Exploitation Animale : Les Racines de l’Exploitation Humaine
"Parce que nous marchandisons et exploitons les animaux, nous sommes d’autant plus enclins à faire la même chose aux humains. L’exploitation animale est le berceau de la cruauté humaine" Charles Patterson, historien social.
Affiche : Plateforme contre la traite des êtres humains
Entretien avec l’historien Charles Patterson, auteur d’Éternel Treblinka : Notre Traitement des Animaux et l’Holocauste (en français et anglais)
Avertissement : 24 Janvier 2006, l’éditeur parisien Calmann-Levy a décidé de traduire et publier le livre "Eternal Treblinka : Our treatment of Animals and the Holocaust" -Source PR Web™ - Sortie en librairie courant janvier 2007.
English version see below
Charles Patterson , historien social et auteur du livre "Éternel Treblinka : Notre traitement des animaux et l’Holocauste", a accepté de répondre aux questions de l’équipe du site VegAnimal.info.
L’entretien a été réalisé en octobre 2005 - Traduction par Isabelle Rineau
Entretien
Charles Patterson
Charles Patterson, pourriez-vous présenter votre livre "Éternel Treblinka : Notre traitement des animaux et l’Holocauste" au public francophone ?
La thèse de mon livre est que l’exploitation et le massacre des animaux est l’oppression centrale et originelle, à partir de laquelle toutes les autres oppressions découlent. La cruauté et l’injustice envers les animaux se retrouve inévitablement chez les humains.
Isaac Bashevis Singer, écrivain yiddish détenteur du prix Nobel est à l’origine du titre de mon livre, qui lui est dédié. Il fut le premier auteur moderne qui ait vraiment utilisé le terme holocauste pour décrire l’exploitation et le massacre des animaux. Il a écrit : “Par rapport à eux, tous les humains sont des nazis. Pour les animaux c’est l’éternel Treblinka.” (Treblinka était un camp de la mort nazi au nord de Varsovie.)
Le livre examine les racines communes de l’oppression animale et de l’oppression humaine et les similarités entre la façon dont les nazis traitaient leurs victimes et la façon dont la société moderne traite les animaux qu’elle massacre pour la nourriture. La dernière partie du livre fait le portrait de défenseurs d’animaux juifs et allemands d’un bord et de l’autre de l’Holocauste, parmi lesquels Isaac Bashevis Singer lui-même.
De nombreuses personnalités internationales dans le milieu associatif, politique, intellectuel etc., ont réagi à votre livre (1) et l’on suppose que des lecteurs issus du grand public ont dû également vous contacter pour vous donner leur impression.
Quels sont les commentaires qui vous ont le plus touché ?
J’ai été surtout touché par les commentaires et les critiques des gens qui ont reconnu l’importance et l’originalité de mon livre.
Par exemple, le journal israélien Maariv a écrit : “Le défi moral posé par Eternel Treblinka en fait un livre indispensable pour celui qui cherche à explorer la leçon universelle de l’Holocauste” et la très respectée Midwest Book Review (US) a décrit le livre comme étant “captivant, controversé, iconoclaste... vivement recommandé... une contribution unique.”
Dr Jane Goodall, célèbre dans le monde entier, a dit de mon livre qu’il “contribuera énormément à corriger les traitements épouvantables que les êtres humains ont infligé aux animaux à travers l’histoire. Je vous recommande vivement de lire ce livre et de bien réfléchir au message important qu’il contient ".
Le magazine new-yorkais Satya écrivit, “Il y a les bons livres... divertissants, utiles, éducatifs ; les livres excellents... dont le message révèle une vérité fondamentale encore inconnue ou ignorée ; et il y a les livres importants... qui peuvent sauver des vies et réduire la souffrance : Eternel Treblinka est les trois à la fois ".
Helen Weaver, l’auteur de The Daisy Sutra est peut-être la personne qui m’a le mieux compris : “Il est rare qu’une oeuvre d’un tel savoir jaillisse d’un cœur compatissant au service d’une cause noble et nécessaire. Tous les ingrédients de votre thèse - le fait que l’oppression des animaux serve de modèle à toutes les autres formes d’oppression - sont à la disposition des gens capables de penser depuis des générations, mais il ne manquait plus que vous pour les rassembler.”
J’ai eu droit à des ronchonnements de la part de certains critiques juifs et autres qui n’avaient évidemment pas lu mon livre mais en rejetaient le titre ou le concept en lui-même, mais en général, la réaction juive m’a beaucoup encouragé.
Deux exemples :
National Jewish Post & Opinion : “Eternel Treblinka devrait figurer sur toutes les listes de livres à lire absolument pour une citoyenneté avisée en raison du caractère complet et captivant de l’histoire de vie et de mort qu’il raconte.”
Martyrdom and Resistance (publication sur l’Holocauste) : “Important et opportun... écrit avec beaucoup d’émotion et de compassion... j’ espère qu’Eternel Treblinka sera lu par beaucoup de monde.”
The Freethinker (RU) a dit qu’Eternel Treblinka “captive comme un roman à suspens” et j’aime beaucoup la réaction du Dr. Karen Davis, présidente de United Poultry Concerns (US) qui a dit de mon livre qu’il “promet d’être l’un des livres les plus influents du 21ème siècle”. J’espère qu’elle a raison et pour l’instant tout porte à y croire.
Votre livre, commenté par beaucoup de lecteurs comme étant "une grande contribution à l’humanité", a déjà été publié dans plusieurs langues européennes comme l’Italien, l’Allemand, le Tchèque, le Polonais, le Croate mais toujours pas en Français.
Comment expliquez-vous que la France - le pays des droits de l’Homme - soit en retard par rapport à ses voisins allemands et italiens ?
Je ne doute pas que, sous peu, un éditeur français courageux et prévoyant se présentera. Eternel Treblinka ne sera pas tout de suite un best-seller, mais c’est un livre que le temps rattrapera et qui durera longtemps après que les best-sellers actuels aient été lus et oubliés.
Sur la toute première page de mon livre, je parle de Michel Montaigne (1533-92), un grand essayiste français qui a écrit sur “ces privilèges excessifs qu’il (l’homme) suppose avoir sur les autres espèces vivantes.” Il pensait que la présomption était “le mal naturel et originel” de l’homme. “L’être vivant le plus fragile et le plus voué au désastre c’est l’homme. Pourtant, c’est aussi le plus arrogant... Comment peut-on imaginer une chose aussi ridicule telle que le fait que cette malheureuse créature pitoyable, qui n’est même pas maître d’elle-même, puisse se nommer maître et seigneur de l’univers ?” La conclusion de Montaigne était la suivante : “Il semble que ce n’est pas par jugement réel, mais par fierté et entêtement stupide que nous nous plaçons avant les animaux et que nous nous isolons de leur condition et de leur société.”
Donc vous voyez, c’est en France avant tout autre pays que l’idée de droit des animaux a commencé.
Beaucoup de lecteurs considèrent également votre ouvrage comme "le plus important livre sur les droits des animaux".
Comment définiriez-vous : "les droits des animaux" ?
Quels droits les animaux doivent-ils avoir ?
Les animaux devraient avoir le droit de vivre leur vie sans avoir à subir les cruautés de l’espèce humaine supérieure. Comme dit l’écrivaine américaine Alice Walker, “Les animaux du monde existent pour leurs propres raisons. Ils n’ont pas été crées pour les humains, pas plus que les noirs n’ont été crées pour les blancs ou les femmes pour les hommes".
Depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, les humains ne sont (en théorie) "plus" considérés comme des marchandises, pourtant, ils sont toujours plus exploités et traités comme telles (2).
Comment briser cette chaîne infernale de l’oppression et de la marchandisation des humains ?
Le message de mon livre est que, parce que nous marchandisons et exploitons les animaux, nous sommes d’autant plus enclins à faire la même chose aux humains. L’exploitation animale est le berceau de la cruauté humaine.
La meilleure façon de prendre le mal à la racine de ce comportement et cette façon de penser fasciste et sans fondement envers les autres, est de protéger les êtres les plus vulnérables au monde - les animaux. Faire du monde un endroit plus sûr pour les animaux en fera un endroit plus sûr pour les humains aussi. Si les gens apprennent à être plus compatissants envers les animaux, ils agiront de la même façon envers les êtres humains. L’oppression animale forme le terrain propice d’où naissent les persécutions, le racisme, les génocides, les guerres, le terrorisme, le colonialisme, l’esclavage, et toute autre atrocité dans laquelle nous, en tant qu’espèce supérieure, nous engageons avec insistance.
Dans la première partie du livre : "A Fundamental Debacle", vous donnez des exemples historiques de groupes d’humains (les premiers habitants d’Amérique, les noirs d’Afrique, les juifs sous le régime nazi, etc.) qui furent traités "comme des animaux" ou assimilés comme tels pour "légitimer" leur esclavagisme et leur génocide.
Quels autres exemples issus, cette fois-ci, de l’actualité récente utiliserez-vous pour illustrer des similitudes d’oppression, de violence et de massacre d’animaux humains et non-humains ?
Tout d’abord, les victimes étaient désignées et appelées animaux. Puis, elles furent exploitées (esclavage humain) et massacrées (holocauste) comme les animaux. Le chapitre 2 de mon livre (“Wolves, Apes, Pigs, Rats, Vermin : Vilifying Others as Animals”) explique en détail comment la pratique d’appeler les gens des animaux sert de prélude à leur persécution, leur exploitation et leur massacre. C’est pourquoi appeler des gens des “animaux” est toujours un signe inquiétant. Tous les génocides ont été précédés par ce genre de dénigrement, et dans mon livre j’en parle plus en détail. Il convient de citer un exemple : pendant les années précédant le génocide arménien, les Turcs Ottomans appelaient les Arméniens rajah (bétail). “L’utilisation de l’image animale laisse tout à fait présager l’avenir”, écrivit un des spécialistes en science politique dont je parle dans mon livre, “comme la description nazie des Juifs qu’ils appellent rats, et la référence hutu des Tutsis qu’ils appellent insectes. De telles allusions à la sous-humanité de l’ennemi peut laisser présager la possibilité d’un carnage en masse.
Selon la définition du dictionnaire, le mot génocide est utilisé pour qualifier une extermination méthodique d’un groupe HUMAIN, pourtant, certains protecteurs des animaux l’emploient également pour définir un massacre animal.
Est-ce banaliser ou vider ce terme de son sens que de l’étendre à la tuerie d’une espèce animale ? Il y a t-il un "génocide des bébés phoques" comme il y a un génocide de l’ethnie Tutsis ?
Le terme génocide se rapporte aux êtres humains et je ne vois aucune raison d’en changer la définition. Peut-être faut-il trouver un nouveau mot pour remplacer le “génocide” des animaux.
Beaucoup de personnes considèrent que l’on ne peut pas s’occuper et défendre en même temps les humains et les animaux.
Selon eux, c’est se disperser et perdre de son efficacité. Qu’en pensez-vous ?
Mon livre est censé remettre en question ce genre de pensée superficielle. Elle présume que l’espèce humaine est la seule espèce qui compte et que les animaux ne méritent pas d’être protégés parce qu’ils sont “inférieurs”. Cette façon de penser est typique de la façon de penser fasciste et hiérarchique qui pervertit notre société.
Dans la préface de mon livre, je cite Steven Simmons, activiste contre le sida et pour les animaux, qui décrit bien ce genre de pensée : “Les animaux sont les victimes innocentes de la vision du monde qui soutient que certaines vies ont plus de valeur que d’autres, que les tout-puissants ont le droit d’exploiter les impuissants, et que les faibles doivent être sacrifiés pour les plus forts.”
Ceux qui défendent, protègent et se battent contre l’oppression des animaux agissent au cœur du problème ; les autres font partie du problème, pas de la solution.
Que pensez-vous du mode de vie vegan (mode de vie qui exclut toute forme d’exploitation animale dans son alimentation, vêtement, loisir etc.) ? Selon vous, quel type de mode de vie serait le plus respectueux envers les hommes, les animaux et la planète ?
Bien qu’étant moi-même végétalien, ma conscience de l’envergure de l’exploitation et du massacre des animaux par notre société est un développement relativement récent. J’ai grandi et ai passé la plupart de ma vie adulte à manger des animaux sans être conscient du fait que notre société soit autant construite sur la violence institutionnalisée envers les animaux. Pendant longtemps, je n’avais jamais pensé à contester ou simplement remettre cela en question.
Les recherches et l’écriture de ce livre m’ont fait changées de régime (de carnivore à végétalien - j’ai sauté la phase végétarienne), et j’ai appris par la suite que le livre a eu un effet similaire sur d’autres lecteurs.
Il y a d’autres bonnes raisons de passer à un régime à base de végétaux : la santé, l’environnement, la faim dans le monde, etc., mais pour moi la violence envers des êtres vivants innocents est la raison la plus importante. Il y a déjà beaucoup trop de violence dans le monde. Le moins que je puisse faire, c’est de ne pas y rajouter.
Le veganisme est souvent décrit par ses détracteurs comme une "utopie naïve en totale contradiction avec la vraie nature de l’Homme : un prédateur, en haut de l’échelle alimentaire, supérieur aux autres animaux en intelligence et émotion".
Que répondrez-vous à cette opinion commune ?
Cette affirmation de la suprématie humaine et le droit de tuer les plus faibles, c’est la pensée fasciste à l’état pur. Adolf Hitler résuma au mieux cette pensée sans fondement lorsqu’il déclara : “Celui qui ne possède pas la puissance perd le droit à la vie.”
Jamais les croyances d’Hitler n’ont trouvé de terrain plus fertile que dans notre monde moderne industrialisé, où chaque jour, des millions d’agneaux, de veaux, de cochons, de poulets, de vaches, de chevaux, et autres animaux innocents, sont transportés dans des centres d’abattages pour être massacrés pour les tables de l’espèce supérieure. Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent pas protester et se défendre face à ceux qui ont décidé de les tuer pour les manger.
Finalement, en tant qu’historien social, comment prévoyez-vous l’évolution de la société humaine ?
L’ Eternel Treblinka pour les humains et les animaux cessera-t-il ?
Je conclus cette interview de la même façon que je termine mon livre :
Combien de temps est-ce que ces atrocités continueront sans que nous élevions la voix pour protester ? Renforcé par notre refus, notre indifférence, nos coutumes stupides qui remontent aussi loin que nos origines primitives, notre oppression et notre exploitation des animaux semble éternelle et sans espoir.
La bonne nouvelle c’est que puisque de plus en plus de gens disent “non” aux abattoirs et tout ce que cela représente, on peut espérer qu’un jour ces abominations prendront fin. Mais en attendant, que faire pour le massacre en masse de tous ces jeunes animaux innocents qui a lieu impitoyablement, jour après jour ?
Pour conclure, je pense que plus tôt on arrêtera cet holocauste des animaux, mieux ce sera pour nous tous - que l’on soit auteurs, spectateurs ou victimes.
Merci, Charles Patterson.
Merci de m’avoir donné l’opportunité de parler de mon livre. J’espère qu’il sera bientôt traduit et publié en France.
(2). Chaque année, le Bureau de la Surveillance et la Lutte contre le Trafic Humain (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons) du Département d’Etat Américain (U.S. Department of State) publie un rapport détaillé sur le trafic des êtres humains. Pour accéder à la totalité du rapport, cliquez ICI.
Pour en savoir plus sur Charles Patterson et son livre, lisez également les interviews en anglais qu’il a donné à :
Visitez également le site officiel du livre et de son auteur : www.powerfulbook.com/.
Interview with Charles Patterson, author of Eternal Treblinka : Our treatment of Animals and the Holocaust.
Charles Patterson, social historian, author of the book "Eternal Treblinka : Our treatment of Animals and the Holocaust", has agreed to answer questions posed by the team of the website VegAnimal.info.
The interview took place in October 2005.
Interview
Charles Patterson, could you introduce your book "Eternal Treblinka : Our treatment of animals and the Holocaust" to the French-speaking public ?
The thesis of my book is that the exploitation and slaughter of animals is the original and central oppression from which all other oppressions flow. The cruelty and injustice visited on animals inevitably gets visited on humans.
The book’s title comes from the Yiddish writer and Nobel Laureate, Isaac Bashevis Singer, to whom the book is dedicated. He was the first major modern author to describe the exploitation and slaughter of animals in terms of the Holocaust. "In relation to them, all people are Nazis," he wrote, "for animals it is an eternal Treblinka." (Treblinka was the Nazi death camp north of Warsaw.)
The book examines the common roots of animal and human oppression and the similarities between how the Nazis treated their victims and how modern society treats the animals it slaughters for food. The last part of the book profiles Jewish and German animal advocates on both sides of the Holocaust, including Isaac Bashevis Singer himself.
Many international personalities in charities or political, intellectual circles etc., reacted to your book (1) and presumably, general public readers have also contacted you to give their impressions.
What are some of the comments that touched you the most ?
I was most moved by comments and reviews from people who recognized the book’s originality and importance.
For example, the Israeli newspaper Maariv wrote, "The moral challenge posed by Eternal Treblinka turns it into a must for anyone who seeks to delve into the universal lesson of the Holocaust" and the highly respected Midwest Book Review (US) called the book "compelling, controversial, iconoclastic...strongly recommended...a unique contribution,"
The world famous Dr. Jane Goodall said that my book "will go a long way towards righting the terrible wrongs that human beings, throughout history, have perpetrated on non-human animals. I urge you to read it and think deeply about its important message."
Satya Magazine in New York wrote : "There are good books...entertaining, useful, informative ; great books...whose message reveals a fundamental truth previously unknown or overlooked ; and important books...that can save lives and ameliorate suffering : Eternal Treblinka is all three."
Perhaps the person who understood best what I was doing was Helen Weaver, author of The Daisy Sutra : "It is seldom that such a comprehensive work of scholarship springs from a heart of compassion in the service of a noble and necessary idea. All the ingredients of your thesis—that the oppression of animals serves as the model for all other forms of oppression—have been available to thinking people for generations, but it remained for you to pull them together."
While there was grumbling from a few Jewish and other commentators, who obviously did not read the book but objected to its title or to the very idea of the book, I was very heartened by the overall Jewish reaction. Two examples :
"Eternal Treblinka should be on every list of essential reading for an informed citizenry.for the compelling comprehensiveness of the life-and-death story it tells." —National Jewish Post & Opinion
"Important and timely...written with great sensitivity and compassion...I hope that Eternal Treblinka will be widely read." —Martyrdom and Resistance (Holocaust publication)
The Freethinker (UK) said Eternal Treblinka "grips like a thriller" and I very much like the reaction of Dr. Karen Davis, president of United Poultry Concerns (US), who said my book "promises to be one of the most influential books of the 21st century," I hope she’s right, and the early signs are that she is.
Your book, referred to as "a great contribution to humanity" by many readers, has already been published in several European languages such as Italian, German, Czech, Polish, Croatian but still not in French.
How do you explain that France, which is the country of human rights, is late, compared to its German and Italian neighbours ?
I have no doubt that a brave and far-seeing French publisher will step forward before too long. “Éternel Treblinka” will not be an immediate bestseller, but it’s a book that the times will catch up with and will last long after most of today’s bestsellers are gone and forgotten.
On the very first page of my book I write about the great French essayist Michel Montaigne (1533-92), who wrote about "these excessive prerogatives which [man] supposes himself to have over other existences." He believed that man’s "natural and original disease" was presumption. "The most calamitous and fragile of all creatures is man, and yet the most arrogant....Is it possible to imagine anything so ridiculous as that this pitiful, miserable creature, who is not even master of himself, should call himself master and lord of the universe ?" Montaigne’s conclusion was : "It is apparent that it is not by a true judgment, but by foolish pride and stubbornness, that we set ourselves before other animals and sequester ourselves from their condition and society."
So you see, animal rights thinking started in France before any other country.
Many readers also regard your book as "the most important book on animal rights".
How you would define : "animal rights" ?
Which rights should animals have ?
Animals should have the right to live out their lives free from the cruelty of the human master species. As the American writer Alice Walker put it, "The animals of the world exist for their own reasons. They were not made for humans any more than black people were made for whites or women for men."
Since the Universal Declaration of Human Rights, humans (in theory) are "no longer" regarded as goods. However, they are still more and more exploited and treated as such (2).
Is there a way to break this infernal chain of human oppression and trade ?
The point of my book is that because we commodify and exploit animals we are all the more prone to do the same thing to. Animal exploitation is the cradle of human cruelty.
The best way to get to the root of the problem of this fascist, might-makes-right thinking and behavior against others is to protect the world’s most vulnerable beings-animals. To make the world safer for animals will help make it safer for humans as well. If people learn to be more compassionate and just to animals, they will act that way to other people. Animal oppression is the breeding ground for the persecution, racism, genocide, war, terrorism, colonialism, slavery, and all the other atrocities we, the master species, insist on engaging in.
In the first part of the book : "A Fundamental Debacle", you give historical examples of humans’ groups (native Americans, black Africans, the Jewish community under the Nazi regime, etc.) who were treated "like animals" or were assimilated as such "to legitimate" their slavery and their genocide.
Which other examples taken from recent news this time, will you use to illustrate similarities with regards to oppression, violence and massacre of human and non-human animals ?
First, the victims were designated and called animals. Then, they were exploited (human slavery) and slaughtered (Holocaust) like animals. Chapter 2 of my book (“Wolves, Apes, Pigs, Rats, Vermin : Vilifying Others as Animals”) goes into detail about how the practice of designating people as animals serves as a prelude to their persecution, exploitation, and murder. That is why calling people “animals” is always an ominous sign. Every genocide has been preceded by just this sort of vilification, and in my book I discuss this in some detail. It is significant, to cite one example, that in the years leading up to the Armenian genocide, the Ottoman Turks referred to Armenians as rajah (cattle). "The use of animal imagery is particularly foreboding," wrote one of the political scientists I quoted in my book, "as in Nazi depictions of the Jews as rats and Hutu references to Tutsis as insects. Such allusions to the subhumanity of enemies can be an early sign of the potential for mass bloodshed."
