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"Vous avez beaucoup d’espèces de poissons attirantes que vous allez caresser sur la banquise ?" Brigitte Bardot
"Manger du poisson bio, c’est être un consommacteur respectueux de la nature"
La vraie problématique du parfait "consommacteur" n’est pas tant de manger " bio " que de changer sa façon de consommer pour qu’elle soit la moins gaspilleuse d’énergie et de ressources naturelles.
Voici un cas d’école éloquent : Le surimi... bio
La marque " Compagnie des pêches Saint-Malo " - référencée dans les magasins bios (français) - propose du surimi bio en bâtonnets (73% bio) ou râpé (95% bio). Selon la brochure de cette marque, " Tout savoir sur le surimi, source de protéines... et de plaisir ", celle-ci explique que :
"Les merlans bleus sont prélevés dans le respect des ressources marines à 400 mètres de profondeur.
Les filets (de merlans) sont hachés, lavés à l’eau douce, égouttés pour faire une pâte, puis congelés.
À terre, dans l’atelier de Saint-Malo, on y ajoute du blanc d’œuf, du lait entier, " tous biologiques " et un peu de sel de Guérande.
Ensuite, pour lui donner tout son arôme, la pâte est parfumée avec du crabe, puis cuite à la vapeur et enroulée en forme de bâtonnets ou râpée.
Enfin, un peu de paprika est déposé sur la périphérie."
Tout ça... pour ça
Tant de gâchis d’énergie (pêche en eau profonde, hachage, lavage à l’eau, congélation) et d’ingrédients (merlan, œuf, lait, crabe, paprika) pour finalement conclure : " le surimi, c’est riche en protéine et surtout faible en calories " (sic !). Des merlans bleus, simplement frits à la poêle, sont tout aussi riches en protéine et faibles en calories mais surtout moins gaspilleurs d’énergie et de ressources que le surimi de merlans !
Cerise sur le gâteau, la " Compagnie des pêches Saint-Malo " a reçu en février 2006 l’oscar du Développement Durable. Faut-il conclure que cette mode du " développement durable " ne sert qu’à nous renforcer dans notre mauvaise habitude de consommation ? Les consos-bobos-écolos peuvent maintenant s’acheter une bonne conscience en dégustant du surimi bio, plus cher que le lambda " pas respectueux de la mer " vendu en supermarché.
"Ne consommez que les poissons... qui seront en voie d’extinction dans 5 ans"
Certains écologistes bien-pensants se félicitent de cette prise de conscience des pêcheurs et de ce " premier pas " vers une consommation plus respectueuse de la nature. La campagne " développement durable" des écolos de Greenpeace, " Ta mer, t’y penses ", va aussi dans le même sens, nous renforcer dans notre mauvaise habitude de consommation : "Nous les riches occidentaux (et accessoirement généreux donateurs à Greenpeace), continuons à consommer du poisson, mais pas ceux qui sont en voie de disparition, juste ceux qui le seront dans 5 ans parce que nous nous serons tous rabattus sur les mêmes espèces pas encore en voie d’extinction ".
Ce que " Ta mer, t’y penses " et le surimi bio labellisé " développement durable " ne vous disent pas :
Les consommateurs français achètent aujourd’hui 2 fois plus de poisson qu’il y a 20 ans (30 kilos en moyenne par an). Il faut pêcher le poisson toujours plus profondément et toujours plus loin. Par conséquent, le prix du poisson augmente et ce seront encore les plus riches (habitants des pays occidentaux) qui pourront en consommer. Étant donné que l’Europe a massacré ses propres pêcheries, elle exerce maintenant une influence pernicieuse sur le reste du monde et particulièrement le long des côtes des pays les plus pauvres et dont les populations n’ont pas les moyens de consommer leurs propres ressources.
Les fermes européennes d’élevage de poissons conduisent à la traque de petits poissons - tel que le merlan bleu. Chaque année, plus de 30 millions de tonnes de poissons fourrage dont des merlans bleus sont ainsi transformés en granulés pour nourrir les poissons d’élevage. Les 276.000 tonnes de merlans bleus attrapés en Islande devaient être utilisés pour fabriquer de la farine de poisson. 8900 tonnes seulement ont été conservées pour la consommation humaine.
Selon l’Ofimer, l’évolution des quantités de merlans bleus péchés par les chalutiers français entre 1995 et 2001 est de moins 19 %. Selon l’Ifremer, la baisse du stock de géniteurs de merlans dépasse 50 %.
