur la grande distribution, je me suis penché sur les dysfonctionnements du commerce mondial : les importations à bas prix, les fournisseurs mal payés, etc. Avec le commerce équitable, je pensais avoir trouvé une alternative séduisante.
Qu’est-ce qui rend le commerce "équitable" ?
Cela veut dire que le prix d’un produit permet à ses producteurs d’en vivre. Mais il n’existe aucune définition officielle. D’où un débat entre ceux qui ont une approche plutôt caritative, " aider les pauvres du Sud ", et ceux qui veulent remettre en cause les règles du commerce traditionnel, en réintroduisant les préoccupations sociales au Nord comme au Sud.
Que peut-on acheter dans ce secteur ?
En théorie, tout. Dans les faits, cela concerne d’abord le café, et quelques denrées agricoles comme le cacao, le thé, des fruits, et plus récemment le coton. Ce sont des produits qui viennent du Sud et qui sont surtout consommés au Nord. A l’origine, les ventes concernaient l’artisanat, mais elles sont restées marginales.
Que reprochez-vous à Max Havelaar ?
Grâce à une communication massive, cette association créée par des missionnaires hollandais à la fin des années 1980 se fait passer pour l’inventeur du commerce équitable, ce qui est faux, et pour un label, ce qui est également faux. Max Havelaar est une marque commerciale privée qu’on retrouve partout, à tel point que le grand public a fini par l’identifier à l’équitable.
Ce sont là des questions de forme, non ?
Pas du tout, car derrière ces mensonges, on découvre des dérives. Max Havelaar a adopté une définition a minima du commerce équitable pour redorer le blason de la grande distribution et de multinationales comme McDonald’s ou Accor, tous connus pour leurs piètres pratiques sociales. L’exemple de Dagris est éloquent. Son coton équitable africain, estampillé Max Havelaar, a servi de monnaie d’échange à des privatisations d’entreprises cotonnières et ouvre la porte aux OGM.
Peut-être, mais cela profite à de petits producteurs des pays du Sud...
C’est parfois le cas, mais pas toujours. Il n’existe pas d’organisme de contrôle indépendant de Max Havelaar. Ce dernier impose des frais aux producteurs, qui paient pour le label, et pour être dans une coopérative. Par contre, il n’offre aucune garantie sur les volumes vendus. Ce système ne permet pas d’échapper à la pauvreté, et il n’est pas toujours plus intéressant. Au Mexique, on a vu des paysans renoncer à l’équitable.
Que répond Max Havelaar à vos critiques ?
Pour eux, le commerce équitable s’arrête aux portes de l’exploitation agricole ou de l’usine. Ils mettent aussi en avant leurs réalisations, comme des écoles ou des dispensaires. Ils se satisfont de construire un îlot d’équitable dans un océan d’inéquitable.
Mais le 100 % équitable existe-t-il ?
Oui, et c’est à lui que les marchands de bonne conscience font le plus de tort. Ainsi, la société Andine vend du café torréfié en Colombie pour que ce pays bénéficie aussi des recettes de la transformation. Dans le textile, Azimut vend des vêtements en assurant l’équité de toute la filière. Ils jouent la transparence en indiquant leurs coûts, leurs prix et leurs marges. D’autres, comme la marque de café Malongo, s’y refusent.
Recueilli par Angeline Benoit
©2006 20 minutes
Pour aller plus loin :
FAQ Max Havelaar France
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