According to dictionary definitions, the word “genocide” is used to describe the methodical extermination of a HUMAN group. However, some animal defenders also employ it to describe an animal massacre. Does applying this word to refer to the slaughter of an animal species result in trivialization or a loss in its significance ?
Can we talk about a "genocide of babies seals" in the same way as a genocide of the Tutsis’s ethnic group ?
Genocide refers to human beings, and I see no reason to change the definition. Perhaps a new word for the "genocide" of animals needs to be found ?
Many people consider that one cannot be involved in defending humans and animals at the same time. According to them, it results in a loss of focus and efficiency.
What are your views on this ?
My book is meant to challenge that kind of superficial thinking. It assumes that the human species is the only species that counts and that animals are undeserving of protection because they are "inferior." This is way of thinking is typical of the hierarchical, fascist mindset that pervades our society.
In the Preface to my book I quote the AIDS and animal activist Steven Simmons, who described well this kind of thinking : "Animals are innocent casualties of the world view that asserts that some lives are more valuable than others, that the powerful are entitled to exploit the powerless, and that the weak must be sacrificed for the greater good."
Those who defend, protect, and fight against the oppression of animals are going to the heart of the matter ; those who don’t are part of the problem, not part of the solution.
What you think of the vegan way of life (which excludes any form of animal exploitation in food, clothing, leisure etc.) ?
In your opinion, which type of way of life would be the most respectful towards humans, animals and the planet ?
Although I myself am vegan, my awareness of the scope of our society’s exploitation and slaughter of animals has been a relatively recent development. I grew up and spent most of my adult life eating animals and being oblivious to the extent to which our society is built on institutionalized violence against animals. For a long time it never occurred to me to challenge or even question this.
Researching and writing this book changed my diet (carnivore to vegan-I skipped the vegetarian stage), and I’ve since learned that the book has had a similar effect on some readers.
There are other good reasons for switching to a plant-based diet : health, environment, world hunger, etc., but for me violence against innocent living beings is the most important consideration. There’s much too much violence in the world already. The least I can do is not add to it.
Veganism is often described by its detractors as a "naive Utopia in total contradiction with the true nature of human beings who are predators on top of the food scale, superior to other animals when it comes to intelligence and feelings".
What is your response to this common opinion ?
This assertion of human supremacy and the right to kill those who are weaker is pure fascist thinking. Adolf Hitler summed up this might-makes-right attitude best when he declared, "He who does not possess power loses the right to life."
Nowhere has Hitler’s belief found more fertile soil than in our modern industrialized world, where each day millions of lambs, calves, pigs, chickens, cows, horses, and other animals, most of them very, very young and all of them innocent, are transported to killing centers to be slaughtered for the tables of the master species. Why ? Because they can’t fight back and defend themselves against those who choose to kill and eat them.
Finally, as a social historian, how do you foresee the evolution of mankind ?
Will the “Eternal Treblinka" for humans and animals stop ?
I conclude this interview the same way I ended my book :
How long will these atrocities continue without our raising our voices in protest against them ? Fortified by denial, indifference, and mindless custom that stretches back to our primitive origins, our oppression and exploitation of animals seems hopelessly eternal.
The good news is that since a growing number of people are saying "no" to the slaughterhouse and all that it stands for, there is hope that someday this abomination will come to an end. In the meantime, however, what about the mass slaughter of all those young and innocent ones that takes place mercilessly day after day ?
By way of conclusion, I say the sooner we end this animal holocaust, the better it will be for all of us—perpetrators, bystanders, and victims alike.
Thank you, Charles Patterson.
Thank you for the chance to talk about my book. I hope before too long it will translated and published in France.
Entretien avec le juriste Gary L. Francione sur l’abolitionnisme par opposition aux réformes sur le bien-être animal
Gary L. Francione, spécialiste de la question animale en droit, a accepté de répondre aux questions de Virginie Bronzino du site d’information VegAnimal.
Cet entretien a été réalisé en décembre 2005 avec l’aide de Rebecca Palmer.
Gary L. Francione est professeur de droit à la Rutgers University School of Law de Newark, au New Jersey. Il enseigne le sujet des droits des animaux ainsi que le droit depuis plus de 20 ans. Il a donné des conférences sur les droits des animaux partout aux États-Unis, au Canada et en Europe et a été invité à de nombreuses émissions de radio et de télévision. Il est l’auteur des ouvrages Animals, Property, and the Law (1995) [Les animaux, la propriété et la loi], Rain Without Thunder : The Ideology of the Animal Rights Movement (1996) [La pluie sans le tonnerre : l’idéologie du mouvement des droits des animaux] et Introduction to Animal Rights : Your Child or the Dog ? (2000) [Introduction aux droits des animaux : votre enfant ou le chien ?], ainsi que de plusieurs articles de journaux, rubriques encyclopédiques et articles de magazines portant sur les droits des animaux non humains. Son dernier livre, Animals Rights, Animal Welfare, and the Law [Les droits des animaux, le bien-être des animaux et le droit], sera publié en 2007. Il a écrit, en collaboration avec Anna E. Charlton, le livre Vivisection and Dissection in the Classroom : A Guide to Conscientious Objection (1992) [Vivisection et dissection en classe : un guide pour l’objection de conscience]. M. Francione a représenté, à titre gratuit, de nombreux défenseurs des animaux, ainsi que des groupes locaux et des organismes nationaux et internationaux de protection des animaux.
Gary Francione est un personnage bien connu du mouvement de protection des animaux pour sa critique du bien-être animal, sa théorie abolitionniste en faveur des droits des animaux fondés uniquement sur la conscience animale et sa promotion du véganisme à titre d’engagement personnel pour l’abolition.
Entretien
Gary L. Francione
Gary, en tant que juriste et professeur de droit, qu’entendez-vous par "droits des animaux" ? Qu’enseignez-vous exactement à vos étudiants concernant les droits des animaux ?
On peut difficilement condenser 25 années de réflexion ainsi que des milliers de pages écrites en une brève réponse, mais voici ma position.
Dans un premier temps, la réglementation de l’exploitation des animaux, comme les mesures visant à imposer des cages d’élevage en batterie plus spacieuses pour les poulets, n’a rien à voir avec les droits des animaux. Il s’agit d’ailleurs de l’argument central de mon livre Animals, Property, and the Law. La position en faveur des droits entraîne l’ abolition et non la réglementation de l’exploitation des animaux.
Dans un deuxième temps, comme je le soutiens dans Introduction to Animal Rights : Your Child or the Dog ? , l’abolition exige la reconnaissance d’un droit moral, soit celui de ne pas être traité comme une propriété ou comme une chose. Le problème vient du fait que nous voyons les animaux comme des marchandises qui ne possèdent que la valeur que nous voulons bien leur attribuer. J’insiste sur le fait que le droit de ne pas être une propriété constitue principalement un droit moral et non un droit légal. Plus concrètement, si notre manière de traiter les non-humains doit subir une transformation importante et significative, celle-ci ne se concrétisera que s’il se produit un changement de paradigme dans notre réflexion morale et qu’un grand nombre de personnes acceptent que l’esclavage animal est une pratique condamnable. La loi pourrait par la suite contraindre l’observation de cette position morale, mais celle-ci ne peut être imposée par la loi. Nous sommes toutefois loin d’un changement de paradigme dans la réflexion morale qui est nécessaire à une telle transformation.
Dans un troisième temps, l’action de sensibilisation la plus significative que peuvent mener les tenants de la position en faveur des droits est de devenir végans, et par conséquent de rejeter le statut de propriété des non-humains de leur propre vie. Ensuite, c’est de sensibiliser d’autres personnes au véganisme. Je doute fort que l’utilisation du système juridique produise de bons résultats à ce point-ci puisque le mieux qu’on puisse espérer est une réglementation encore plus portée vers le bien-être, ce qui allège peu, voire pas du tout, la souffrance animale et va au contraire à l’encontre du but recherché. Comme j’en discute dans Rain Without Thunder : The Ideology of the Animal Rights Movement, si les défenseurs des animaux souhaitent canaliser leurs énergies dans des campagnes législatives ou juridiques, ils devraient demander l’interdiction, et non la réglementation, des diverses facettes de l’exploitation des animaux. Par exemple, j’ai prétendu qu’il était préférable d’interdire l’utilisation de non-humains dans des types particuliers d’expérimentation plutôt que d’établir des règles visant à poursuivre ces expériences de façon plus "humaine". Nous pouvons, grâce à des interdictions, nous diriger de plus en plus vers l’abolition du statut de propriété des non-humains. Mais j’insiste sur le fait qu’aucune forme de défense des animaux ne peut se substituer ou être supérieure au véganisme et aux campagnes visant à sensibiliser les gens au véganisme, plus particulièrement à cette étape-ci.
Dans un quatrième temps, je ne crois pas que la solution consiste à octroyer aux animaux une qualité d’agir en justice afin qu’ils puissent intenter des poursuites, ni à augmenter les pénalités imposées pour avoir enfreint les lois contre la cruauté envers les animaux, lesquelles ne s’appliquent du reste qu’à seulement à un petit nombre d’entre eux. La question n’est pas de savoir si la vache devrait avoir le droit légal de poursuivre le fermier pour traitement cruel ; la question est de savoir pourquoi la vache existe au départ. Si nous prenions les animaux au sérieux d’un point de vue moral, nous cesserions de faire naître des animaux domestiques pour nos propres besoins et n’officialiserions pas cette exploitation en demandant davantage de réglementation au sein du système juridique.
Dans un cinquième temps, si nous cessions de faire naître des animaux domestiques, les seuls conflits qui subsisteraient concerneraient les humains et les animaux vivant à l’état sauvage. Si nous considérions que ces non-humains ont une valeur intrinsèque, nous devrions alors respecter leur milieu et ne pas résoudre les conflits en utilisant des méthodes pouvant leur faire du mal ou les tuer. Autrement, nous devrions les laisser tranquilles.
L’animal n’est-il pas le meilleur client au monde pour un avocat ? Il ne pourra jamais protester et virer son avocat s’il ne le défend pas correctement.
Pensez-vous que certaines personnes choisissent d’être défenseurs et porte-parole des animaux pour cette raison ?
Je ne prétends pas être en mesure de connaître les motivations des autres personnes. Mais je pense toutefois que votre question soulève un problème corollaire important qui concerne le mouvement de protection des animaux dans son ensemble et pas uniquement la profession juridique.
Les défenseurs des animaux n’ont pas à rendre de compte à leurs groupes de partisans, comme les autres mouvements pour la justice sociale. Cela veut dire que si nous, les humains, nous trompons, les non-humains ne peuvent pas nous dire que nous nous sommes trompés. Cette situation confère aux défenseurs des animaux la responsabilité bien particulière de devoir réfléchir soigneusement aux positions qu’ils adoptent et d’être très attentifs à ne pas laisser des considérations financières dicter ces positions. Beaucoup de grandes organisations vouées à la protection des animaux, plus particulièrement aux États-Unis, choisissent des campagnes, me semble-t-il, en fonction de leur capacité pressentie à recueillir des dons. Par exemple, de nombreux groupes hésitent à adopter la position que le véganisme devrait constituer une base du mouvement parce qu’ils ne veulent pas risquer d’offusquer ceux qui ne sont pas végans et se priver de leur contribution.
Des problèmes du même genre existent chez les avocats. Par exemple, de nombreux « avocats des animaux » intentent des poursuites contre des vétérinaires ayant commis des fautes professionnelles ou encore s’occupent de fiducies constituées au nom d’animaux de compagnie au décès de leur propriétaire, parce qu’ils veulent éviter les questions les plus controversées et difficiles et parce que les causes qui supposent (et qui renforcent) le statut de propriété des animaux sont plus lucratives.
Certains protecteurs des animaux expliquent que s’ils ont choisi de s’occuper des animaux plutôt que des humains, c’est parce que ce sont des créatures innocentes en opposition - selon eux - aux humains responsables de leur destin et donc coupables de ce qu’ils leur arrivent : comme, par exemple, être SDF, prostituée, avoir le Sida, etc.
Comment réagissez-vous à cette opinion ?
Bien que je sois d’accord qu’il existe une différence entre les humains et les non-humains quand il est question de responsabilité morale, je ne peux accepter l’idée que les droits humains ne sont pas importants parce que les humains peuvent être responsables dans une certaine mesure de leurs propres problèmes. Je constate qu’il existe une relation étroite entre la question de l’exploitation des humains et celle des non-humains, et la question des droits humains et celle des droits des non-humains. J’enseigne d’ailleurs un cours à la Rutgers University intitulé " Droits Humains et Droits des Animaux ".
Bien que nous assimilions les non-humains à des marchandises de la façon la plus extrême en les traitant comme des biens personnels, nous faisons également de même avec les humains. Le monde est toujours en proie au racisme, au sexisme, à l’homophobie et au classisme (discrimination envers une personne d’une autre classe sociale). Et, à certains endroits, l’esclavage humain existe toujours. Tant et aussi longtemps que ces formes de discrimination existeront, les humains seront victimes d’injustice. La discrimination fondée sur l’espèce représente le même phénomène appliqué aux non-humains. Nous ne progresserons jamais aux dépens de la discrimination fondée sur l’espèce tant que nous accepterons la discrimination exercée contre des membres de notre propre espèce ou que nous ne comprendrons pas que la justice doit s’appliquer à tous les animaux, humains et non humains.
Comment expliquez-vous le fait que les éleveurs, propriétaires de cirque, particuliers qui possèdent des oiseaux, reptiles, poissons etc., affirment qu’ils aiment sincèrement leurs animaux ?
Beaucoup de propriétaires d’esclaves dans l’Amérique du 19e siècle soutenaient qu’ils "aimaient" leurs esclaves. Et ils le pensaient probablement jusqu’à un certain point. Le fermier ou l’exploitant de cirque est comme le propriétaire d’esclaves. Les exploiteurs d’humains et de non-humains voient habituellement l’objet de leur exploitation comme un être inférieur ; ils considèrent l’exploitation comme une activité "naturelle", et la domination, comme une forme d’affection. Les hommes qui maltraitent les femmes prétendent souvent les "aimer". Le problème vient du fait qu’ils conceptualisent les femmes de telle manière que l’exploitation semble "naturelle". Plus précisément, ils voient l’homme comme un supérieur naturel et la femme comme une inférieure naturelle. Dans un pareil contexte, l’affection et les abus sont conciliables.
Dans un même ordre d’idée, de nombreuses personnes vivent avec des chiens, des chats ou d’autres compagnons. Elles considèrent ces non-humains comme des membres de leur famille. Il ne fait aucun doute pour eux que ces non-humains ont une conscience animale, qu’ils peuvent penser, éprouver des émotions, etc. Quand ces non-humains décèdent, leurs compagnons humains éprouvent du chagrin, parfois même davantage qu’au décès d’un parent humain. Mais ces mêmes personnes qui voient leurs compagnons non humains comme des membres de la famille plantent leur fourchette dans d’autres animaux qui ne sont pas différents de leurs compagnons. C’est ce que j’appelle la "schizophrénie morale" dans le livre Introduction to Animal Rights.
Pensez-vous vraiment que si l’animal n’est plus traité comme une propriété, cela suffit à faire abolir son exploitation ?
La Déclaration des Droits de l’Homme n’a pas fait stopper l’esclavage et la marchandisation humaine. Au contraire, cela donne l’illusion au grand public que l’esclavage humain n’existe plus ou qu’il se résume à la traite des noirs au XVIIe siècle.
La marchandisation humaine n’a t-elle jamais été aussi présente aujourd’hui, alors qu’officiellement, l’humain n’est plus considéré comme une "propriété" ?
Bien que nous n’ayons pas éliminé l’esclavage des humains, celui-ci est considéré comme inacceptable par les lois de presque tous les pays ainsi qu’en vertu du droit international. Personne ne défend l’esclavage des humains. En revanche, ces mêmes lois et ce même droit considèrent que l’esclavage animal est acceptable et la plupart d’entre nous le soutenons en mangeant et en utilisant des produits d’origine animale. Nous ne pouvons ignorer le rôle que joue le statut de propriété des animaux dans le phénomène de leur exploitation. Comme je l’ai affirmé dans le livre Animals, Property, and the Law, tant et aussi longtemps que les animaux seront une propriété, ils ne recevront que peu de protection, voire aucune. L’éradication du statut de propriété des animaux doit être le principal but des défenseurs des animaux. Et la première étape, c’est de devenir végan.
Si les non-humains n’étaient plus notre propriété, existe-il une quelconque garantie qu’ils ne seraient jamais exploités ? Non, bien entendu. Rien de ce que nous pouvons faire ne peut garantir l’éradication de l’exploitation. Il est question ici de changer des attitudes morales fondamentales. Plus il y aura de gens qui seront convaincus que l’exploitation des animaux est en soi inacceptable, et plus de gens accepteront le véganisme, moins il y aura d’exploitation et plus il sera possible de faire adopter des lois visant à protéger l’identité individuelle des non-humains plutôt que de demander une meilleure réglementation de l’esclavage des animaux.
Comment peut-on sensibiliser nos congénères au fait qu’il ne faut pas exploiter et marchandiser d’autres espèces alors que nous exploitons et marchandisons notre propre espèce ?
Selon les plus récentes statistiques officielles, le trafic des êtres humains est aujourd’hui en deuxième position après celui de la drogue... dans l’indifférence générale.
Comment expliquez-vous le fait qu’un trafiquant de produits stupéfiants soit condamné à de plus lourdes peines de prison qu’un trafiquant d’êtres vivants sensibles ?
Je ne suis pas certain que nous puissions vraiment expliquer notre indifférence face au trafic des êtres humains ni le fait que nous traitons les crimes liés à la drogue avec plus de sévérité que les crimes liés au trafic d’êtres humains. Les lois qui interdisent la possession ou la distribution de drogues sont souvent utilisées par diverses sociétés pour contrôler les minorités et les populations défavorisées, et elles ont peu à voir avec une réelle préoccupation liée à la consommation de ces substances.
Il n’est malheureusement pas en mon pouvoir ni en celui d’un défenseur des droits des humains ou des animaux d’éliminer de la planète tous les maux sociaux qui l’affligent. Mais il est absolument en mon pouvoir, ainsi qu’en celui de chacun, d’abolir l’exploitation animale de nos vies en devenant végans. En devenant végans, nous reconnaissons le droit moral des non-humains à ne pas être une propriété. C’est la chose la plus facile que chacun de nous puisse faire afin de prendre une position morale contre le statut de propriété des animaux et l’exploitation des animaux, ainsi que, et de loin, la chose la plus efficace que nous puissions accomplir pour réduire la souffrance des non-humains.
Vera Sharav, présidente de Citizens for Responsible Care in Psychiatry and Research, a déclaré : "En matière de protection contre les chercheurs trop zélés, les animaux ont plus de droits que les hommes" [1].
L’emploi du mot "droits" dans cette citation est-il justifié autant pour les animaux que pour les hommes ?
N’est-il pas dérangeant de constater qu’il existe une mobilisation pour dénoncer les animaux dans les labos et pas d’activistes qui protestent contre la recherche médicale sur des êtres humains ?
Que penser de certains défenseurs des animaux qui trouvent acceptable d’utiliser des humains non consentants, comme les prisonniers et les handicapés, pour subir des expérimentations ?
Quant à la question de savoir si les animaux utilisés aux fins d’expérimentation possèdent plus de droits que les humains, la réponse est que les animaux n’ont aucun droit. Il est absurde de déclarer que les animaux possèdent plus de droits que les humains. Aux États-Unis, il n’existe pour ainsi dire aucune limite à ce qui peut-être fait aux non-humains dans les laboratoires. Il y a bien des règlements qui prévoient la quantité d’eau que les animaux doivent recevoir ainsi que la dimension de leur cage, mais ces règlements sont minimaux et se préoccupent davantage de l’intégrité de la démarche scientifique (comme par exemple du fait que l’augmentation du stress puisse compromettre l’expérience). Certaines lois exigent que les humains fournissent un consentement éclairé avant de faire l’objet d’une expérience, et il existe des limites concrètes à ce qui peut leur être fait. La question de savoir si les lois qui s’appliquent aux humains sont toujours efficaces ou si elles devraient être renforcées tant dans l’esprit qu’en ce qui touche leur application est une autre affaire. Mais il est hors de tout doute que les animaux utilisés dans le cadre d’expériences ne bénéficient pour ainsi dire d’aucune protection.
Quant à votre question portant sur la dénonciation de l’expérimentation humaine, je reconnais qu’il est dérangeant de voir des personnes s’opposer à l’utilisation de non-humains dans des expériences mais ne pas s’objecter à celle d’humains dans le cadre d’expériences où il n’y a pas de consentement éclairé ou encore lorsqu’on utilise des personnes qui sont vulnérables. Je suis toujours consterné et déçu d’entendre des "défenseurs des animaux" soutenir qu’ils n’ont aucune objection à ce que l’on utilise des prisonniers ou des humains ayant une déficience intellectuelle et qui ne sont pas en mesure de donner un consentement valable. Il est très malheureux de constater que de nombreux "défenseurs des animaux" ont des opinions politiques très réactionnaires.
Vera Sharav n’a t-elle pas simplement confondu "bien-être" avec "droits" ? C’est une erreur commune également faite par les associations animales. Des organisations utilisent le terme de "droits des animaux" pour se définir malgré le fait qu’elles sont pour le bien-être animal (comme PeTA).