"Manger des poissons en limitant leur souffrance , c’est être un consommacteur respectueux des animaux"
Récemment une association française - qui s’autoproclame défendre mondialement les animaux de ferme, logo Label Rouge à l’appui - s’est félicitée de la création d’un nouveau label "fair fish / poisson équitable".
Voici des extraits du texte initial d’où provient l’info :
"Pour la première fois, des poissons tués correctement au supermarché.
Percée en faveur d’un maniement indulgent des poissons à consommer : dès novembre, Migros vend dans toute la Suisse des poissons conformes aux directives de l’association “fair-fish” : protection des animaux, développement durable et commerce équitable (fair-trade).
L’association “fair-fish” , fondée début 2000 par des organisations de protection des animaux, s’engage pour que les poissons soient eux aussi considérés comme des êtres sensibles à la douleur et soient traités avec respect. C’est la raison pour laquelle les directives “fair-fish” stipulent que chaque poisson doit être étourdi et tué immédiatement après qu’il ait été sorti de l’eau. N’ayant pas trouvé jusqu’à présent de pêcheurs en Suisse ou en Europe de l’ouest qui soient d’accord de suivre ces directives, l’association a eu des contacts fructueux en Afrique de l’ouest."
Business et hypocrisie des labels "bien-être animal"
La première chose qui retient l’attention est que "fair-fish" vient d’un conglomérat d’associations de protection animale. Ceci n’est pas nouveau. Depuis 1994, la RSPCA (asso anglaise équivalente à la SPA) propose le label " Freedom Food " et en octobre 2002 , ce label s’est étendu aux poissons : le saumon d’élevage d’Atlantique :
RSPCA Welfare Standards for Atlantic salmon
Comment ça marche ? La RSPCA reçoit de l’argent des fermiers qui peuvent apposer son logo " Freedom Food - Freedom Farms " sur leurs produits animaux (poisson, viande, œufs, lait). Un inspecteur de la RSPCA est supposé contrôler les élevages qui suivent la charte "bien-être animal" de l’association.
"Supposé" en théorie car en pratique des émissions TV comme "Watchdog" de la BBC (25.10.01) ont filmé en caméra cachée des élevages "freedom farms" où les animaux vivaient dans des conditions similaires aux élevages intensifs :
Hard-up RSPCA finds thousands to hunt for mole
Cruelty at the Co-op
L’autre information qui retient l’attention et vaut son pesant de cacahuètes : " N’ayant pas trouvé jusqu’à présent de pêcheurs en Suisse ou en Europe de l’ouest qui soient d’accord de suivre ces directives, l’association a eu des contacts fructueux en Afrique de l’ouest."
Oui, forcément, la Suisse n’a pas la réputation d’être un pays dont l’activité maritime est importante (pas facile de pêcher des animaux marins dans le lac Leman) ! Et l’Europe de l’ouest a lapidé son vivier marin et doit se rabattre sur les côtes africaines. L’association a eu des contacts " fructueux " avec le Sénégal... et pour cause !
Du colonialisme à la sauce "tuons correctement" les poissons africains
On a demandé un jour à une vendeuse de poissons à Dakar : "Pourquoi tu n’as plus de poisson de qualité, comme autrefois ?". Elle a tout simplement répondu : "Le bon poisson est pris au port pour être envoyé ailleurs".
D’après WorldFish Centre, un institut de recherche indépendant basé en Malaisie, les Africains tirent du poisson 22 % de leur consommation de protéines animales. Dans certains pays, ce taux atteint 70 %. Les pauvres dépendent plus du poisson que les autres, car c’est souvent la source de protéines la moins chère.
Au Sénégal, la consommation annuelle de poisson par habitant est de 21 kg, en France, c’est 30kg. Le poisson fait de plus en plus partie de la nourriture des Africains, mais dans de nombreux pays il y a une demande locale insatisfaite ; celle-ci se tourne vers les produits d’importation à bas prix. Le marché africain est inondé de maquereau et de chinchard congelé, poisson de qualité inférieure.
Mais, que les bobos toubabs se rassurent, ils pourront enfin manger les plus beaux poissons sénégalais "tués correctement".
Pour aller plus loin :
" Pour la première fois, des poissons tués correctement au supermarché "
fair fish
L’Afrique et la pêche
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