N’est-il pas troublant de constater que les premières lois qui régissaient les animaux en laboratoire remontent à 1876 [2] tandis que les humains utilisés dans les expérimentations ont dû attendre 1964 avec la Déclaration d’Helsinki ?
Et que pensez-vous des scientifiques antivivisectionnistes qui veulent abolir l’utilisation des humains dans les études médicales de phase I car ces "volontaires" sains mettent en danger leur santé (pour de l’argent), même s’ils signent un "consentement éclairé" ? [i].
Je pense que Mme Sharav tient pour acquis que les lois ou les règles qui régissent l’exploitation animale assurent des droits aux animaux. Comme je le soutiens dans Animals, Property, and the Law, ce n’est pas du tout le cas. Et vous avez raison de dire que les "défenseurs des animaux" sont du même avis que Mme Sharav. Comme la plupart des groupes de défense des animaux ne préconisent plus l’abolition, le concept de "droits des animaux" est lié à la réglementation dite welfariste, ou axée sur leur bien-être.
En ce qui touche l’expérimentation sur les humains, je conviens que tout le concept du "consentement éclairé" pose un problème, vu les questions sérieuses qu’il soulève quant aux deux aspects suivants, à savoir (1) si les humains qui prennent part aux expériences ont été convenablement "informés" et (2) s’il est possible, dans certains cas, de fournir un consentement éclairé. Par exemple, le prisonnier ou le toxicomane qui a besoin d’argent pour acheter de la drogue est-il en mesure de donner un consentement éclairé ? Je ne le crois pas. La réglementation de l’expérimentation sur les humains entraîne un très grand nombre de problèmes fort sérieux. Mais je crois aussi que les lois qui touchent l’expérimentation sur les humains, bien que très loin de la perfection tant en théorie qu’en pratique et en application, diffèrent fortement des lois et de la réglementation qui régissent l’expérimentation sur les animaux. Ces dernières n’offrent aucune véritable protection aux non-humains et supposent de manière explicite que les animaux peuvent être tués au nom des besoins des humains.
Doit-on se battre contre un groupe oppresseur par rapport au NOMBRE de ses victimes ? Certains défenseurs des animaux ne militent que pour les animaux de ferme [3] négligeant chasse et expérimentation animale car, selon eux, cela ne tue pas autant d’animaux que l’industrie de la viande.
Si l’on suit cette logique, les Nations Unies n’ont-elles pas eu raison de ne pas intervenir au Rwanda, puisque le génocide ne concernait qu’un million de personnes ?
Je n’ai jamais été en faveur de la hiérarchisation du mal et en plus je doute fort qu’une intervention militaire des États-Unis ait quoi que ce soit à avoir avec des questions morales plutôt qu’avec les intérêts économiques de l’Amérique. La plupart des problèmes dans le monde sont causés d’entrée de jeu par les politiques des "pays industrialisés".
Quoi qu’il en soit, je demeure persuadé que la priorité du mouvement est de promouvoir le véganisme en tant qu’unique façon de vivre qui respecte le fait que les non-humains ont une valeur intrinsèque et qu’ils ne devraient pas être traités comme des choses. Quel bien cela peut-il faire si vous passez votre journée à manifester contre la vivisection et que vous rentrez ensuite chez vous pour manger de la viande ou des produits laitiers ? Et quelle est la différence entre un chasseur et un consommateur qui achète de la chair morte ou des produits laitiers à l’épicerie ? Ce n’est pas une simple question de chiffres. Il faut se rendre compte que les choses ne changeront vraisemblablement pas avant qu’il se produise un virage social en faveur de l’abolition. Ce virage produira une vague de fond politique qui permettra encore mieux de promovoir un changement. Mais si les "défenseurs des animaux" eux-mêmes pensent qu’il est acceptable pour eux d’exploiter les animaux, quel espoir reste-t-il ?
Je crois certainement que les défenseurs des animaux devraient s’opposer à la chasse et à la vivisection ainsi qu’à toute autre forme d’exploitation. Et je crois simplement que le point de départ devrait être le véganisme. Une fois que vous avez réussi à convaincre les gens qu’ils devraient être végans, il est facile de s’opposer ensuite aux autres formes d’exploitation. J’aimerais ajouter qu’il est peu probable que nous réussirons à convaincre les gens de s’opposer à la vivisection avant de les convaincre d’accepter le véganisme. Pensez-y ! Bien que je ne crois pas que la vivisection soit bénéfique pour la santé humaine, la plupart des gens ne sont pas de cet avis et les idées reçues sont plutôt que la vivisection est nécessaire si nous voulons guérir les maladies, ainsi que pour d’autres raisons. Il n’est pas nécessaire de consommer des produits d’origine animale. Il est peu probable que la personne qui croit que l’on peut exploiter les animaux en cas de nécessité soutienne l’abolition d’une action si, justement, on en invoque la nécessité.
Le but de l’invention de la guillotine était d’exécuter "humainement" les prisonniers. Cette invention aurait-elle repoussée l’abolition de la peine de mort en France ? [4]
Oui, absolument. Il en va de même à l’heure actuelle aux États-Unis, où la plupart des États sont passés de l’électrocution, de la pendaison ou de l’utilisation de gaz asphyxiants à l’injection mortelle. De nombreux Américains considèrent que cette dernière méthode est "humaine", de sorte qu’elle retardera probablement l’abolition de la peine de mort pendant encore un grand nombre d’années. On peut, bien entendu, établir le parallèle avec l’exploitation des animaux. Dans Rain Without Thunder ainsi que dans d’autres ouvrages, je soutiens que la réglementation dite welfariste, ou axée sur le bien-être, qui cherche à "humaniser" l’exploitation des animaux, fait peu de choses pour aider les animaux et réconforte plutôt beaucoup plus les humains sur l’exploitation des non-humains. Il est très clair que les efforts visant le bien-être des animaux perpétuent leur exploitation.
Que pensez-vous de la déclaration faite par David Bowles du RSPCA (association anglaise de protection animale) pendant qu’il remît à McDonald’s une récompense pour son traitement humain des animaux : "Ce qui est important n’est pas que vous tuez du bétail, c’est comment vous le tuez" ? [5].
Je suis fortement en désaccord sur au moins deux points. En premier lieu, le fait que nous tuions le bétail est important. Le commentaire de M. Bowles reflète la position adoptée par Peter Singer ainsi que par d’autres, selon laquelle les animaux ne sont pas intéressés à leur propre vie mais bien uniquement à ne pas souffrir. Par conséquent, ce n’est pas la façon dont nous utilisons les animaux qui pose problème, c’est comment nous les traitons. Cette position est de la discrimination fondée sur l’espèce. Il est tout simplement absurde de dire que les vaches et les autres non-humains n’ont pas d’intérêt envers leur propre vie. C’est le fondement théorique de la position en faveur du bien-être des animaux, position que je rejette. Je remarque que M. Singer est souvent décrit par les défenseurs des animaux comme le "père du mouvement pour les droits des animaux". Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. La position adoptée par M. Singer est en faveur de la réglementation du bien-être des animaux, et non pas pour l’abolition de leur exploitation.
En deuxième lieu, je ne crois pas que les améliorations apportées par McDonalds sur le plan du bien-être signifient quoi que ce soit. Je crois que ces mesures réduisent très peu la souffrance, voire pas du tout. Mais ce dont je suis certain, c’est qu’en remettant une récompense à McDonalds, nous encourageons la consommation de produits d’origine animale. Il est malheureux que la RSPCA, PETA ainsi que d’autres prétendus groupes " de défense des animaux " fassent l’éloge de McDonalds et d’autres grandes entreprises qui exploitent les animaux.
Je dois également ajouter à ce point-ci que je ne veux pas que mes commentaires soient interprétés comme des attaques visant l’intégrité de certaines personnes. Par exemple, j’ai collaboré étroitement avec PETA voilà plusieurs années. Je connais bien Ingrid Newkirk. Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’Ingrid se préoccupe beaucoup des animaux non-humains et qu’elle veut les aider. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec la manière qu’elle utilise pour leur venir en aide.
Il y a quelques années, l’association internationale PeTA (Pour un traitement éthique des animaux) avait organisé une campagne (Holocaust on a plate) montrant le parallèle entre l’industrialisation actuelle de l’abattage des animaux de ferme et l’extermination des prisonniers juifs dans les camps nazis. Au même moment, PeTA lançait une autre campagne demandant à KFC de gazer leurs poulets plutôt que de leur trancher la tête.
Le gazage n’est-il pas lui aussi un crime abominable fait aux... poulets ?
Je ne suis pas d’accord avec la campagne visant à convaincre KFC de gazer ses poulets. PETA a lancé de nombreuses campagnes du même ordre, toutes axées sur le bien-être. Le message explicite que l’on entend ici est que si KFC adopte le gazage, elle se sera engagée sur une voie plus "humaine", comme McDonalds si l’on en croit PETA, ce qui rendra plus "acceptable" le fait d’aller manger à KFC. J’imagine qu’Ingrid Newkirk croit pouvoir augmenter sa base de donateurs si elle peut faire en sorte que les clients de ces sociétés se sentent heureux d’y aller. Je soupçonne qu’elle est dans le vrai. Sa stratégie est une excellente décision sur le plan des affaires. Mais c’est une catastrophe pour les animaux.
Il me faut ajouter que je ne suis pas non plus en faveur des comparaisons entre l’exploitation des animaux non-humains et l’Holocauste, sauf dans la mesure où il est dans les deux cas question de beaucoup de morts. Là où se situe le problème est que puisque notre société considère que les animaux non-humains sont des choses, la comparaison est perçue comme dénigrant les victimes humaines plutôt que comme élevant les victimes non humaines, et l’on perd ainsi toute valeur d’analogie. En outre, je crois qu’il faut analyser de manière différente les différentes formes d’exploitation. Nous exploitons les animaux non-humains pour des raisons, en grande partie, d’ordre économique. L’extermination des Juifs ou de tout autre groupe par les Nazis était attribuable à une forme de haine qui, à mon avis, ne caractérise pas les sentiments que la plupart des humains entretiennent envers les non-humains.
En décembre 2005, la Commission européenne a organisé une consultation sur l’attitude du public à l’égard du bien être et de la protection des animaux d’élevage, l’une des questions était : "Pensez-vous que si la production de denrées alimentaires était soumise à de meilleures conditions de bien-être et de protection des animaux, cela aurait pour effet : de rendre les produits alimentaires plus acceptables d’un point de vue éthique ?"
Que pensez-vous du choix de l’expression "plus acceptables d’un point de vue éthique" ?
Plus généralement, comment réagiriez-vous à ce type de questionnaire ?
Poser cette question revient à demander s’il serait " plus acceptable d’un point de vue éthique " de battre des esclaves humains cinq fois par semaine plutôt que dix. Il est toujours mieux d’infliger moins de mal que d’en infliger davantage, mais on ne cible pas ainsi la question fondamentale : L’esclavage, tout "humain" soit-il, est-il moralement justifiable ? La même analyse s’applique à la position en faveur du bien-être animal. Les tenants du welfarisme soutiennent que l’exploitation des animaux est " plus acceptable sur le plan éthique " si nous les traitons mieux.. D’un côté, c’est vrai, puisque comme dans le cas de l’esclavage, il est toujours préférable d’infliger moins de douleur que d’en infliger plus. Mais la position axée sur le bien-être évite ainsi la question fondamentale : L’esclavage des animaux, quelque " humain " qu’il soit, est-il moralement acceptable ?
Comme je l’ai écrit, je ne crois pas que l’utilisation des animaux puisse être justifiée moralement, et j’estime que les défenseurs des animaux devraient se préoccuper avant tout de promouvoir le message abolitionniste que porte le véganisme. Le véganisme est le principe de l’abolition appliqué à la vie de la personne. Il n’existe aucune distinction logique entre la viande et les autres produits d’origine animale, comme le lait ou le fromage. Les non-humains exploités dans l’industrie laitière vivent plus longtemps que leurs congénères qui le sont pour leur viande, ils sont traités plus mal durant leur vie et ils finissent au même abattoir, après quoi nous consommons leur chair. Il y a probablement plus de souffrance dans un verre de lait ou dans un bol de crème glacé qu’il y en a dans un steak. Le véganisme est la seule solution morale cohérente.
Le bien-être des animaux, par opposition à l’abolition de leur exploitation, est non seulement indéfendable en théorie, mais pose également des problèmes d’ordre pratique. Les réformes sur le bien-être animal font en réalité très peu de choses, voire rien du tout, pour soulager la souffrance animale. Ces réformes axées sur le bien-être peuvent plutôt faire augmenter la souffrance puisqu’elles rendent le public plus à l’aise face à l’exploitation des animaux et qu’elles encouragent par le fait même la consommation. Il n’existe aucune preuve rétrospective indiquant que les réformes sur le bien-être conduisent à l’abolition. Nous avons des lois sur le bien-être animal dans l’Ouest depuis maintenant près de 200 ans et nous exploitons aujourd’hui encore plus d’animaux et de façon encore plus horrible qu’à toute autre époque de l’histoire humaine. Il est facile de monter et de vendre de telles campagnes et celles-ci n’offusquent personne et ne conduisent pas la société vers un quelconque changement significatif et soutenu. Le problème est justement là. Personne ne conteste le principe qu’il est mal d’infliger une souffrance " non nécessaire ", mais comme en font foi 200 ans de bien-être animal, c’est un principe vide de toute substance à la lumière du statut de propriété des animaux.
Ce questionnaire n’est-il pas simplement une stratégie pour donner bonne conscience aux consommateurs et essayer de gagner la confiance de ceux qui se sont détournés de la viande à cause de scandales alimentaires comme la vache folle ou les poulets à la dioxine ?
Que pensez-vous des associations de protection animale (comme PeTA et PMAF) qui ont demandé à leurs militants de remplir ce questionnaire ?
Le questionnaire a pour but de renforcer l’idée que la question fondamentale qui est en jeu est le traitement des non-humains plutôt que leur utilisation pure et simple, et d’établir un lien entre les questions se rapportant au traitement des animaux et les questions de sécurité alimentaire. Je ne savais pas que PeTA et CIWF avaient demandé à leurs membres de remplir le questionnaire, mais si c’est le cas, je ne suis pas du tout surpris. Je dois souligner encore une fois que la plupart de ces organismes de charité sont axés sur le bien-être et, comme pour le questionnaire de la Commission Européenne, qu’elles concentrent leurs politiques sur la réglementation et non sur l’abolition.
Selon Hans Ruesh, le père de l’anti-vivisectionnisme : "Les militants du bien-être animal sont nos pires ennemis" [6]. L’expression "pires ennemis" est-elle justifiée ?
Je ne crois pas qu’il soit très utile de diviser le monde en " amis " et en " ennemis ". Je crois très certainement que le bien-être des animaux pose de nombreux problèmes pour toutes sortes de raisons, notamment parce qu’il fait très peu de choses, voire rien du tout, pour réduire la souffrance animale et qu’il promouvoit et augmente, d’une certaine façon, la souffrance animale en faisant en sorte que le public se sente mieux face à l’exploitation des animaux. Je crois également que les groupes dits welfaristes (défendant le bien-être animal) ont causé beaucoup de tort en étouffant le débat sur ces problèmes ainsi que sur la question morale fondamentale de l’utilisation, quelque "humaine" qu’elle soit, des non-humains. Il existe très peu de discussions sur la question des droits par rapport au bien-être des animaux dans le mouvement parce que tout désaccord avec PETA ou avec toute autre grande organisation axée sur le bien-être est tout de suite interprété comme un germe de dissension ou un manque de loyauté. Le mouvement de défense des animaux d’aujourd’hui ressemble, sous divers aspects, beaucoup plus à une secte qu’à un mouvement de justice sociale.
Les militants de l’association anglaise Hunt Saboteurs ne sont pas abolitionnistes et se positionnent sur un discours de bien-être animal.
N’ont-ils pas fait plus pour les animaux avec leurs commandos d’actions directes que la majorité des bobos vegans citadins préférant les restaurants vegs branchés aux actions de confrontations avec des groupes oppresseurs comme les chasseurs ?
Je crois que l’on commet une erreur très sérieuse en minimisant l’importance du véganisme. Le véganisme représente l’abolition. Un bourgeois végan peut être sensibilisé à d’autres questions politiques. Je constate que les partisans du bien-être sont souvent très réticents à l’égard du véganisme. Je n’en connais pas assez sur Hunt Saboteurs pour pouvoir en parler en connaissance de cause.
Les associations écologistes françaises sont très dynamiques pour dénoncer les OGM. Parallèlement, on n’entend jamais les associations de protection animale dénoncer les AGM (Animaux Génétiquement Modifiés).
Selon vous, pourquoi les associations de protection animale ne condamnent-elles pas la fabrication de ces animaux ?
N’y aurait-il pas un lien avec le fait que les animaux transgéniques sont majoritairement des rongeurs et des cochons, 2 catégories d’animaux qui n’ont jamais eu la faveur de ces associations ?
En règle générale, et comme je l’ai déjà dit auparavant pour répondre au commentaire de M. Bowles, les partisans du bien-être ne s’attardent habituellement pas à l’utilisation des animaux en elle-même, et ils acceptent la légitimité de l’exploitation des animaux de façon générale. Le problème est accentué lorsqu’il est question de cochons ou de rongeurs, étant donné qu’il est difficile de mener des campagnes de financement lucratives quand ces animaux sont en cause.
La majorité des associations françaises de protection animale font des campagnes contre la cruauté du foie gras et appellent à l’arrêt de cette pratique tandis qu’elles ne communiquent jamais sur l’exploitation des vaches laitières en demandant un boycott des produits laitiers.
N’y aurait-il pas des combats politiquement corrects comme le foie gras, produit snob et futile par excellence, tandis que le lait de vache est toujours considéré aussi indispensable et banal que la souffrance des animaux qui le produisent ?
Comme je l’ai déjà dit, il n’existe aucune différence entre les produits à base de viande et les autres produits d’origine animale, comme le lait ou le fromage. Tous les produits d’origine animale sont inutiles et "élitistes". De nombreux défenseurs des animaux qui ne sont pas végans prétendent que le véganisme est " élitiste ". C’est le contraire qui est vrai. Il est " élitiste " de ne pas être végan.
En novembre 2005 à Paris, une manifestation contre la fourrure organisée par plusieurs associations de protection animale revendiquait l’arrêt du commerce de la fourrure de chiens et chats... pas toutes les fourrures... seulement la fourrure de chiens et chats.
Que vous inspire ce type de revendications ?
Plus généralement, que pensez-vous des manifestations organisées par des associations sur des thèmes génériques comme la fourrure en comparaison aux protestations régulières et tout au long de l’année des groupes locaux anglais qui préfèrent cibler des magasins comme Harrods, Joseph, Zara, etc ?
Je ne m’objecte pas à ce que l’on interdise diverses pratiques d’exploitation tant et aussi longtemps qu’on ne fasse pas du même coup la promotion d’autres formes d’exploitation supposément plus "humaines" ou "meilleures". Certains défenseurs des animaux aux États-Unis, par exemple, prétendent que l’on devrait interdire la fourrure de chiens et de chats, mais que la fourrure provenant d’autres animaux, ou la laine des moutons, ou le cuir des vaches, est "mieux", sur le plan de l’éthique, que la fourrure de chiens et de chats. Je m’oppose à ce genre de campagne. En revanche, comme je l’ai soutenu dans Rain Without Thunder, et comme je l’ai dit plus tôt, je ne m’objecte pas à une augmentation des interdictions (éliminer le statut de propriété des non-humains en interdisant, plutôt qu’en réglementant, certains usages).
En ce qui touche la stratégie d’interdiction générale plutôt que spécifique, je ne suis pas certain que cette dernière soit très efficace, plus particulièrement dans la conjoncture économique actuelle. Si des défenseurs persuadent Harrods de ne pas vendre un produit, quelqu’un d’autre va le faire à sa place. Nous devons cibler la demande, pas l’offre.
PeTA, la plus importante et prospère association de protection animale au monde, pratique l’euthanasie de chats et chiens en parfaite santé "parce qu’ils sont trop nombreux et que cela coûte trop cher de s’en occuper" [7] - tandis que la philosophie de cette même organisation est de clamer que tous les animaux sont les ÉGAUX des hommes.
En suivant leur logique, devrions-nous aussi euthaniser les humains quand ils sont trop nombreux et qu’ils coûtent trop cher à la société ?
Tout d’abord, je ne crois pas que le mot "euthanasier" soit un choix judicieux dans ce contexte. L’euthanasie suppose une mort qui est dans l’intérêt de l’animal et la mort n’est jamais dans l’intérêt d’un animal non-humain en bonne santé. PETA n’euthanasie pas des animaux en bonne santé, elle les tue. Et PETA tue des animaux en bonne santé depuis longtemps déjà, ce n’est pas nouveau. Dans l’ouvrage Rain Without Thunder, j’ai raconté comment PETA tuait des animaux en parfaite santé à son "refuge" d’Aspen Hill dans les années 90. Je crois que cette pratique est déplorable. Elle démontre d’une manière très éloquente à quel point PETA est loin d’adopter une position en faveur des droits des animaux.
"Le cul fait vendre", c’est aussi vieux que la prostitution. Qu’est ce qu’il y a de mal à utiliser le sexe, si cela peut aider à faire vendre de bonnes causes comme le végétarisme et l’oppression des animaux ?
Comme je l’ai déjà dit, la discrimination fondée sur l’espèce est liée au sexisme et à d’autres formes de discrimination. Il est absurde de promouvoir le sexisme pour contrer la discrimation fondée sur l’espèce. Tant et aussi longtemps que nous continuerons à traiter les femmes comme de la viande, nous continuerons à traiter les non-humains de la même manière. Je m’oppose donc très fermement à l’utilisation du sexisme, du racisme, de l’homophobie ou de la violence pour pour faire des campagnes sur des sujets liés aux animaux. En outre, si le sexe peut faire vendre du parfum, je doute qu’il puisse influencer des choix éthiques d’une quelconque manière positive.
Qu’aimeriez-vous dire aux "poulettes sexy" et autres protestant(e)s nu(e)s, lors de saynètes organisées par PeTA à travers le monde qui croient souvent sincèrement "faire ça pour aider les animaux" ?
Je leur dirais d’aller se rhabiller et d’aller discuter de l’importance de l’abolition et du véganisme avec quiconque acceptera de les écouter, ou encore d’aller passer une journée à nourrir ou soigner un animal qui a été battu ou abandonné. Ce genre de spectacle a plus à voir avec la publicité médiatique de PETA et le nombrilisme des participants qu’avec l’aide apportée aux animaux. Ces personnes banalisent des questions importantes. Elles renforcissent le sexisme, ce qui en soi est incorrect (en perpétuant l’assimilation de la femme à une marchandise), et elles ne réussiront qu’à perpétuer la discrimination fondée sur l’espèce. Je peux vous assurer que si vous devez vous dénuder pour que les gens acceptent de vous écouter, vous n’aurez pas beaucoup d’ascendant sur leur réflexion morale. Voilà maintenant plus de dix ans que PETA a commencé sa campagne contre la fourrure. Et quel est le résultat ? L’industrie de la fourrure est plus forte qu’elle ne l’a jamais été. La démarche de PETA ne fonctionne pas, bien qu’elle capte à coup sûr l’attention des médias et qu’elle génère des dons.
Quel déclic vous a fait devenir un militant de la cause animale ?
Le déclic s’est produit quand j’ai visité un abattoir en 1978. Je suis immédiatement devenu végétarien. On ne pouvait lire presque rien sur le sujet à cette époque, et il n’y avait aucun mouvement organisé pour les "droits" des animaux. J’ai commencé à étudier la question et, en 1982, je suis devenu végan.
Quel déclic vous a fait devenir vegan (mode de vie qui exclut toute forme d’exploitation animale dans la nourriture, vêtements, loisir etc) ?
Quand j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune différence entre la viande et les produits laitiers, ou entre la fourrure et le cuir ou la laine, etc. Je me suis rendu compte que je n’avais pas le choix si je voulais véhiculer cette valeur morale avec intégrité.
En conclusion, comment voyez-vous l’évolution de la cause animale ?
Au risque de me répéter, je crois fermement que le mouvement n’ira nulle part à moins qu’il n’adopte une position abolitionniste et végane.
Le véganisme est l’application du principe de l’abolition à sa vie personnelle. Je rencontre souvent des défenseurs des animaux qui affirment être en faveur des droits des animaux et qui veulent abolir l’exploitation animale, mais qui continuent de manger des produits d’origine animale. Pour moi, c’est une forme de schizophrénie morale. Il n’y a pas de différence entre un défenseur des "droits" des animaux qui n’est pas végan et quelqu’un qui est contre l’esclavage humain mais qui possède encore des esclaves. Dans un cas ou dans l’autre, il est illogique d’adopter une position abolitionniste ou d’être pro-droits et de ne pas accepter que le véganisme soit la seule voie conséquente à prendre immédiatement pour que sa propre vie soit à l’image de ses convictions. Le véganisme est le rejet du statut de propriété des non-humains et la reconnaissance que ceux-ci ont une valeur propre.
Certains défenseurs des animaux prétendent que le véganisme est une question de "philosophie personnelle" et qu’il ne devrait pas être assimilé à un principe de base du mouvement en faveur des droits. Ils affirment qu’il est "élitiste" de maintenir que le véganisme est un principe de base. Balivernes ! Si le mouvement pour les droits des animaux ne peut adopter de position de principe sur une activité qui cause la souffrance et la mort de millions d’animaux pour la seule et unique raison que nous aimons le goût de leur chair et des produits qui en découlent, alors le mouvement ne peut prendre aucune position de principe sur aucune forme d’exploitation institutionnelle. Et il n’existe d’ailleurs rien de plus élitiste que la consommation de produits d’origine animale, qui engendre l’oppression et l’exploitation injustifiables de non-humains. Les défenseurs des animaux qui ne sont pas végans n’ont pas le droit d’accuser les autres d’"exploiter" les animaux. Bien qu’il soit impossible d’éviter complètement tous les produits d’origine animale (il en existe même dans les revêtements de chaussée !), si vous n’êtes pas végan, vous exploitez les animaux !
Je ne suis pas d’accord avec ceux qui soutiennent que le système juridique sera en tête de peloton dans le combat pour les droits des animaux ou que d’importantes réformes du droit remplaceront l’évolution d’un mouvement politique et social de soutien des droits des animaux et d’abolition de l’exploitation animale. Autrement dit, il doit d’abord se produire un changement de paradigme sur cette question sociale avant que le système juridique ne réagisse de manière concrète. Et il n’existe à l’heure actuelle aucun mouvement abolitionniste organisé. Il n’y a qu’un mouvement "humain" dirigé par un groupe d’organismes élites qui veulent s’efforcer d’obtenir des contributions aussi élevées que possible en orchestrant des campagnes qui ne dérangeront pas le statu quo, ce qui, à mon avis, est pire que de ne rien faire. À vrai dire, la plupart des campagnes axées sur le bien-être des animaux, ou welfaristes, orchestrées par le mouvement collectif actuel font très peu, voire rien du tout, pour soulager les souffrances des animaux, si ce n’est de distiller au public une impression de vertu, et par conséquent, et elles préparent le terrain pour qu’il se produise encore plus d’exploitation.
L’éducation portant sur le véganisme et l’abolitionnisme offre une statégie pratique et progressive, tant pour réduire immédiatement la souffrance animale que pour mettre en place un mouvement qui pourra éventuellement faire adopter des lois plus significatives que ne le peuvent les réformes dites welfaristes qui sont mises de l’avant par les grandes organisations nationales. À la fin des années 80, le monde de la défense animale aux États-Unis a décidé, de manière très délibérée, de poursuivre un programme axé sur le bien-être. Si l’on avait plutôt utilisé une tranche importante des ressources du mouvement pour sensibiliser et informer les gens sur le véganisme, il y aurait aujourd’hui, selon mon estimation, au moins 250 000 végans de plus qu’aujourd’hui. C’est un chiffre très conservateur si l’on tient compte des dizaines de millions de dollars qui ont été dépensés par les groupes de défense des animaux pour promouvoir des lois et des mesures axées sur le bien-être. Je maintiens que 250 000 végans de plus réduiraient davantage la souffrance en diminuant la demande de produits d’origine animale, et aideraient à ériger la plate-forme politique et sociale qui est absolument essentielle et nécessaire au changement social plus généralisé qui constitue le fondement nécessaire à la réforme du droit, que tous les " succès " welfaristes additionnés et même décuplés.
Je suis également fortement en désaccord avec ceux qui croient que la violence est la seule voie à suivre. À mon avis, le mouvement pour les droits des animaux devrait représenter les idéaux de la non-violence. Nous devrions respecter toute forme de vie. Nous ne parviendrons jamais à changer le monde si nous faisons usage de violence. Si nous sommes dans le pétrin aujourd’hui, c’est parce que les humains pensent que la violence est justifiable. La violence est le problème, elle n’est jamais la solution.
Pour terminer, voici mon conseil : devenez végan, et ensuite sensibilisez chaque personne qui voudra bien vous écouter aux nombreuses raisons pour lesquelles elle devrait devenir végane. Devenir végan est vraiment la chose la plus importante que nous puissions faire pour les animaux, de même que pour notre santé et l’environnement. Et chacun de nous peut y arriver.
[1] Cette citation se trouve dans le livre "Au nom de la science" de Andrew Goliszek, au chapitre sur le scandale de Willowbrook State School qui dénonce la vivisection humaine et l’utilisation de personnes handicapées mentales pour des expérimentations.
[2] 1876 : The British Cruelty to Animals Act introduced. Experimenters must apply for licenses each year, and any painful experiments require special permission. (In 1831 Marshall Hall, an animal researcher, proposes a Code of Ethics for experiments).
[i] Primum non nocere (First, do no harm). Newsletter winter 05/06 of the Europeans For Medical Progress) : “In America, more than 75% of clinical trials financed by pharmaceutical companies are conducted by private, for-profit centres comprising a $14 billion industry, with poor immigrants comprising the overwhelming majority of subjects recruited. The enterprise is poorly regulated and riddled with conflicts of interest, with secretive review boards - charged with protecting participants’ safety - funded by the same drug companies that fund the test centres they are supposed to be regulating. The net result is that every year, trial participants are injured or killed”. To find out more about human experimentation on phase I, II III, IV, click HERE.
[3] Chaque année en France, 1 milliard d’animaux d’élevage, entre 30 à 50 millions d’animaux-gibiers et environ 3 millions d’animaux en labo sont tués.
[4] Cette abolition a été effective le 9 octobre 1981.
[6] Cette citation provient du livre " Vivisection or Science ? : An Investigation into Testing Drugs and Safeguarding Health" page 81, de Pietro Croce - Éditions Zed Books, 1999).
[7] Selon les propres statistiques de PETA avec le Department of Agriculture and Consumer Services de la Virginie, pour la seule année 2004, PETA a tué 86.3% des animaux dont elle avait la charge.
Retranscription vidéo : " Leur Avenir est entre vos mains " - Animal Aid
Retranscription du texte de la vidéo "Leur Avenir est entre vos mains" par l’association Animal Aid, à télécharger sur ce site rubrique : Vidéos
L’original de ce texte fut écrit par Mark Gold
Titre : Leur avenir est entre vos mains
Dans le temps, la plupart des gens justifiait facilement l’exploitation des animaux. On croyait que c’étaient des créatures inférieures sans sentiment ni intelligence.
Aujourd’hui, nous savons que les animaux ont des capacités étonnantes et qu’ils partagent beaucoup d’émotions que l’on croyait réservées aux humains.
Ces orangs-outangs, par exemple, ont décidé de rester au sec plutôt que d’affronter la pluie tropicale. Ils se sont débrouillés pour construire un abri.
Nous savons aussi qu’il existe une relation étroite entre la mère et son petit, que les animaux aiment la compagnie de leurs semblables et qu’ils sont capables d’affection. Les petits aiment jouer et construire un groupe social stable dans lequel ils se sentent bien et en sécurité.
Enfin, chacun à leur manière, les animaux ont des pouvoirs naturels extraordinaires qu’ils aiment utiliser.
Lorsque l’on prive les animaux de ce qu’il fait leur joie de vivre, ils éprouvent les mêmes émotions douloureuses que les humains : La tristesse et l’ennui liés à l’emprisonnement, à la privation de liberté dans ce laboratoire ou dans cet élevage industriel.
La solitude liée à l’extrême isolement, comme dans cet autre laboratoire. La peur pour ces deux singes qui attendent qu’on les utilise pour une prochaine expérience. Et la dépression qui peut conduire à de graves troubles mentaux ou même à la folie lorsque les animaux sont laissés seuls sans espoir pendant de longues périodes.
Par-dessus tout, les animaux partagent avec nous la faculté de ressentir la douleur, comme ce lapin qui subit une expérience dans un laboratoire.
Malgré tout ce que nous savons à propos des animaux, nous continuons de les traiter sans respect ni pitié.
Nous détruisons leur habitat pour notre profit à court terme causant ainsi la mort de millions d’êtres vivants.
Nous les humilions pour nous procurer des loisirs à bon marché.
Nous les tuons pour transformer leur fourrure en manteau.
Nous les chassons au nom du sport.
Nous les emprisonnons et les tuons par centaines de millions chaque année pour nous nourrir.
Et dans les laboratoires du monde entier, nous les empoisonnons pour tester des cosmétiques, des produits ménagers, des produits chimiques, des médicaments.
Nous les ébouillantons, nous les brûlons et nous les infectons avec des maladies douloureuses pour la recherche médicale.
Même lorsqu’il est évident que les animaux ont leurs propres besoins et émotions, ceux, qui les exploitent, justifient leurs mauvais traitements. Ils disent que les gens doivent venir en premier et que la misère que nous imposons à d’autres êtres vivants est souvent nécessaire à notre bien-être.
Dans le passé, ces mêmes prétextes ont servi à justifier beaucoup d’autres crimes. Il n’y a pas si longtemps, on justifiait l’esclavage en prétendant que les esclaves africains n’avaient ni sentiment, ni intelligence. Et que l’abolition de l’esclavage aurait de graves conséquences économiques.
Ces mêmes arguments ont permis de justifier l’exploitation des enfants comme main-d’œuvre bon marché, ou de refuser le droit de vote aux femmes.
De nos jours, l’exploitation des animaux est justifiée de la même façon avec des arguments supplémentaires pour donner bonne conscience à tout le monde.
Essayons d’analyser ces arguments :
Pourquoi se préoccuper du sort de milliards d’animaux tués pour la nourriture chaque année pendant que des millions de gens meurent de faim ?
En réalité, manger de la viande réduit la quantité de nourriture disponible pour les humains. Toutes les protéines, y compris celles de la viande, proviennent des végétaux.
Nous avons le choix entre cultiver des céréales pour nourrir les animaux que nous mangeons ensuite, et cultiver les céréales que les humains mangent directement, dans le cadre d’un régime végétarien.
Pour produire de la viande, les animaux gaspillent la plupart des protéines et leur valeur énergique dans leur système digestif.
Il est possible de produire 5 à 10 fois plus de protéines en cultivant la nourriture directement pour les humains plutôt qu’en cultivant les céréales pour engraisser les animaux.
Selon les estimations, si tous les humains étaient végétariens, 6 milliards de personnes pourraient être nourris correctement. Par contre, avec une alimentation carnée, seuls 3 milliards d’êtres humains peuvent être nourris.
La population mondiale est en train d’atteindre les 6 milliards (ndlr, cette vidéo date de 1992) les problèmes de la faim dans le monde ne pourront être vraiment résolus que si l’alimentation des humains est végétarienne.
Un autre argument maintenant : Certains prétendent que les expériences sur les animaux sont indispensables pour faire de nouvelles découvertes et protéger ainsi de millions d’êtres humains de terribles maladies.
Pourtant de plus en plus de scientifiques estiment que l’expérimentation animale n’est pas fiable. Principalement parce que les animaux sont différents des humains sur le plan biologique, leur corps ne fonctionne pas de la même manière et leurs réactions au médicament peuvent être très différentes des nôtres.
Ainsi les expériences sur les animaux peuvent conduire à de mauvaises interprétations. Les effets secondaires de certains médicaments, pourtant testés avec succès sur les animaux ont parfois été catastrophiques pour les humains ; certains sont devenus aveugles, d’autres handicapés.
La pénicilline est mortelle chez les cochons d’inde, si on l’avait testée sur ces animaux, les humains auraient été privés de cet antibiotique.
Les maladies humaines n’ont pas les mêmes caractères lorsque l’on essaye de les reproduire sur un modèle animal. Pour parler du sida, même les chimpanzés, dont le patrimoine génétique est identique au nôtre, ne développent pas la maladie lorsqu’on leur injecte le virus.
Bien que beaucoup de scientifiques continuent d’utiliser les animaux, des alternatives sont possibles.
La technologie informatique permet de développer de nouveaux médicaments, ainsi que les résultats d’études faites à partir de tissus humains.
Pour la recherche sur le cancer, la découverte la plus importante a été faite en observant les fumeurs, et non pas en forçant des animaux à inhaler de la fumée.
Et il faut bien garder à l’esprit que ce ne sont pas les médicaments qui nous font vivre plus longtemps aujourd’hui qu’au siècle dernier.
De nombreuses études sociologiques ont démontré que le manque d’hygiène, la surpopulation se traduisaient par une espérance de vie réduite. Les gens, qui vivent encore dans de terribles conditions sanitaires, attendent de notre part bien autres choses que de nouveaux médicaments testés sur les animaux.
Les mauvais traitements envers des animaux ont une conséquence à laquelle on ne pense pas toujours. Les personnes qui travaillent dans les abattoirs ou les laboratoires deviennent indifférentes à la souffrance et même cruelles.
Pourquoi, par exemple, les chercheurs de ce laboratoire, ne se préoccupent-ils pas de ce lapin qui souffre depuis plusieurs jours ?
Pourquoi ces autres scientifiques d’une école de chirurgie, ont-ils inscrit le mot crap", ce qui signifie, "vermine" sur le crâne de ce primate ?
Et que penser de ces 2 vivisecteurs, qui font une pause apparemment totalement indifférents au sort de ce lapin qu’ils n’ont pas anesthésié.
C’est le genre de découverte que nous faisons à chaque fois que nous pénétrons dans un laboratoire.
Il est possible de faire disparaître une partie de la misère que les humains imposent aux autres animaux et beaucoup de gens consacrent leur vie à cette cause.
Dans ce refuge, des animaux sauvés d’une mort certaine, peuvent vivre dans la paix et la tranquillité.
Ces chiens beagles sont libres, ils apprécient la compagnie de leurs semblables. Pourtant dans le monde entier, des milliers de ces chiens sont élevés dans l’unique but de mourir dans des laboratoires.
Ces dauphins ont été libérés de leur vie monotone, pour vivre une nouvelle vie dans les caraïbes.
Nous avons tous la possibilité de faire un choix : Accepter de faire partie du vieux monde, dans lequel les animaux sont considérés et traités comme des objets au service des humains, ou bien vivre selon une nouvelle éthique, fondée sur le respect et la compassion envers tous ceux qui partagent avec nous la vie sur cette planète.
Nous avons tous le choix entre manger de la viande et adopter un régime végétarien. Les plats végétariens prêts à être consommés sont vendus dans le commerce et sont beaucoup plus sains que la viande.
Manger végétarien, c’est aussi prendre le temps de préparer des repas plus traditionnels.
Nous avons tous le choix entre acheter des produits testés sur des animaux et acheter des cosmétiques ou des produits ménagers non testés.
Nous avons tous le choix entre fréquenter des zoos et des cirques qui exploitent des animaux et soutenir uniquement les cirques ou les humains font des numéros.
Nous avons tous le choix entre soutenir la recherche médicale fondée sur l’expérimentation animale et soutenir les organismes dont la politique est d’utiliser des méthodes alternatives.
Nous pouvons tous essayer de réduire la souffrance sur cette planète, que se soit envers les humains, envers les animaux, envers les forêts de plus en plus décimées, envers les espèces en voie de disparition, ou même envers les créatures qui n’ont d’importance pour peu de personnes.
Leur avenir est entre vos mains.
Portrait de Donald Watson (fondateur du veganisme) par la BBC
Lorsqu’il était enfant à Mexborough, dans l’état du Yorkshire du Sud où il est né en 1910, Donald Watson avait l’habitude de passer du temps à la ferme de son oncle George.
Un jour, l’un des cochons a été abattu - Watson n’a jamais oublié ses hurlements. Tout à coup, la scène de la campagne idyllique avec son bétail sympathique s’était transformée en ce qu’il a décrit comme le Chemin de la Mort pour les animaux.
Depuis ce jour, il est devenu végétarien et l’est resté jusqu’à sa mort. Cependant, il est allé plus loin en formant une organisation qui, lui et sa femme Dorothy, ont nommé " l’Association Végane" (The vegan society), pour ceux cherchant un mode de vie totalement exempt de produits d’origine animale, pour le bénéfice de la population, des animaux et de l’environnement.
Par conséquent, un végétalien mange des aliments à base de plantes, exempts de tout produit animal, y compris le lait, les œufs et le miel. La plupart des végétaliens (ou vegans) ne portent pas de cuir, de laine ou de soie.
Le mot vegan est fait du début et de la fin du mot vegetarian. Selon le site web de l’Association Végane (vegan society), la dérivation du mot symbolise que le végétalisme est à la base du végétarisme et la conclusion logique du cheminement d’un végétarien dans la recherche d’une bonne santé sans la souffrance ou la mort d’un quelconque animal.
Donald Watson a exclu les produits laitiers de son régime parce qu’il percevait que les vaches laitières étaient exploitées. Il abhorrait le fait que les veaux étaient retirés de leur mère quelques jours après leur naissance et le fait que les vaches étaient nourries et élevées de manière non naturelle pour produire plus de lait qu’elles n’auraient dû.
Presque seul, Watson a édité un magazine trimestriel appelé "The Vegan News".
Dans la première édition de 1944 (*), il a écrit "l’incontestable cruauté associée à la production de produits laitiers a clairement démontré que le lacto-végétarisme n’est qu’à la moitié du parcours entre un régime carnivore et un régime vraiment humain et civilisé et nous pensons par conséquent que durant notre vie sur terre, nous devrions évoluer suffisamment pour aller jusqu’au bout de notre cheminement".
Les pionniers du végétalisme s’inquiétaient apparemment de savoir s’ils allaient rester en bonne santé, bien que la longévité de Donald Watson aurait pu les rassurer (**).
Des experts nutritionnistes expriment des doutes sur la question de savoir si le régime végétalien fournit assez de calcium. Mais le mouvement paraît fort - la Vegan Society compte 4 000 membres et les végétaliens se comptent en millions à travers le monde.
Citons quelques végétaliens célèbres, comme le poète Benjamin Zephaniah, l’actrice Alicia Silverstone et la rock star Bryan Adams. Le frère et la sœur de Donald Watson l’ont suivi dans le végétalisme et les trois se sont enregistrés comme objecteurs de conscience durant la deuxième guerre mondiale.
Watson a été un charpentier (ou menuisier) actif, mais durant la Grande Crise des années 1930, il a suivi une formation pour devenir professeur de menuiserie.
Il est resté professeur jusqu’à sa retraite, d’abord dans le comté du Leicester, puis à partir des années 1950 à Cumbria où il vécut jusqu’à sa mort.
Il n’a jamais bu d’alcool de sa vie et est devenu un guide de randonnées célèbre dans le Lake District. Un ami, George Roger, Président de la Vegan Society, l’a décrit comme quelqu’un de doux, plutôt intellectuel, très cultivé et attentionné.
Quand on a demandé à Donald Watson quelle était rétrospectivement sa plus belle réussite, il a répondu : "réussir ce que j’ai mis en place : sentir que j’ai contribué à démarrer un nouveau et grand mouvement qui pourrait non seulement changer le cours des choses pour l’Humanité et le reste de la Création, mais aussi allonger les prévisions de survie de l’Homme sur cette terre".
Des liens sur la question :
(*). Pour lire le premier numéro de ce magazine paru le 24 novembre 1944, cliquez sur ce lien :
www.ukveggie.com/vegan_news/
(**). Donald Watson est mort le 16 novembre 2005 à l’âge de 95 ans.
Lire l’interview de Donald Watson par George D. Rodger, le 15 décembre 2002 en cliquant
ICI.
Bourreaux d’Animaux, Bourreaux d’Humains : Partenaires dans le crime
(Traduction de la fiche pédagogique "Animal abuse and Human abuse : Partners in crime" réalisée par l’association PeTA)
Pour télécharger la totalité du rapport en anglais : " Animal Abuse & Human Abuse : Partners in Crime ", cliquez ICI.
Les actes violents envers des animaux ont depuis longtemps été reconnus comme les indicateurs d’une psychopathie dangereuse qui ne se borne pas qu’aux seuls animaux. "Quelqu’un qui s’est habitué à considérer la vie de n’importe quelle créature vivante comme sans valeur, finit par penser qu’une vie humaine ne vaut rien" écrivit l’humaniste Dr Albert Schweitzer.
"Les meurtriers... ont très souvent commencé en torturant et tuant des animaux alors qu’ils étaient encore des gosses" selon Robert K. Ressler, qui a développé des profils de tueurs en série pour le FBI. Des études qui ont depuis convaincu des sociologues, législateurs et tribunaux, que les actes de cruauté envers des animaux méritent notre attention. Ils sont le signal d’une pathologie violente qui peut inclure des victimes humaines.
Un long parcours de violence
Maltraiter un animal n’est pas le simple résultat d’un désordre mineur de la personnalité, mais le symptôme d’une perturbation mentale profonde. Les recherches en psychologie et en criminologie montrent que les gens qui commettent des actes de cruauté envers les animaux ne s’arrêtent pas là. Beaucoup d’entre eux reportent cette violence sur leurs semblables.
Le FBI a constaté qu’un des traits de caractère, qui apparaît régulièrement dans les bases de données de leur ordinateur sur les violeurs et les meurtriers en séries, est qu’ils ont eu un passé de violences envers des animaux. Le manuel sur le traitement des désordres psychiatriques inscrit la cruauté envers les animaux comme un critère diagnostique de trouble du comportement. [1]
Des études ont démontré que les criminels violents et agressifs ont plus souvent maltraité des animaux quand ils étaient enfants que des criminels considérés non agressifs. [2] Une enquête, sur des patients psychiatriques qui avaient torturé à plusieurs reprises des chiens et des chats, montra que tous avaient aussi un taux élevé d’agressions envers les gens, dont notamment un patient qui avait assassiné un garçon. [3]
Pour les chercheurs, une fascination de la cruauté envers des animaux est un signal d’alarme du comportement psychotique des violeurs et des tueurs en séries. [4] Selon Robert Ressler, le fondateur de l’unité des sciences comportementales du FBI, "Il y a des gosses qui n’ont jamais appris que c’est mal d’arracher les yeux d’un chiot." [5]
Tueurs notoires
L’histoire est remplie d’exemples tristement célèbres : Patrick Sherrill, qui tua 14 collègues de travail dans un bureau de poste, avait dans son passé volé des animaux de compagnie de son voisinage, pour que son propre chien s’exerce à les attaquer et les mutiler. [6]
Earl Kenneth Shriner qui viola, poignarda et mutila un garçon de 7 ans, était notoirement connu dans son quartier comme l’homme qui mettait des pétards dans le rectum des chiens et pendait des chats. [7] Brenda Spencer, qui fit feu dans une école de San Diego, tuant deux enfants et blessant neuf d’autres, avait déjà torturé à plusieurs reprises des chats et des chiens en mettant notamment le feu à leurs queues. [8] Albert DeSalvo, "l’étrangleur de Boston", qui tua 13 femmes, piégeait pendant son enfance, des chiens et des chats dans des cageots et les tuait en lançant des flèches à travers les trous. [9] Carroll Edouard Cole, condamné aux meurtres de 35 personnes, déclara que son premier acte de violence fut d’étrangler un chiot quand il était encore enfant. [10]
En 1987, trois lycéens du Missouri furent inculpés pour avoir battu à mort l’un de leur camarade de classe. Plusieurs années auparavant, ils avaient commencé à pratiquer des actes de mutilations répétées sur des animaux. L’un avait par ailleurs avoué qu’il avait tué tellement de chats qu’il avait fini par ne plus les compter. [11] Deux frères qui ont tué leurs parents, avait précédemment raconté à leurs camarades de classe qu’ils avaient décapité un chat. [12] Le tueur en série Jeffrey Dahmer empalait des têtes de chiens, des grenouilles et des chats. [13]
Plus récemment, les deux lycéens assassins : Kip Kinkel 15 ans de Springfield et Luke Woodham 16 ans de Pearl avaient torturé des animaux avant de faire feu dans leurs écoles. [14] Eric Harris et Dylan Klebold, les étudiants du Lycée de Colombine, qui ont tué 12 camarades de classe avant de retourner leurs armes contre eux, s’étaient vantés auprès de leurs amis, d’avoir mutilé des animaux. [15]
"Il y a un point commun à toutes les fusillades de ces récentes années," déclara le docteur Harold S. Koplewicz, directeur du Centre d’Études sur l’Enfance à l’université de New York. "Vous avez un enfant qui a des symptômes d’agression envers ses pairs, un intérêt pour les armes à feu, la cruauté envers les animaux, l’isolement social, ce qui fait beaucoup de signes d’avertissement que l’école a ignorés." [16]
Malheureusement, beaucoup de ces criminels déjà violents dès l’enfance continuèrent leurs actes de cruauté sans qu’aucun soin ou mesures ne soient pris - jusqu’à ce que leur violence soit finalement dirigée vers des humains. Selon l’anthropologue Marguerite Mead : "Une des choses les plus dangereuses qui puisse arriver à un enfant, est de tuer ou torturer un animal et de s’en sortir sans aucune punition." [17]
Cruautés envers les animaux et violences conjugales
Parce que la violence conjugale est dirigée vers le plus faible ou l’impuissant, les mauvais traitements sur enfant et les mauvais traitements sur animal vont souvent de pair. Des parents, qui négligent le besoin d’un animal ou le maltraitent, peuvent aussi maltraiter ou négliger leurs propres enfants. Tandis que certains adultes ont conscience qu’ils ne doivent pas maltraiter leur enfant devant témoins, ils n’éprouvent pour leurs animaux familiers aucun scrupule à les maltraiter en public.
Dans 88 % des 57 familles du New Jersey, suivies pour mauvais traitements à enfant, l’animal du foyer subissait aussi des maltraitances. [18] Sur 23 familles Britanniques avec un passé de maltraitance animale, 83 % furent identifiées par des experts comme ayant leurs enfants en danger de maltraitance ou de négligence. [19] Dans une étude sur des femmes battues, 57 % d’entre elles qui ont des animaux familiers ont avoué que leurs compagnons avaient fait du mal ou tué leurs animaux. Une sur quatre déclara qu’elle restait avec son bourreau parce qu’elle avait trop peur de partir en laissant l’animal du foyer derrière elle. [20]
Tandis que la violence envers l’animal est un signe important de mauvais traitements à enfant, le parent n’est pas toujours celui qui fait du mal à l’animal. Les enfants qui maltraitent les animaux peuvent répéter une leçon apprise à la maison. Comme leurs parents, ils réagissent par la violence à une colère ou une frustration. Leur violence est dirigée au seul individu dans la famille plus vulnérable qu’eux : l’animal. Selon un expert : "les Enfants qui vivent dans un foyer violent se caractérisent par le fait (...) d’avoir fréquemment participé à des scènes où c’est le plus fort qui s’octroie le droit hiérarchique de frapper le plus faible," ordre hiérarchique dans lequel ils peuvent mutiler ou tuer un animal. En effet, la violence domestique est la toile de fond la plus commune à l’enfant maltraitant des animaux. [21]
Arrêter le cercle de maltraitance
Selon Cornell de l’Université de Médecine Vétérinaire : "il y a un consensus de conviction parmi des psychologues (...) que la cruauté envers les animaux est un des meilleurs exemples de la continuité des troubles psychologiques de l’enfance à l’âge adulte". [22]
Les écoles, les parents, la communauté et les tribunaux qui considèrent que la maltraitance envers l’animal est un crime "mineur", ignorent que c’est en fait une bombe à retardement. Au lieu de cela, la communauté doit fortement condamner les individus responsables de cruauté envers les animaux, contrôler si les familles ont (eu) d’autres signes de violence et exiger un suivi intensif des coupables. La communauté doit reconnaître que la maltraitance envers N’IMPORTE QUEL être vivant est inacceptable et met en danger tout en chacun.
En 1993, la Californie fut le premier État à passer une loi autorisant les "animal control" agents a rapporter également les mauvais traitements sur enfant. Une législation similaire fut ensuite adoptée dans d’autres États comme le Connecticut, l’Ohio et Washington. "La maltraitance sur animaux familiers est le signal d’avertissement d’une maltraitance faite aussi aux membres bipèdes de la famille," déclara Steve Effman, représentant du projet de loi, "nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer cette connexion plus longtemps." [23]
De plus, on doit apprendre aux enfants à soigner et respecter les animaux dans leur droit propre. Après une étude approfondie sur les liens entre la maltraitance envers l’animal et la maltraitance envers l’humain, deux experts ont conclu : "l’évolution à des relations plus douces et bienveillantes dans la société humaine pourrait être augmentée par notre promotion d’une éthique plus positive et élevée entre les enfants et les animaux." [24]
Ce que vous pouvez faire :
Recommandez vivement à vos systèmes scolaires et juridiques locaux de prendre en compte sérieusement la cruauté envers les animaux. Les lois doivent envoyer un message fort : la violence contre n’importe quelle créature sensible - humaine et autre qu’humaine - est inacceptable.
Prenez conscience des signes de négligence ou de maltraitance sur des enfants et des animaux. Prenez au sérieux les enfants s’ils rapportent que des animaux sont négligés ou maltraités. Certains enfants ne parleront pas de leur propre souffrance, mais parleront de celle d’un animal.
Ne fermez pas les yeux sur des actes même mineurs de cruauté sur animaux commis par des enfants. Parlez à l’enfant et aux parents de celui-ci. Si nécessaire, contactez un assistant social.
Sources
[1] Daniel Goleman, "Child’s Love of Cruelty May Hint at the Future Killer," The New York Times, 7 Aug. 1991.
[2] "Animal Abuse Forecast of Violence," New Orleans Times-Picayune, 1 Jan. 1987.
[3] Alan R. Felthous, "Aggression Against Cats, Dogs, and People," Child Psychiatry and Human Development, 10 (1980), 169-177.
[14] Deborah Sharp, "Animal Abuse Will Often Cross Species Lines," USA Today, 28 Apr. 2000.
[15] Mitchell Zuckoff, "Loners Drew Little Notice," Boston Globe, 22 Apr. 1999.
[16] Ethan Bronner, "Experts Urge Swift Action to Fight Depression and Aggression," The New York Times, p. A21.
[17] Margaret Mead, Ph.D, "Cultural Factors in the Cause and Prevention of Pathological Homicide," Bulletin in the Menninger Clinic, No. 28 (1964), pp. 11-22.
[18] Elizabeth DeViney, Jeffrey Dickert, and Randall Lockwood, "The Care of Pets Within Child-Abusing Families," International Journal for the Study of Animal Problems, 4 (1983) 321-329.
[19] "Child Abuse and Cruelty to Animals," Washington Humane Society.
[24] Stephen R. Kellert, Ph.D., and Alan R. Felthous, M.D., "Childhood Cruelty Toward Animals Among Criminals and Noncriminals," Archives of General Psychiatry, Nov. 1983.
Le regard d’Albert Jacquard sur la corrida (en français et anglais)
English version see below
Cette chronique fut diffusée sur radio France-Culture le mardi 22/11/05 à 17h55.
Albert Jacquard :
"L’actualité, telle qu’elle est proposée par les journaux télévisés, m’incite à revenir une fois de plus sur un sujet que l’on aurait préféré ne pas avoir à évoquer tant il suscite un sentiment de honte collective.
Il s’agit de la corrida telle qu’elle s’étale dans certaines villes du Midi à l’usage, il faut le dire, des vacanciers désœuvrés qui croient y trouver un peu de couleur locale.
En fait , ces spectacles de torture n’ont pas même l’excuse de la tradition puisqu’ils ont été importés en France venant d’Espagne seulement au XIXè siècle et de toutes façons , la tradition ne justifie pas n’importe quel acte cruel.
L’excision des petites filles est une tradition dans certains pays d’Afrique, elle n’en est pas moins punie en France comme un crime.
Heureusement, un reflux de cette barbarie commence à se manifester, de nombreuses villes du pays d’origine, l’Espagne, ont suivi l’exemple de Barcelone et ont interdit ces spectacles obscènes.
En France, des associations œuvrent pour une interdiction générale. Une proposition de loi ayant cet objectif a été déposée par une députée des Alpes-Maritimes, Madame Marland-Militello.
Face à ces initiatives, j’imaginais naïvement que le retour à la raison était sur la bonne voie et s’imposerait prochainement. Un reportage du journal de France2 diffusé il y a quelques semaines, m’a hélas ouvert les yeux sur une réalité inquiétante montrant que la barbarie est toujours présente.
Ce reportage nous montrait une école où l’on forme des jeunes en les préparant à devenir des toreros...oui, une école où des garçons de 12-13 ans apprennent à torturer et à donner la mort à un animal . Ce spectacle m’a fait souvenir d’un passage d’un livre de la romancière Christiane Rochefort.
Elle présente dans un de ses livres, je crois que c’est " Les enfants du parking", elle présente quelques mères de famille occupées à papoter, et que l’on vient prévenir :
Allez vite surveiller vos enfants, ils s’amusent à crever les yeux d’un chien ! Et la réponse des mères de famille est :
Laissez-les faire, pendant ce temps, ils ne font pas de sottises !
Eh bien, c’est exactement le raisonnement que tiennent les autorités des villes qui abritent de telles écoles de toreros. Ils prétextent qu’elles aident les jeunes à ne pas tomber dans la violence alors qu’au contraire ces initiatives banalisent la violence et même elles l’enjolivent en affublant ces jeunes du fameux habit de lumière des toreros, cet habit mensonger qui n’est que le déguisement des pires pulsions.
Sans doute les parents sont-ils complices, ils seront fiers de voir leurs enfants parader. Mais le fait que les journalistes qui présentaient cette école de la mort n’aient pas eu un mot pour en souligner le danger, le danger pour la personnalité de ces jeunes , est significatif d’une inconscience coupable.
Décidément, le chemin vers la civilisation est encore long."
Albert Jacquard’s view of bullfighting as heard on “France Culture”
The programme was aired on radio station France-Culture at 17:55 hours, on Tuesday, 22 November 2005.
Translation by Rebecca Palmer
Albert Jacquard :
The way in which television broadcasters present topical issues on the news is the reason why I’m revisiting a topic that one would prefer not to have to dig up as it evokes feelings of collective shame...It’s the issue of bullfighting (corrida), which is still commonplace in towns around the Midi, and which takes place for the benefit, it has to be said, of holidaymakers who believe that they are seeing an authentic piece of local “culture”.
In reality these displays of torture aren’t even underpinned by tradition since they were only brought to France from Spain in the nineteenth century and, anyway, tradition does not justify cruelty of any kind.
It is important to note that such things as the circumcision of young girls is a “tradition” in certain African countries, but that doesn’t make it any less punishable in a French law court.
Thankfully we are beginning to see a decline of bullfighting cruelty in numerous towns around Spain that have banned these disgusting spectacles, following the example set by Barcelona.
In France, various groups are working for a total ban. In addition, a private bill with the same aim was put forward by Deputy for the Alpes-Maritimes area, Madame Marland-Militello.
In view of these steps I naively thought that we were going in the right direction and that people would soon start seeing sense. A news report aired on France2 some weeks ago, however, opened my eyes to the worrying reality that cruelty is everywhere.
The report showed a school where young people are taught to become bullfighters...Yes, a real school where boys of 12 or 13 years of age learn how to torture and kill animals. This reminded me of a book by novelist, Christiane Rochefort. She describes in one of her books, I think it is in “Carpark Children” (Les enfants du parking”), several mothers who are chattering away to each other but who are warned :
“Come quickly, your children are entertaining themselves by poking a dog’s eyes out !” And the mothers’ response is :
“Leave them alone, it’s keeping them out of trouble !”
And that’s exactly the attitude adopted by the towns’ authorities, which hide behind the cloak of these bullfighting schools, under the pretext that they are helping prevent kids from succumbing to violence. They are in fact doing the exact opposite by desensitising them towards violence and sensationalising it by wasting their time admiring bullfighters’ costumes. Costumes whose sole purpose is to disguise one of mankind’s worst impulses.
Parents are without a doubt complicit in all this by acting the ‘proud parent’ when they see their children parading about. But it is the fact that journalists reporting on this “school of death” do not say a single word to highlight the dangers of it tainting young people’s true personalities, that makes them markedly guilty of failing to look at the truths and see sense.
It seems undoubtedly like the road towards civilisation will be a long one...
Mise au point nécessaire sur ce qu’est la zoophilie
Cette mise au point sur la zoophilie semble d’autant plus nécessaire qu’en général, les gens ne connaissent pas ou, pire, banalisent et s’amusent de cette perversion sexuelle.
Il faut être d’autant plus vigilant que certains groupuscules sectaires à la sauce "égalité animale et végétarisme" distillent une doctrine basée sur "des relations sexuelles interespèces et intergénérations mutuellement satisfaisantes", entre autres délires nauséeux.
Il n’y a pas encore si longtemps, la pédophilie était ou ignorée ("ce n’est qu’un mythe ou une affabulation des enfants") ou banalisée ("c’est le processus naturel d’éducation sexuelle des enfants" - ce type de discours était très en vogue dans les années 70). C’est seulement depuis une quinzaine d’années que l’on a pris conscience que les individus incriminés sont de dangereux pervers narcissiques multirécidivistes, l’enfant est une victime et le terme de "pédocriminalité" est plus approprié que "pédophilie".
Combien d’années faudra-t-il encore pour reconnaître les animaux comme des victimes et définir les actes zoophiles comme de la zoocriminalité ?
Zoophilie et Législation
Jusqu’en mars 2004, aucune loi française ne punissait la zoophilie sauf dans le cas où l’animal subissait des sévices. La loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, ajoute la précision " ou de nature sexuelle " à l’article 521-1 du code pénal.
Article 521-1 :
(Loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 Journal Officiel du 10 mars 2004)
"Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves ou de nature sexuelle ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 7 622,45 € (50 000 F) À titre de peine complémentaire, le tribunal peut interdire la détention d’un animal, à titre définitif ou non."
La zoophilie est classée dans le registre des perversions sexuelles. Ce sont les différentes relations sexuelles qu’un être humain peut avoir avec un animal.
Le Code Pénal ne l’interdisait pas. Les SPA pouvait arguer de l’article 521-1 du Code Pénal ( acte de cruauté et sévices sur animaux). On peut trouver des peines de 6 mois d’emprisonnement avec sursis pour la sodomie d’un chien par exemple. La barbarie de tels actes dans le 21ème siècle serait- elle presque du domaine de l’acceptable ? On retrouve la même argumentation perverse que pour la pédophilie : le zoophile " aime " sa victime comme le prétendent certains pédophiles. D’ailleurs certains avocats arrivent à obtenir la relaxe de leur client grâce à cette argumentation. L’horreur en ce qui concerne le droit au respect et à la dignité. Comment ces hommes de lois ne comprennent-ils pas qu’utiliser n’est pas aimer. Aimer c’est respecter l’autre. Le proverbe créole dont certains pédophiles s’abreuvent : " je n’élève pas un cochon pour que le voisin le mange " exprime bien ceci : je fais ce que je veux de mon bien je l’utilise selon mon bon vouloir. Mais ceci est tout sauf un acte d’amour et un acte civilisé.
Souvent pédophilie et zoophilie sont mêlées. On trouve beaucoup de pratiques zoophiles chez les sado-masochistes puisque que le but est l’humiliation de l’autre. Donc obliger femmes et enfants à commettre des actes zoophiles font partie de ces perversions là.
Le pervers vise son propre plaisir même, et surtout s’il est au détriment de l’autre. Et bien, au pays des droits de l’homme, ces actes n’étaient pas considérés comme des actes criminels.
Interview with Gary L. Francione regarding abolitionism as opposed to animal-welfare reforms
Gary L. Francione, specialist in animal rights and the law, has agreed to answer questions posed by Virginie Bronzino from the information website VegAnimal.
The interview took place in December 2005 with the help of Rebecca Palmer.
Gary L. Francione is Professor of Law and Nicholas deB. Katzenbach Distinguished Scholar of Law and Philosophy at Rutgers University School of Law in Newark, New Jersey. Francione has been teaching animal rights and the law for over 20 years. He has lectured on the topic of animal rights throughout the United States, Canada, and Europe, and has been a guest on numerous radio and television shows. He is the author of Animals, Property, and the Law (1995), Rain Without Thunder : The Ideology of the Animal Rights Movement (1996), and Introduction to Animal Rights : Your Child or the Dog ? (2000), as well as numerous journal articles, encyclopedia entries, and magazine articles concerning the rights of nonhuman animals. His most recent book, Animals Rights, Animal Welfare, and the Law, will be published in 2007. He is co-author, with Anna E. Charlton, of Vivisection and Dissection in the Classroom : A Guide to Conscientious Objection (1992). Francione has provided legal representation at no cost to numerous animal advocates, grassroots animal groups, and national and international animal organizations.
Francione is well known throughout the animal protection movement for his criticism of animal welfare, his abolitionist theory of animal rights based only on sentience, and his promotion of veganism as the personal commitment to abolition.
Gary L. Francione
Gary, as a lawyer and law professor, what do you mean by the term "animal rights" ?
What exactly do you teach your students about the rights of animals [1] ?
It is difficult to reduce 25 years of thinking-and thousands of pages of writing-into a short answer, but my position is as follows :
First, the regulation of animal exploitation, such as a measure that requires larger battery cages for hens, has nothing to do with animal rights. This is the central argument of my book Animals, Property, and the Law. The rights position involves the abolition and not the regulation of animal exploitation.
Second, as I argue in Introduction to Animal Rights : Your Child or the Dog ? , abolition requires the recognition of one moral right : the right not to be treated as property or as things. The problem is that we regard animals as commodities that have no value other than what we choose to give them. I emphasize that the right not to be property is primarily a moral right and not a legal one. That is, if there is ever going to be significant and meaningful change in the way we treat nonhumans, it will only come about when there is a paradigm shift in moral thinking and large numbers of people accept that animal slavery is wrong. The law might then enforce this moral position, but it cannot be imposed by law. And at this point, we are far from the paradigm shift in moral thinking that is needed.
Third, the most important form of advocacy for those who accept the rights position is to become vegan-and thereby to reject the property status of nonhumans in your own life-and then to educate others about veganism. I have serious doubts as to whether attempting to use the legal system will be productive at this point in that the best that can be hoped for is more welfarist regulation, which does little or nothing to alleviate animal suffering and is actually counterproductive. As I discuss in my book Rain Without Thunder : The Ideology of the Animal Rights Movement, if animal advocates want to focus their energies on legislative or legal campaigns, they ought to seek prohibitions-not regulation-of various sorts of animal exploitation. For example, I have argued that a prohibition on using any nonhumans in a particular type of experiment is to be preferred to a regulation that requires that continued animal use be made more “humane.” We can through prohibitions move in an incremental way towards the abolition of the property status of nonhumans. But I emphasize that no form of animal advocacy can replace or be more important than veganism and campaigns to educate others about veganism, particularly at this stage.
Fourth, I do not think that the solution is to grant animals standing so that they can sue, or to increase the penalties for violating anticruelty laws, which apply to only a small number of animals in the first place. The issue is not whether the cow should have a legal right to sue the farmer for cruel treatment ; the issue is why we have the cow here in the first place. If we took animals seriously in a moral sense, we would stop bringing domesticated animals into existence for our purposes, and not formalize that exploitation by seeking to regulate it further within the legal system.
Fifth, if we stopped bringing domesticated animals into existence, the only conflicts that would remain would involve humans and animals living in the wild. If we regarded those nonhumans as having inherent value, we would have to respect their environment and not use lethal or harmful means to resolve any conflicts. Otherwise, we should leave them alone.
Wouldn’t an animal be a lawyer’s preferred client ? He could never complain or get rid of you if you didn’t defend him properly.
Do you think that some people choose to be defenders and spokespeople for animals for this reason ?
I do not purport to be able to know the motivation of other people. I do, however, think that your question raises a related and important problem that concerns the animal movement as a general matter and not just the legal profession.
There is no accountability of animal advocates to their constituency as there is in other social justice movements. That is, if we humans get it wrong, the nonhumans cannot tell us that we got it wrong. This places a special responsibility on animal advocates to think carefully about the positions that they take and to be very careful about not allowing financial considerations to determine those positions. It appears to me that many large animal protections, particularly in the United States, choose campaigns based on the perceived ability of those campaigns to raise donations. For example, many groups are reluctant to take the position that veganism ought to be a baseline for the movement because they do not want to risk offending those who are not vegans and forego their contributions.
Similar problems exist with respect to lawyers. For example, many “animal lawyers” pursue cases involving veterinary malpractice, “pet” trusts, etc., because they want to avoid the more controversial and difficult issues, and because cases that assume (and reinforce) the property status of animals are more lucrative.
Some animal rights activists say that they have chosen to focus on animals rather than human beings, because animals are innocent creatures compared to humans. Humans are, in their opinion, in charge of their own destiny and therefore responsible for what happens to them, for example, for being homeless, a prostitute, having AIDS etc.
What do you think about their view ?
Although I agree that there is a difference between humans and nonhumans when it comes to matters of moral responsibility, I do not accept the view that human rights issues are not important because humans may be responsible to some degree for their own problems. I see there being a close relationship between matters of human and nonhuman exploitation, and issues of human rights and animal rights. Indeed, I teach a course at Rutgers University called “Human Rights and Animal Rights.”
Although we commodify nonhumans in the most extreme way by treating them as chattel property, we also commodify humans. The world is still plagued by racism, sexism, homophobia, and classism. And in some places, human slavery still exists. As long as these forms of discrimination exist, there will be injustice to humans. Species discrimination is the same phenomenon applied to nonhumans. We will never make any serious inroad into eliminating species discrimination as long as we accept discrimination against members of our own species, or fail to understand that justice is necessary for all animals-human and nonhuman.
How do you explain the fact that farmers, circus owners and people who own birds, reptiles and fish etc, maintain that they really love their animals ?
Many slave owners in 19th century America maintained that they “loved” their slaves. And they probably meant it on some level. The farmer or circus operator is like the slave owner. Exploiters of humans and nonhumans alike usually see the objects of their exploitation as inferiors, and regard the exploitation as “natural” and they regard domination as a form of affection. Men who abuse women often claim to “love” them. The problem is that they conceptualize women in ways that make the exploitation seem “natural.” That is, they see men as natural superiors and women as natural inferiors. Affection in that context is consistent with abuse.
A related issue concerns the fact that many people live with dogs, cats, and other companions. They regard these nonhumans as members of the family. They have no doubt that these nonhumans are sentient, able to think, have emotions, etc. When these nonhumans die, their human companions grieve, sometimes more profoundly than when human relatives die. But the same people who see their nonhuman companions as family members stick forks into other animals who are no different from their companions. That is what I call “moral schizophrenia” in Introduction to Animal Rights.
Do you really believe that if animals were no longer treated as property that they would cease to be exploited ?
The declaration of human rights hasn’t stopped slavery and the trade in humans. Instead it perpetrates the myth that human slavery no longer exists and that the slave trade was something that happened to black people way back in the 18th century.
Although humans are no longer legally considered "property", isn’t human trafficking still prevalent today ?
Although we have not eliminated human chattel slavery, it is regarded as unacceptable under the laws of virtually all nations and under international law. No one defends human chattel slavery. On the other hand, animal slavery is regarded as acceptable under the laws of all nations and under international law, and most of us support it by eating and using animal products. We cannot discount the role of the property status of animals in the phenomenon of animal exploitation. As I argued in Animals, Property, and the Law, as long as animals are property, they will receive little, if any, protection. The eradication of the property status of animals has to be the primary goal of animal advocates. And that starts by becoming vegan.
Would there be any guarantee that nonhumans would never be exploited if they were no longer our property ? No, of course not. Nothing we did would ever guarantee that exploitation would disappear. We are talking here about changing fundamental moral attitudes. The more people who are convinced that animal exploitation is per se unacceptable, and the more who accept veganism, the less exploitation there will be and the more possible it will be to get laws that protect the personhood of nonhumans rather than to seek to better regulate animal slavery.
How can we make our fellow humans aware of the fact that we should not exploit and actively trade other species when we do the same to our own species ?
According to recent official statistics, human trafficking is second place behind drugs issues, in public indifference. How do you explain the fact that drug trafficking carries heavier prison sentences than the trade in sentient beings ?
I am not sure that there is a good explanation for our indifference to human trafficking or for our treating drug crimes as more serious than crimes involving human trafficking. Laws that prohibit the possession or distribution of drugs are often used by various societies to control minority and poor populations and have little to do with any real concern about the use of these substances.
Unfortunately, it is not within my power or the power of any human rights or animal rights advocate to eliminate all social ills from the planet. But it is absolutely within my power-and every single person’s power-to abolish animal exploitation from our own lives by becoming vegan. By becoming vegan, we recognize the moral right of nonhumans not to be property. It is the easiest thing that each of us can do to take a stand against the property status of animals and animal exploitation, and is by far the most effective thing we can do to reduce the suffering of nonhumans.
Vera Sharav, Chairperson for Citizens for Responsible Care in Psychiatry and Research stated : "When it comes to the question of protection from overzealous scientists, animals have greater rights than humans " [2].
Is the use of the word " rights " in this statement really justified for animals as well as humans ?
Isn’t it disturbing to note that people denounce the use of animals in experiments when they don’t protest about medical research on human beings ?
What should we think of animal rights activists who find it acceptable to use non-consenting humans, such as prisoners and handicapped people for experiments ?
As for the question about whether animals used in experiments have greater rights than humans, the answer is that animals have no rights so the statement that animals have more rights than humans is absurd. In the United States, there are virtually no limits on what can be done to nonhumans in the laboratory. There are regulations that require that animals be given certain amounts of food, water, cage space, etc., but these regulations are minimal and are more concerned with the integrity of the scientific process (e.g., added stress may jeopardize the experiment). There are laws that require that humans give informed consent before being used in experiments, and there are substantive limits on what can be done to humans. Whether the laws that apply to humans are always effective or should be strengthened both in letter and in terms of enforcement is another matter. But it cannot be doubted that animals used in experiments receive virtually no protection.
As for your question about denouncing human experimentation, I agree that it is disturbing when people oppose the use of nonhumans in experiments but do not also oppose the use of humans in experiments in which there is no informed consent or where vulnerable populations are used. I am consistently amazed and disappointed by “animal people” who maintain that they have no objection to the use of prisoners or the mentally challenged-humans who cannot give meaningful consent. Unfortunately, many “animal people” have very reactionary political views.
Didn’t Vera Sharav simply confuse "welfare" with "rights” ?
This a common mistake that is also made by “animal people” themselves. Some animal charities use the term “animal rights” to define themselves despite the fact that they are welfarists (such as PeTA).
Isn’it disturbing to see that the first legislation concerning animals in laboratories goes back to 1876 [3]while humans used in experimentations had to wait until 1964 with the Declaration of Helsinki ?
And what do you think about the antivivisectionnist scientists who want to abolish the use of humans in Phase I medical studies, arguing that healthy “volunteers” should not jeopardize their health (for the money), even if they sign an “informed consent” ? [i]
I think that Sharav assumes that laws or rules that regulate exploitation provide rights for animals. As I argue in Animals, Property, and the Law, this is not the case. You are correct to say that “animal people” often make the same assumption. Since most animal groups no longer promote abolition, the concept of “animal rights” is linked with welfarist regulation.
With respect to human experimentation, I agree that the whole concept of “informed consent” is problematic in that there are serious issues as to : (1) whether humans who participate in experiments are adequately “informed ;” and (2) whether “consent” is possible in certain circumstances. For example, can a prisoner or a drug addict who needs money to purchase narcotics give meaningful consent ? I think not. There are many, many serious problems with the regulation of human experimentation. But I also think that the laws that concern human experimentation, although very far from perfect both as a matter of theory and more so of practice and application, they are different in important respects from the laws and regulations that concern animal experimentation, which provide no real protection for nonhumans and assume explicitly that animals can be killed for human purposes.
Should we be fighting groups who practise cruelty to animals on the basis of how many victims they harm ?
Some animal rights activists campaign solely for farm animals, discounting hunting and animal experimentation issues because, according to them, these practises don’t kill as many animals as the meat industry [4].
Following this logic, wasn’t the United States right not to intervene in Rwanda as the genocide that took place there involved a mere million people ?
I am not a big fan of ranking evils, and I am also skeptical that military intervention by the United States has anything to do with moral issues rather than the economic interests of America. Most of the problems in the world are caused by the policies of “first world” nations in the first place.
In any event, I continue to believe that the first order of business for the movement is to promote veganism as the only state of affairs that is consistent with recognizing that nonhumans have inherent value and should not be treated as things. What good does it do if you spend the day protesting vivisection and then return home to eat your meat or dairy ? And what is the difference between a hunter and a consumer who buys dead flesh or dairy at the store ? This is not a matter simply of numbers. It is a recognition that things are not likely to change unless and until there is a social shift in favor of abolition, which will then result in a political base that can better promote change. But if even the “animal people” think that it is OK for them to exploit animals, what hope is there ?
I certainly think that animal advocates should oppose hunting and vivisection and all forms of exploitation. I just think that the starting point ought to be veganism. Once you convince people that they should be vegan, opposition to other forms of exploitation follows easily. I would like to add that it is not likely that we are going to get people to oppose vivisection before we get them to accept veganism. Think about it. Although I do not think that vivisection provides benefits for human health, that position is not accepted by most people, and the conventional wisdom is that vivisection is necessary in order to find cures for diseases, etc. There is no necessity to eat animal products. It is not likely that someone who thinks that it is alright to exploit animals where there is no necessity is going to support the abolition of a use where there is arguably necessity.
The aim of the guillotine was to “humanely” execute prisoners. Could this invention have delayed the abolition of the death penalty in France ? [5]
Yes, absolutely. The same is true presently in the United States, where most states have gone from electrocution, hanging, or gassing to lethal injection. That method is viewed by many Americans as “humane” and will probably delay abolition of the death penalty for many years. There is, of course, an analogy to animal exploitation. In Rain Without Thunder, and in other work, I argue that welfarist regulation, which seeks to make animal exploitation more “humane,” does little to help animals and does a great deal more to make humans feel comfortable about exploiting nonhumans. It is absolutely clear that animal welfare perpetuates exploitation.
What do you think of the statement made by David Bowles of UK animal welfare organisation the RSPCA, after he gave McDonald’s an award for its humane treatment of animals : "The important thing is not that you’re killing the cattle, it’s how you’re actually killing the cattle" ? [6]
I disagree strongly on at least two grounds. First, the fact that we are killing the cattle is important. The comment by Bowles reflects the position adopted by Peter Singer and others that animals do not have an interest in their lives, but only have an interest in not suffering. Therefore, it is not our use of animals that is the problem, it is only the treatment of animals. This position is species discrimination. It is simply absurd to say that cows and other nonhumans do not have an interest in their lives. This is the theoretical basis of the animal welfare position, which I reject. I note that Singer is often described by animal advocates as “father of the animal rights movement.” Nothing could be further from the truth. Singer’s position is in favor of welfarist regulation, not abolition.
Second, I do not think that the “improvements” in welfare by McDonalds are meaningful in any sense. I think that these measures reduce suffering very little if at all. But I am certain that by giving awards to McDonalds, we encourage the consumption of animal products. It is unfortunate that the RSPCA, PETA, and other so-called “animal” groups praise McDonalds and other large corporate animal exploiters.
I should add at this point that I do not want my comments to be construed as attacks on the integrity of individuals. For example, years ago, I worked closely with PETA. I know Ingrid Newkirk well. I have no doubt that Ingrid cares deeply about nonhumans and wants to help them. I just disagree with her views on the right go to go about helping them.
Some years ago international group PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) organised a campaign called Holocaust On A Plate highlighting the parallel between today’s slaughter of farm animals and the extermination of Jewish prisoners in nazi camps. At the same time PETA launched another campaign calling for KFC to gas their chickens rather than cut their heads off.
Isn’t gassing chickens also a terrible crime ?
I disagree with the KFC gassing campaign. PETA has undertaken a number of these welfarist campaigns. The explicit message here is that if KFO switches to gassing, it will have moved in the “humane” direction-just as McDonalds has, according to PETA-and that will make it “better” to eat at KFC. I suppose that Ingrid Newkirk believes that she will increase her donor base if she can make people who patronize these places feel good about it. I suspect that she is right. Her strategy is great business sense. But it is a disaster for the animals.
I should add that I am also not in favor of comparing the exploitation of nonhumans with the Holocaust except to the extent that both involve a lot of killing. The problem is that because our society regards nonhumans as things, the comparison gets translated as denigrating human victims rather than elevating nonhuman ones and any analogical value gets lost. Moreover, I think that different forms of exploitation involve different analyses. We exploit nonhumans for reasons that are, for the most part, economic. The extermination of the Jews or other groups by the Nazis had to do with a type of hatred that I do not think characterizes the views of most humans about nonhumans.
In December 2005, the European Commission has organised a consultation on public attitudes to the welfare and protection of farmed animals. One of the questions was : " Do you believe that producing food under higher conditions of animal welfare/ protection would result in more ethically acceptable food products ? "
What do you think of the choice of the phrase “ethically acceptable” ?
More generally, how would you react to this type of questionnaire ?
This question is similar to asking whether it would be "more ethically acceptable" to beat human slaves five times per week rather than ten times per week. It is always better to inflict less harm than more harm, but it does not address the fundamental issue : is slavery-however "humane"-morally justifiable ? The same analysis applies to the animal welfare position. Welfarists argue that it it is "more ethically acceptable" to exploit animals if we treat them better. In one sense, this is true because, as in the case of slavery, it is always better to inflict less harm than more harm. But the welfarist position similarly avoids the fundamental issue : is animal exploitation-however "humane"-morally acceptable ?
As I have written, I do not believe that animal use can be morally justified, and that animal advocates ought to have as their primary focus promoting the abolitionist message of veganism. Veganism is the principle of abolition applied to life of the individual. There is no logical distinction between meat and other animal products, such as milk or cheese. Nonhumans exploited in the dairy industry live longer than their “meat” counterparts, they are treated worse during that life, and they all end up in the same slaughterhouse after which we consume their flesh. There is probably more suffering in a glass or milk or bowl of ice cream as there is in a steak. Veganism is the only morally consistent solution.
Not only is animal welfare morally indefensible as a theoretical matter, it is problematic for practical reasons as well. Welfarist reform in reality does very little if anything to alleviate animal suffering. Indeed, welfarist reform may actually increase suffering overall because it makes the public feel more comfortable about animal exploitation, and thereby encourages consumption. There is no historical evidence that welfarist reform leads incrementally to abolition. We have had animal welfare in the West for about 200 years now, and we are exploiting more animals in more horrific ways than at any time in human history. Such campaigns are easier to package and sell, and they do not offend anyone or move society in the direction of meaningful and sustained change. That, however, is precisely the problem. No one disagrees with the principle that it is wrong to inflict “unnecessary” suffering, but, as 200 years of animal welfare have made plain, it is a principle without any content in light of the property status of animals.
Isn’t this questionnaire merely a strategy to ease the conscience of consumers and try to earn the trust of those who have stopped eating meat because of food scandals, such as mad cow disease and chickens fed with dioxin ?
What do you think of animal charities (such as PeTA and CIWF) who have urged their "activists" to complete this questionnaire ?
The questionnaire is intended to reinforce the idea that the primary moral issue here is the treatment of nonhumans rather than the use per se, and to link treatment issues with food safety issues. I was not aware that PeTA and CIWF asked their members to complete the questionnaire, but if this is the case, I am not at all surprised. I must again emphasize that most of these corporate charities are welfarist, and they, like the European Commission questionnaire, focus their policies on regulation, and not on abolition.
According to Hans Ruesh, father of anti-vivisectionism, "Animal welfarists are our worst enemies" [7].
Is such a comment justified ?
I am not sure that it is very useful to divide the world into “friends” and “enemies.” I certainly think that animal welfare is problematic for a variety of reasons, including that it does little if anything to reduce animal suffering and actually promotes and arguably increases animal suffering by making the public feel better about animal exploitation. I also think that the welfarist groups have done a great disservice by stifling debate about these issues and the fundamental moral question about the use-however “humane”-of nonhumans. There is very little discussion of the rights/welfare issue in the movement because as someone disagrees with PETA or one of the other large corporate welfare organizations, the disagreement is recast as divisiveness or as a lack of loyalty. The modern animal movement is in many ways much more like a cult than a social justice movement.
Activists with the UK campaign group, Hunt Saboteurs aren’t abolitionists and maintain a position of animal welfarism.
Haven’t they done more for animals with their commando-style direct action than the majority of chic bourgeois everyday vegans who would prefer to hang out at trendy vegetarian restaurants rather than confront the perpetrators of hunting ?
I think that it is a very serious mistake to discount the importance of veganism. Veganism is abolition. A bourgeois vegan can be educated about other political issues. I find that welfarists are often very resistant to veganism. I do not know enough about the Hunt Saboteurs to offer an informed opinion.
French ecological groups are the first to criticise genetically modified products. However, we never hear of animal welfare groups attacking the practise of genetically modifying animals.
Why, in your opinion, don’t animal welfare groups condemn the “production” of these animals ?
Couldn’t it be linked to the fact that transgenic animals are mainly rodents and pigs - two species which have perhaps never been seen as important to these groups ?
As a general matter, and as I discussed above in connection with Bowles’ comment, welfarists generally do not focus on animal use in itself and they accept the legitimacy of animal exploitation as a general matter. The problem is exacerbated when pigs and rodents are involved, since it is difficult to pursue lucrative fundraising campaigns involving these animals.
The majority of French animal welfare groups campaign against the cruelty of foie gras and call for a stop to this practise whilst never highlighting the exploitation of dairy cows and demanding a boycott of dairy products.
Aren’t they simply politically correct attacks on an elitist and unnecessary product, while cow’s milk is still considered as ordinary and necessary as the suffering of animals who produce it ?
As I said, there is no difference between meat products and other animal products, such as milk or cheese. All animal products are unnecessary and “elitist.” Many animal advocates who are not vegan claim that veganism is “elitist.” The opposite is true. It is “elitist” not to be vegan.
In November 2005, a Parisian demo was staged by several animal welfare groups, calling for a ban on the dog and cat fur trade (no other kind of fur, just dog and cat).
What do you think about their pleas ?
More generally, what do you think about demos organised by groups on generic issues, such as fur, compared to regular grassroots protests by local UK groups who prefer to target shops like Harrods, Joseph and Zara etc ?
I have no objection to bans or prohibitions on various exploitative practices as long as advocates do not otherwise promote other, supposedly more “humane” or “better” forms of exploitation, instead. For example, some advocates in the United States argue that we should ban dog and cat fur, but that fur from other animals, or wool from sheep, or leather from cows, is acceptable or is “better” in an ethical sense than dog or cat fur. I object to that sort of campaign. But, as I argued in Rain Without Thunder, and as I stated earlier, I am not opposed to incremental prohibition (eliminating the property status of nonhumans by prohibiting, as opposed to regulating, particular uses).
As to the strategy of general vs. specific, I am not sure that the latter can be very effective, particularly in the present economic situation. If advocates persuade Harrods not to sell a product, it will simply be sold by someone else. We have to address the demand, not the supply.
PETA, the world’s most powerful and wealthy animal welfare group, euthanises healthy cats and dogs [8] "because they are too numerous and consequently it costs too much to take care of them", despite the fact that their philosophy is that animals and humans are EQUAL.
By following their logic, shouldn’t we also euthanise human beings when they are too numerous and when they cost too much to society ?
As a preliminary matter, let me say that I do not think that “euthanize” is the right word here. Euthanasia involves a death that is in the interest of an animal, and death is never in the interest of a healthy nonhuman. PETA does not euthanize healthy animals ; it kills them. And PETA has been killing healthy animals for a long time now-this is not new. In Rain Without Thunder, I discussed how PETA was killing healthy animals at its Aspen Hill “shelter” in the 1990s. I think that this practice is deplorable. It is powerful proof of how far PETA is from an animal rights position.
"Sex sells !", this claim is as old as the hills. Is there anything wrong with using sex to sell good causes such as vegetarianism and animal rights ?
As I stated above, species discrimination is related to sexism and other forms of discrimination. It makes no sense to promote sexism in order to oppose species discrimination. As long as we continue to treat women like meat, we will continue to treat nonhumans as meat. So I very much object to using sexism, racism, homophobia, or violence in order to promote animal issues. Moreover, sex may sell perfume ; I doubt it influences ethical choices in any positive way.
What would you say to “sexy chickettes” and naked male and female protesters, during gimmicky demos (which PETA organises around the world), who sincerely believe that they are “doing it to help the animals” ?
I would tell them to get dressed and go talk to anyone who will listen about the importance of abolition and veganism, or perhaps spend the day feeding or caring for abandoned or abused nonhumans. This sort of spectacle has more to do with the media promotion of PETA and self-indulgence of the participants than it does with helping animals. These people are trivializing an important issue. They are reinforcing sexism, which is wrong in itself (as it perpetuates the commodification of women), and which will only serve to perpetuate species discrimination. I can assure you that if you have to be naked before people will listen to you, you are not going to have significant impact on their moral thinking anyway. PETA started its sexist anti-fur campaign over a decade ago. And what is the result ? The fur industry is more robust than it has ever been. The PETA approach does not work, although it certainly does get media attention and donations for PETA.
What made you become an animal rights advocate or campaigner ?
I visited a slaughterhouse in 1978 and became a vegetarian immediately. There was very little to read at the time, and there was no organized “rights” movement. I began to study the issue, and in 1982, I became a vegan.
Was there anything in particular that pushed you towards becoming vegan (a way of life which excludes any form of animal exploitation for food, clothing, leisure etc.) ?
When I became aware that there was no difference between meat and dairy, or fur and leather or wool, etc., I recognized that I had no choice if I was to take morality seriously.
To conclude, how do you see the evolution of the animal “cause” and what general comments would you offer ?
At the risk of repetition, I firmly believe that the movement will go nowhere unless and until it embraces the abolitionist/vegan position.
Veganism is the application of the principle of abolition to one’s own life. I often encounter animal advocates who claim to be in favor or animal rights and to want to abolish animal exploitation, but who continue to eat animal products. I regard this as a form of moral schizophrenia. An animal “rights” advocate who is not a vegan is no different from someone who claims to be opposed to human slavery but who still owns slaves. In any event, it make no sense to claim to embrace the rights or abolitionist position, and not to accept that veganism is the only morally consistent way to take immediate action to make that happen at least in one’s own life. Veganism is the rejection of the property status of nonhumans and the recognition that nonhumans have inherent value.
There are some animal advocates who claim that veganism is a matter of “personal philosophy” and should not be identified as a baseline principle of the rights movement. They claim that it is “elitist” to insist on veganism as a baseline principle. But such claims are nonsense. If the animal rights movement cannot take a principled position on an activity that results in the suffering and death of millions of animals for no reason other than that we enjoy the taste of their flesh and their products, then the movement can take no principled stand on any institutional exploitation. And there is nothing more elitist than eating animal products, which involves the unjustifiable oppression and exploitation of nonhumans. Animal advocates who are not vegans have no right to accuse anyone else of being an animal "exploiter." Although it is impossible to avoid animal products altogether-there are, for instance, animal products in many road surfaces-if you are not a vegan, you are an animal exploiter !
I disagree with those who maintain that the legal system will be in the lead in the struggle for animal rights, or that significant legal change will occur in the absence of the development of a political and social movement in support of animal rights and the abolition of animal exploitation. In other words, there needs to be a paradigm shift as a social matter before the legal system will respond in a meaningful way. And at the present time, there is no organized abolitionist movement. There is only a “humane” movement run by a group of corporate elites who want to maximize contributions by promoting campaigns that will not challenge the status quo, and that is worse than nothing in my view. Indeed, most of the welfarist campaigns promoted by the corporate movement do very little if anything to help animals suffering now, and merely make the public feel better about animal exploitation, thus establishing the foundation for more exploitation.
Veganism and abolitionist education provide a practical and incremental strategy both in terms of reducing animal suffering now and in terms of building a movement in the future that will be able to get legislation more meaningful than the welfarist reforms that are promoted by the large national organizations. In the late-1980s the animal advocacy community in the United States decided very deliberately to pursue a welfarist agenda. If instead a substantial portion of movement resources were invested in vegan education and advocacy, there would in my estimation be at least 250,000 more vegans than there are today. That is a very conservative estimate given the tens of millions of dollars that has been expended by animal advocacy groups to promote welfarist legislation and initiatives. I maintain that having 250,000 more vegans would reduce suffering more by decreasing demand for animal products-and help to build a political and economic base that is absolutely essential and necessary for more pervasive social change that is in turn the necessary predicate for legal change-than all of the welfarist "successes" put together and multiplied ten-fold.
I also disagree with those who believe that violence is the way to go. In my view, the animal rights movement should represent the ideals of non-violence. We should respect all life. We will never change the world if we use violence. We are in the mess we are today because humans think that violence is justifiable. The problem is violence ; it is not the solution.
So my parting advice : go vegan, and then educate everyone who will listen to you about the many reasons why they should go vegan. Becoming vegan is the single most important thing that we can do for animals, as well as for our health and the environment-and it something that is in the power of each of us to do.
[1] The website Animal Rights Law Project contains materials written by Gary Francione, Anna Charlton, and students in the course on Animal Rights and the Law that Francione and Charlton have taught at Rutgers University School of Law for over a decade.
[2] This quote comes from the book "In the name of Science" by Andrew Goliszek, in the chapter on Willowbrook State School which denounced human vivisection and the use of the mentally handicapped for experiments.
[3] 1876 : The British Cruelty to Animals Act introduced. Experimenters must apply for licenses each year, and any painful experiments require special permission. (In 1831 Marshall Hall, an animal researcher, proposes a Code of Ethics for experiments).
[i] Primum non nocere (First, do no harm). Newsletter winter 05/06 of the Europeans For Medical Progress : "In America, more than 75% of clinical trials financed by pharmaceutical companies are conducted by private, for-profit centres comprising a $14 billion industry, with poor immigrants comprising the overwhelming majority of subjects recruited. The enterprise is poorly regulated and riddled with conflicts of interest, with secretive review boards - charged with protecting participants’ safety - funded by the same drug companies that fund the test centres they are supposed to be regulating. The net result is that every year, trial participants are injured or killed". To find out more about human experimentation on phase I, II III, IV, click HERE.
[4] Each year in France, 1 billion farm animals, between 30 and 50 million "game" animals, and around 3 million laboratory animals are killed.
[5] The death penalty was abolished in France on 9 October 1981.
[7] This quote comes from page 81 of the book "Vivisection or Science ? : An Investigation into Testing Drugs and Safeguarding Health", by Pietro Croce - Publisher : Zed Books, 1999.
[8] According to PETA’s own filings with the Virginia Department of Agriculture and Consumer Services, PETA killed 86.3% of the animals in its care in 2004.
Éleveurs canins et associations de protection animale : Petits arrangements entre amis
"Lorsque nos intentions sont égoïstes, le fait que nos actes puissent paraître bons ne garantit pas qu’ils soient positifs ou éthiques." Dalaï Lama
Avertissement : Le but de cet article n’est pas de culpabiliser mais de mettre face à ses responsabilités, tout individu qui achète un chiot et toute association de protection animale qui encourage l’exploitation animale.
L’élevage canin consiste à faire naître et se développer des chiens en contrôlant leur entretien et leur reproduction, de manière à obtenir un résultat économique. En clair, faire se reproduire de la matière canine pour vendre sa progéniture comme on peut fabriquer et vendre toute marchandise commerciale dans le but d’en tirer profit.
Au nom de quelle hypocrisie les associations animales "dénoncent" les animaux "marchandises" et parallèlement, mettent à disposition des listes d’éleveurs sérieux (selon la marque, plutôt race) ? A t-on déjà vu des associations humanitaires dénoncer la marchandisation des femmes et proposer un listing de proxénètes sérieux ? Sauf que les proxénètes ne sont pas de généreux membres des assos humanitaires à la différence des éleveurs canins avec les assos animales.
Le business des animaux marchandises
En France, le marché des animaux de compagnie est colossal : entre les produits de santé animale, produits d’hygiène, suppléments nutritionnels, aliments des animaux de compagnie (Petfood), parapharmacie vétérinaire etc.
Ce marché inclut également le commerce (vente) ou marchandisation de millions d’animaux tous les ans. Par exemple, selon l’étude FACCO / Sofres 2004, la France compte près de 8,51 millions de chiens. Ce sont des chiens de race pour 76,3% et dans 50% des cas, l’animal a été acheté. Parallèlement, 150 000 chiens et chats sont abandonnés chaque année en France, le record européen.
Le marché des animaux de compagnie représente la forme d’exploitation animale la plus grave, même si elle est plus sournoise que celle des animaux destinés à l’élevage et l’abattage industriels pour la filière viande. Les associations animales devraient, par exemple, s’inquiéter que la Chine compte aujourd’hui plus 150 millions de chiens comme animaux de compagnie [1] au lieu de manipuler l’émotion de leurs (futurs) généreux donateurs occidentaux avec de marginaux marchés à chiens de boucherie tenus par de pauvres bougres [2].
Les listes d’éleveurs sérieux chaudement recommandés par les associations animales
Caresser l’éleveur et le consommateur dans le sens du poil
Dans un trac diffusé par l’association One Voice : "Les chiots et les chatons marchandises : ça suffit !", celle-ci conseille, "comme alternatives à l’achat en animalerie ou par petites annonces", d’acheter son chiot à des "éleveurs sérieux" [3].
Ainsi, il y aurait le méchant éleveur, souvent étranger, principalement d’Europe de l’Est (genre un peu plombier sur les bords, histoire d’attiser encore plus la haine xénophobe) qui lui marchandise honteusement des chiots parce qu’il refourgue sa came à une animalerie ou sur des petites annonces. Et puis, il y a THE éleveur "sérieux", français (de préférence coqué bourgeois, blanc et chrétien), amoureux des chiens puisque généreux donateur à la SPA et ses clones. Et lui, bien sûr, il ne marchandise pas ses animaux, lui, puisque ses chiennes sont engrossées par l’opération du Saint-Esprit et qu’il donne, sans aucune transaction financière, tous les chiots de chaque portée.
Mais franchement de qui se moque t-on ? À partir du moment où un individu fait du commerce sur la reproduction et la vente de chiots, il marchandise l’animal ! Il semble que cela ne soit, tout simplement, pas assez lucratif et consensuel pour une association dite de protection animale d’éduquer et de conscientiser le grand public à ne plus voir les animaux compagnons comme une valeur marchande. Elle perdrait son fond de commerce.
Tiens, un éleveur "sérieux" qui n’était pas aussi "sérieux" que cela
Début mars 2006, One Voice met sur la place publique, avec son communiqué "Au malheur des chiens", les exactions de M et Mme D. et leur élevage de bouledogues réputé.
Une information affreusement banale, un marronnier même.
" Primés dans de nombreux concours, ils vendaient leurs chiots inscrits au LOF (Livre des Origines Françaises) entre 1000 et 1500 €. Un élevage sérieux, réputé, reconnu... " Et là, c’est le drame !
On l’aurait menti à l’insu de son plein gré ?
Et l’association découvre ébahie que des éleveurs français sérieux peuvent aussi traiter leurs animaux comme de vulgaires éleveurs d’Europe de l’Est.
Selon le communiqué : "40 chiens terrorisés vivent dans des caisses de transport, crasseuses et puantes, dont ils ne sortent pas, même pour faire leurs besoins. Ils sont traités comme de véritables machines à reproduire, des chiens néanmoins LOF et vendus plus de 1000€".
C’est un scandale ! L’éleveur polonais, lui, aurait proposé un chien dans le même état pour 100€ !
La boucle est bouclée et le tiroir-caisse se remplit
N’aurait-il pas été plus cohérent et intègre de refuser, dès le départ, tout compromis avec TOUT éleveur canin et fermement inviter le grand public à ne JAMAIS ACHETER un chien ? Non, pas pour cette association qui récidive de plus belle en finissant son communiqué par : "Si vous souhaitez accueillir un chiot bouledogue français, contactez-nous et nous vous transmettrons les coordonnées d’éleveurs dignes de ce nom" [4].
Rendez-vous au prochain communiqué qui révélera que, monsieur Machin de l’élevage de chien de race X ou madame Truc de l’élevage de chien de race Y, n’était pas si "digne de ce nom". Les histoires de petits chiens maltraités, ça fait toujours couler beaucoup d’encre et de larmes... un marketing bien huilé, et les animaux dans tout ça ? Ils sont toujours autant marchandisés par de vrais/faux éleveurs sérieux, merci pour eux.
L’intérêt de l’humain sous couvert de défense animale
Les associations animales excellent dans l’art de continuer à toujours plus exploiter les animaux, avec une nuance tout de même, une bonne dose d’hypocrisie sous couvert de bonne conscience. Le Dr. Charles Danten (médecin vétérinaire pendant 18 ans) l’a très bien expliqué dans son article "La défense des animaux" que nous vous conseillons de lire sur son site, en cliquant ICI.
Pour les internautes qui n’auraient pas le temps de visiter le site du Dr. Charles Danten, voici quelques extraits choisis :
" D’ailleurs si vous avez l’intention de vous acheter un animal allez visiter le site internet de - la fondation Brigitte Bardot - par exemple, vous y trouverez une liste d’éleveurs de son cru chaudement recommandé. [5] [6]
Nous recyclons et nous "défendons" les animaux pour mieux continuer à les consommer. C’est une sorte d’alibi pour mieux aller de l’avant, une autre forme de sentimentalisme, c’est-à-dire une façon de continuer à aimer les animaux sans avoir à en payer le prix : ne plus les consommer et les exploiter.
Il faut du temps", "à chaque jour suffit sa peine", "une étape à la fois", "il faut combattre de l’intérieur" entend-on ici et là, mais, comment voulez-vous que nous avancions si nous ne mettons jamais en question nos prémisses fondatrices.
D’ailleurs, mes critiques les plus virulentes, je dois dire les plus haineuses, me viennent en général des défenseurs des animaux. Ils ne tiennent pas à remettre en question cette tradition d’une grande barbarie dont ils sont, mine de rien, les plus grands bénéficiaires, les plus ardents promoteurs et les plus grands défenseurs. N’ont-ils pas plus à perdre que les autres ?
Quand vous achetez de l’ivoire, vous êtes responsable du massacre des éléphants ; quand vous achetez un chiot, vous encouragez les usines à chiots (puppy mills). En participant vous devenez pleinement responsable du pire comme du meilleur et militer pour le droit des animaux n’y change rien, au contraire."
[1] En 2004, la Chine comptait plus de 150 millions de chiens, comme animaux de compagnie. Plus de 500 00 chiens compagnons vivent à Pékin. Des experts prédisent que le marché de la nourriture pour animaux de compagnie atteindra 6 milliards de yuan en 2008. Le marché global des animaux de compagnie pourrait atteindre 15 milliards de yuan. Pour aller plus loin, lire Le business des animaux de compagnie en Chine.
[3] Le tract, "Les chiots et les châtons marchandises : ça suffit !", peut être téléchargeable sur le site de One Voice.
[4] En 24 heures chrono (aussi fort que Jack Bauer) après la publication de notre article, la One Voice team a retiré de son communiqué web le mémorable "et nous vous transmettrons les coordonnées d’éleveurs dignes de ce nom". Ça faisait un peu désordre d’étaler sur le net, à la vue de tous, une liste d‘éleveurs chaudement recommandés par cette association qui clame, sur son reçu fiscal, "défendre les droits des animaux". Il vaut mieux continuer son petit business de façon plus discrète.
[5] Un autre exemple : sur le site de la Fondation 30 millions d’amis, la rubrique "Annuaire de la protection animale", est une véritable vitrine de tous les sites commerciaux (saillie, achat, vente d’animaux) d’animaux de compagnie traditionnels (chiens et chats) autant que de NAC (furets, reptiles etc). Business is Business.
[6] L’article du Docteur Danten a été écrit en 2003, à l’époque, il existait bien une liste de liens vers des sites éleveurs et de particuliers qui promouvaient la vente de chiots de race, dans l’annuaire du site de la fondation BB. Depuis que le site FBB a été relooké, courant 2005, ces liens ont été retirés.
Abolition de l’exploitation animale : le voyage ne commencera pas tant que vous marcherons à reculons
Auteur : Gary L. Francione - Traductrice : Carine Dos Santos
Dans The longest journey begins with a single step : Promoting animal rights by promoting reform (Le plus grand voyage commence par un simple pas : promouvoir les droits des animaux en encourageant la réforme), Peter Singer et Bruce Friedrich, co-directeur de PETA, déclarent qu’une " drôle " de controverse s’est développée au cours " des dernières années " afin de savoir si les défenseurs des animaux devaient suivre la voie de la protection animale comme un moyen d’obtenir des droits pour les animaux. Cette controverse n’est ni " drôle " ni " récente ". Elle n’est pas " drôle " parce qu’il existe une incohérence entre la réglementation de l’exploitation animale et son abolition. La controverse n’est pas " récente " en ce sens que la tension entre les droits et la protection a toujours été constante dans le mouvement de défense des animaux au cours des quinze dernières années. Ce qui est par contre " récent ", c’est l’émergence d’un mouvement mondial basique défiant l’hégémonie des organisations de protection animale bien établies à la tête du mouvement et qui tente de formuler une alternative, un paradigme abolitionniste. Il est par conséquent peu surprenant que Singer, principal théoricien de l’idéologie welfariste [1] et PETA, qui met en place cette idéologie et soutient que toute discussion est " source de conflit " et menace " l’unité " du mouvement, se fassent du souci.
Il existe au moins 5 raisons pour un abolitionniste de rejeter l’approche welfariste exprimée dans l’essai de Friedrich et Singer.
1. Le bien-être animal : rendre l’exploitation plus efficace
Singer et Friedrich déclarent que les réformes de la protection reconnaîtront que les non-humains ont des " droits " et " intérêts ", qu’elles éloigneront de façon significative les animaux du statut de bien ou denrée n’ayant qu’une valeur extrinsèque ou conditionnelle. Ils se trompent. Les réformes qu’ils soutiennent n’ont rien à voir avec le fait de reconnaître que les animaux possèdent des intérêts moraux significatifs qui doivent être protégés même lorsqu’il n’y a aucun profit économique pour les humains. La plupart de ces réformes, tout comme la majorité des mesures de protection animale, ne font rien d’autre que rendre l’exploitation animale plus rentable pour les exploiteurs d’animaux et les enfermer un peu plus dans le modèle de la propriété.
Il suffit par exemple de s’intéresser à la campagne qui a permis de conclure un accord avec McDonald’s pour exiger de supposés standards " humains " pour les abattoirs et plus d’espace pour les poules de batterie. Singer applaudit ces actions de McDonalds, suivies ensuite par Wendy’s et Burger King, comme une " lueur d’espoir " et "les premiers signes d’espérance pour les animaux de ferme américains depuis les débuts du mouvement animal moderne. " (dans N.Y. Rev.of books, 15 mai 2003). Friedrich déclare qu’un " véritable changement s’est opéré dans les consciences " concernant le traitement des animaux destinés à la consommation " (dans L.A. Times, 29 avril 2003) et Lisa Lange de PETA se targue de voir que McDonalds a " ouvert la voie de la réforme des pratiques des fournisseurs de fast foods en matière de traitement et d’abattage des bovins et volailles. " (dans L.A. Times, 23 février 2005)
Les standards d’abattage loués par Singer et PETA ont été développés par Temple Grandin [2] , conceptrice des systèmes de manipulation et d’abattage " humains ". Les lignes de conduite de Grandin, qui comportent des techniques de déplacements des animaux dans le processus d’abattage et d’étourdissement, sont explicitement basées sur des critères économiques. Selon Grandin, une manipulation appropriée des animaux à abattre " permet à l’industrie de la viande d’être gérée de façon sûre, efficace et rentable ". Un étourdissement convenable est important car " il fournira une viande de meilleure qualité. Une électronarcose [3] incorrecte engendrera des caillots de sang dans la viande ainsi que des fractures des os...Un animal correctement étourdi produira une carcasse rigide qui ne fait courir aucun risque aux employés. Elle soutient qu’une " manipulation souple dans un environnement bien conçu minimisera les niveaux de stress, améliorera l’efficacité et assurera une bonne qualité de viande. Une manipulation dure ou un équipement mal agencé est nuisible tant au bien être animal qu’à la qualité de la viande. " ( http:/ /www.grandin.com)
De façon générale, les améliorations concernant l’abattage et les cages auxquels se réfèrent Singer et Friedrich sont évoquées en ces termes par McDonalds : " Les animaux bien traités sont moins enclins aux maladies, aux blessures et au stress, qui ont tous le même impact négatif sur l’état du bétail ainsi que sur les personnes. Des conditions correctes de bien être animal sont également rentables pour les producteurs. Se conformer à nos lignes de conduites en matière de bien être animal nous aide à assurer une production efficace et réduit les pertes. Ceci permet à nos fournisseurs d’être hautement compétitifs. " ( http:/ /www.mcdonalds.com)
Wendy’s insiste également sur l’efficacité de son programme de bien-être animal : " Des études on démontré que des méthodes humaines de manipulation des animaux ne se contentent pas d’empêcher des souffrances inutiles, mais fournissent également un environnement plus sûr pour les employés de l’industrie agroalimentaire. " http:/ /www.wendys.com)
Dans un rapport concernant les réformes volontaires dans l’industrie du bétail, le Los Angeles Times expliquait qu’une " partie des réformes sont dictées par l’intérêt propre. Quand un animal est meurtri, sa chair devient impropre et il doit être écarté. Même le stress, tout particulièrement juste avant l’abattage, peut affecter la qualité de la viande. " (29 avril 2003)
Cet exemple (et il en existe d’autres) illustre la façon dont les producteurs de denrées animales, qui travaillent avec d’importants protecteurs des animaux, rendent l’exploitation des animaux plus lucrative en adoptant des mesures qui améliorent la qualité de la viande et la sécurité des travailleurs. Mais cela n’a absolument rien à voir avec la reconnaissance de la valeur inhérente des animaux ou de leurs intérêts qui devraient être respectés même lorsqu’il n’y a aucun profit économique pour les humains. Les améliorations supposées du bien-être animal sont généralement limitées et justifiées par les profits des producteurs et des consommateurs. De plus, les grandes entreprises d’exploitation animale peuvent à présent souligner que les protecteurs des animaux comme Singer ou PETA les admirent pour leur soi-disant traitement " humain " des animaux non-humains. PETA a ostensiblement offert à Grandin, consultante pour McDonalds et autres chaînes de fast food, sa récompense du Visionnaire de l’Année 2005 pour ses " améliorations innovantes " des procédés d’abattage et Ingrid Newkirk, de PETA, loue Grandin d’avoir " fait plus pour réduire la souffrance dans le monde que quiconque " (New Yorker, 14 avril 2003)
On peut sérieusement douter des changements réellement apportés au traitement de l’animal sauf en ce qui concerne la question d’une exploitation efficace. Un abattoir qui suit les lignes de conduite de Grandin pour l’étourdissement, l’utilisation des coups et d’autres aspects du processus d’abattage demeure un endroit indiciblement horrible. Les poules de batterie qui fournissent la plupart des grandes chaînes de fast food vivent à présent sur une surface équivalente à environ 21,59 cm2 alors que les standards de l’industrie sont à 17,78cm2 mais il serait absurde de dire que l’existence d’une poule de batterie est tout sauf misérable.
2. Le bien-être animal : Mettre le public plus à l’aise face à l’exploitation animale
Singer et Friedrich affirment sans aucun support que toute réforme sur le bien-être animal conduira à une meilleure protection des animaux et à la " libération animale ". Cela fait maintenant 200 ans que la protection animale existe et rien ne prouve que les réformes sur le bien être aient conduit à une protection significative des intérêts des animaux et encore moins à l’abolition. En réalité, nous utilisons plus d’animaux non humains aujourd’hui, et de façon plus horrible qu’auparavant. Au point d’avoir conclu des améliorations marginales dans certains aspects du traitement animal qui ont, pour la plupart d’entre elles, été limitées à des mesures rendant l’exploitation animale plus avantageuse. Bien qu’il soit en théorie possible d’aller au-delà de ce niveau minimal de protection, le statut des non humains en tant que propriété et le souci résultant de maximiser la valeur de la propriété animale milite fortement contre toute amélioration significative de notre façon de traiter les animaux et assure que la protection animale fera un peu plus que rendre l’exploitation animale plus efficace économiquement et acceptable socialement. Quoi qu’il en soit, les réformes proposées pas Singer et Friedrich et qui sont actuellement promues par les associations de protection animale aux Etats-Unis, ne dépassent pas le niveau minimal.
Singer et Friedrich avancent que les opposants à la protection disent " qu’avant ces réformes, un grand nombre de personnes refusaient de manger de la viande, mais ils ont à présent décidé que, puisque les animaux ne sont plus aussi maltraités, ils peuvent en manger à nouveau. " Ni moi, ni aucune personne critiquant la protection animale à ma connaissance n’a jamais énoncé une telle chose. J’ai bien dit que la protection animale n’a pas entraîné un grand nombre de non végétaliens à changer leur comportement et à refuser de manger de la viande ou d’autres produits animaux, et que les réformes sur le bien-être ne sont pas susceptibles de prendre cette direction sous peu pour la simple raison qu’elles mettent les gens plus à l’aise face à l’exploitation animale. Ce sentiment est le message explicite du mouvement de la protection. Les protecteurs des animaux déclarent que nous pouvons " consommer avec conscience. " (New York Times, 6 octobre 2004, citation de Paul Waldau). Dans le dernier livre de Singer, The Way we eat : Why our food choices matter (Notre façon de manger : pourquoi nos choix alimentaires comptent) , il affirme avec son co.-auteur, Jim Mason que nous pouvons être " des omnivores conscients " et exploiter les animaux éthiquement si, par exemple, nous ne mangeons que les animaux qui ont été bien soignés et tués sans souffrance.
Le message envoyé par cette approche est plutôt clair et si Singer et Friedrich pensent réellement que ceci n’encourage pas la consommation de produits animaux, ils se font des illusions. De plus, les réformes sur le bien-être peuvent entraîner une hausse de la demande et donc une hausse nette de la souffrance animale. La relation entre une demande accrue et des standards " humains " est reconnue par les protecteurs mêmes. Par exemple, l’association The Humane Society of the United States édite des brochures dans le but de promouvoir sa campagne pour des alternatives plus " humaines " concernant les cages de gestation des truies et signale explicitement que l’adoption de systèmes alternatifs peut engendrer une demande accrue ou des parts de marché pour les producteurs.
Je voudrais partager une histoire avec vous, qui bien qu’anecdotique, illustre le problème. Lorsque le magasin " Whole Foods [4]" à côté de chez moi a ouvert, il vendait des produits carnés, mais n’avait pas de rayon viande. Il y a maintenant un rayon entier de viande et poisson. Il existe également des affiches dans le magasin faisant de la pub pour le " Animal Compassion Foundation " (± Fondation pour la compassion envers les animaux) établi par Whole Foods, qui finance des projets pour les fermiers et les propriétaires de ranch leur permettant de développer des méthodes d’élevage plus " humaines ". Il y a plusieurs semaines, je passais devant l’étal de viande et j’ai fait remarquer à un employé que je trouvais honteux que Whole Foods vende des cadavres. Telle fût la réponse de l’employé : " Saviez-vous que PETA a récompensé Whole Foods pour sa façon de bien traiter les animaux ? " Oui, c’est vrai. En plus de donner une récompense à Temple Grandin, PETA a également loué Whole Foods pour son " exigence de standards stricts envers ses producteurs. " http://www.peta.org The way we eat cite également Whole Foods et noircit des pages et des pages pour encenser l’entreprise comme étant un vendeur de produits animaux éthiquement responsable.
En mettant de côté qu’il y a un sérieux problème, à savoir si les standards " stricts " dont PETA et bien d’autres sont si fiers ont un effet significatif sur la vie et la mort des animaux dont les cadavres sont vendus chez Whole Foods (un article à venir du Pr Darian Ibrahim de l’Université d’Arizona soutient que ces standards comportent des lacunes), ce type d’approche ne peut qu’alimenter la confusion là où la clarté devrait être présente et encourage les gens à croire que nous pouvons " consommer avec conscience ", ce qui tend à perpétuer et légitimer la consommation de produits animaux. Voici un avis paru sur Amazon.com au sujet du livre The way we eat : " Inutile de devenir végétarien ou végétalien, bien que le devenir pourrait constituer un bon mode de vie, à la fois sain et moral, mais le livre vous donne vraiment envie d’acheter chez Whole Foods et d’acheter du poulet élever en parcours libre et de faire tout ce que vous pouvez pour que vos besoins en provisions aient une origine décente. "
3. Le but ? Quel but ?
Singer et Friedrich expliquent comment la protection animale encourage les " droits des animaux " et déclarent que l’opposition au bien-être animal est " contre productive face au but de la libération animale que nous partageons tous ". Quel est exactement ce but que nous partageons tous ?
Singer est un utilitariste [5] qui a fortement rejeté les droits moraux des animaux non-humains et humains bien qu’il utilise confusément le langage des droits quand cela lui convient. Il en ressort que ceux qui soutiennent que les humains disposent de certains droits, comme celui de ne pas être réduits en esclavage ou d’être utilisés comme une marchandise par d’autres, ne partagent pas le but de Singer en ce qui concerne les humains. Pour ce qui est des non-humains, Singer ne s’oppose pas à leur exploitation pour la majorité d’entre eux, il s’inquiète seulement de leur traitement. S’il discute l’utilisation, c’est uniquement dans le contexte du souci de ne pas être capable d’assurer un traitement adéquat. Mais son but n’est pas l’abolition de l’exploitation animale ; selon la théorie morale générale de Singer, l’abolition ne peut pas être son but. Singer a toujours fortement soutenu que la plupart des non-humains n’ont aucun intérêt à continuer de vivre parce qu’ils n’ont pas conscience d’eux-mêmes dans le même sens que les hommes. Par conséquent, ils se moquent de savoir si on les utilise, ils se préoccupent seulement de la façon dont on les utilise. Ceci reflète les pensées de Jeremy Bentham, l’utilitariste du XIXe siècle, sur lesquelles Singer base sa théorie. Bentham prétend que bien que les animaux puissent souffrir, et avaient donc une importance morale, les animaux ne s’inquiètent pas de savoir, par exemple, si nous les mangeons. Ils s’inquiètent seulement de la façon dont nous les traitons jusqu’à ce que nous les mangions.
Ce point de vue, qui ne concerne pas l’utilisation en soi mais le traitement, est le fondement de l’idéologie de la protection animale et se différencie de la position des droits des animaux comme je l’ai clairement exprimé. Je maintiens que si les animaux ont un intérêt à mener une existence continue (et je soutiens que c’est valable pour tout être conscient), les utiliser comme une ressource pour les humains (même si on les traite " humainement ") n’est pas défendable moralement et nous devrions tendre à abolir et non réguler l’exploitation animale. Je soutiens également que Singer se trompe en maintenant qu’il est possible d’accorder une considération égale à tous les intérêts qu’il reconnaît aux animaux en tant que propriété de l’homme. Les intérêts de la propriété seront toujours considérés comme moindres face à ceux des propriétaires.
Cependant, il n’y a pas besoin d’être très philosophe pour évaluer la nature de la " libération animale " selon Singer. Son dernier livre soutient non seulement que nous pouvons manger les animaux et leurs sous-produits éthiquement, mais comporte également une information qui devraient éclairer nos idées sur Singer et ses pensées au sujet de la violence envers les non humains. Dans The way we eat , Singer et Mason nous racontent qu’ils ont appris qu’un élevage de dindes nécessitait des travailleurs pour assister l’insémination artificielle. " Notre curiosité était piquée et nous avons décidé de voir par nous-mêmes en quoi consistait réellement ce travail. " Singer et Mason ont passé une journée " à collecter la semence et à l’introduire dans les dindes. " Ils attrapaient les mâles et les maintenaient pendant qu’un autre travailleur " pressait l’organe de reproduction du mâle jusqu’à ce qu’il s’ouvre et que la semence blanche en sorte. " En se servant d’une pompe, il la transférait dans une seringue. " Singer et Mason devaient ensuite " forcer " les femelles, ce qui sous-entend de les maintenir afin que " leur train arrière soit bien en place et leur organe ouvert. " L’inséminateur introduit ensuite un tube dans la dinde et utilise un souffle d’air comprimé pour injecter la semence dans la dinde. "
Et il n’y avait pas que les dindes qui passaient un mauvais quart d’heure. Singer et Mason se sont plaint de leur journée à l’élevage de dindes disant que c’était le travail " le plus difficile, rapide, sale, dégoûtant et le plus mal payé qu’ils n’aient jamais fait. Pendant 10 heures, nous avons attrapé et lutté avec des volailles, retournées à l’envers et vus leurs derrières, évité leurs excréments jaillissants en respirant un air vicié par la poussière et les plumes dégagées par des volailles paniquées [6]" Et par-dessus tout, ils ont " reçus un torrent d’insultes de la part du chef d’équipe. On a duré une journée. " On se demande bien si Singer et Mason y seraient retournés un deuxième jour si les conditions de travail avaient été meilleures.
Il est vraiment dérangeant de constater que Singer et Mason considèrent moralement acceptable de commettre des violences à l’égard de non-humains quel que soit le but et plus particulièrement pour satisfaire leur curiosité sur " ce qu’implique vraiment ce travail ". Je pense qu’il n’y a aucun moyen antispéciste de justifier ce que Singer et Mason se targuent d’avoir fait sans également justifier le viol d’une femme ou la molestation d’un enfant afin de voir ce qu’un acte de violence " implique réellement. " On peut peut-être expliquer les actions perverses avec les dindes commises par Singer en se référant à sa citation en 2001 sur le site nerve.com : " les relations sexuelles avec les animaux n’impliquent pas toujours de la cruauté " et que l’on peut y trouver " une satisfaction mutuelle ". Quoi qu’il en soit, si la violence envers les non-humains est permise selon la théorie de Singer, il n’y a pas besoin d’en savoir beaucoup plus pour en conclure que cette théorie comporte de sérieux défauts et que ses buts ne sont probablement pas, comme Singer le pense, ceux que nous partageons.
En ce qui concerne les buts de Friedrich et PETA, une chose est devenue claire au fil des ans : la compréhension des droits des animaux par PETA est, pour le moins, idiosyncratique [7] . Pour citer un exemple parmi tant d’autres, à ma connaissance, aucune théorie des droits des animaux n’approuverait l’abattage massif de non-humains en bonne santé comme dans le " sanctuaire " PETA d’Aspen Hill en 1991 ou, plus récemment, aux siège de PETA où des employés auraient usé de tromperie pour obtenir des animaux sains qui ont par la suite été tués et jetés. Je suppose que si on est d’accord avec Singer, à savoir que les animaux tués par PETA n’avaient aucun intérêt à vivre, mais voulaient seulement une mort " douce " ou " pleine de compassion " alors cela à un sens. Personnellement je n’y adhère pas.
Lorsque les protecteurs des animaux posent des questions aux associations de protection animale, la réponse en bloc est que nous avons tous le même but, nous travaillons tous pour les animaux et toute controverse nuirait à l’unité du mouvement. Comme la " consommation avec compassion ", la notion d’unité de mouvement est une fiction utilisée pour maintenir le contrôle du discours et de la stratégie. Il n’y a pas d’unité de mouvement parce qu’il existe une différence inconciliable entre la position d’abolitionniste/droits et de protection/règlementation, entre ceux qui soutiennent que nous devrions être aussi " fanatiques " (pour utiliser le terme désobligeant de Singer) au sujet du spécisme que nous le sommes pour l’exploitation humaine et ceux qui, comme Singer, ne le sont pas. Les déclarations sur l’unité du mouvement sont tout simplement un autre moyen d’empêcher les protecteurs de remettre en question le contrôle du mouvement exercé par les associations.
4. La protection ou rien : la fausse dichotomie
Singer et Friedrich soutiennent que ceux qui se sentent concernés par les non-humains ont deux choix : la protection animale ou ne rien faire pour aider les animaux. Ceci sous-entend que la position abolitionniste est trop idéaliste et ne peut fournir une stratégie à court terme. Voici un leitmotiv des associations de protection et il ne me paraît pas bien clair de déterminer s’ils y croient vraiment ou si c’est uniquement un slogan. Quoi qu’il en soit, Singer et Friedrich nous exposent une fausse dichotomie.
Nous infligeons de la douleur, de la souffrance et la mort à des milliards de non-humains chaque année. Personne, même parmi les abolitionnistes les plus convaincus, ne soutient que l’on puisse arrêter ça du jour au lendemain ou à court terme. Le souci des protecteurs est ce qui peut-être fait maintenant. De plus, nous vivons dans un monde qui a une durée et des ressources limitées. On ne peut pas tout faire. Par conséquent, le problème, du moins pour ceux dont le but est l’abolition, devient : que choisissons-nous de faire maintenant qui permettra de réduire la souffrance à court terme, qui pertinent dans l’optique abolitionniste, et qui mettra sur pieds un mouvement politique allant dans la direction de l’abolition ?
Je ne conseille pas la protection comme choix rationnel pour les abolitionnistes. Il est un peu tard pour promouvoir la protection comme le pas qui nous permettra de commencer le long voyage. Nous avons dépensé des milliards de dollars et qu’avons-nous à montrer ? Voici ma réponse : rien et surtout rien qui ne puisse être décrit comme une utilisation efficace de nos ressources limitées. Singer et Friedrich font référence à l’Animal Welfare Act (une loi fédérale aux Etats-Unis supposée réglementer l’utilisation des non humains dans les expériences et expositions) et le Human Slaughter Act américain comme des exemples de lois de protection qui laisseraient les animaux dans les pires conditions si elles n’existaient pas. Je ne suis pas d’accord.
L’Animal Welfare Act, qui ne s’applique même pas à 90% des non-humains utilisés pour l’expérimentation, n’impose pas de réelles limites à ce que peuvent faire les vivisecteurs en laboratoire. Cependant, cette loi fournit une source à citer pour la communauté scientifique et pour les personnes comme Singer et Friedrich afin de rassurer le public quant à la réglementation de la vivisection. Le Humane Slaughter Act, qui ne s’applique pas non plus à la majorité des animaux mangés, est cependant destiné à réduire les problèmes de carcasse et à assurer la sécurité des travailleurs. Une fois encore, le but premier de cette loi est de mettre les consommateurs plus à l’aise. Cette loi de ne requiert pas plus de protection que n’en fournirait un propriétaire d’exploitation et il existe d’innombrables exemples pour lesquels le gouvernement américain n’applique pas cette loi.
Singer et Friedrich citent également comme exemple de progrès " les changements de densité d’individus chez les poules, même maigres, qui ont permis de passer de 20% de morts annuelles à 2-3%. " Ceci est particulièrement bizarre puisque 100% des poulets finiront par être tués. Toute réduction de mortalité avant l’abattage prolonge la vie des volailles dans d’horribles conditions et augmente les bénéfices des exploitants. Les protecteurs ont donc réussi à éduquer les exploitants à, selon les termes de McDonald’s, " assurer une production efficace et réduire les déchets et les pertes. " Singer et Friedrich trouveront peut être cela passionnant, pas moi.
Que peut donc faire un abolitionniste maintenant pour réduire plus efficacement la souffrance à court terme et en accord avec le but de l’abolition ? L’approche abolitionniste fournit des indications pratiques à plusieurs égards. Un changement conséquent induit que chacun prenne la décision de devenir végétalien [8]. Le végétalisme, ou suppression de tout produit animal, est plus qu’une simple question de régime alimentaire ou de style de vie : c’est la déclaration par un individu d’accepter le principe d’abolition dans sa propre vie. Le végétalisme est le seul véritable but que nous pouvons atteindre, et ce de façon immédiate, dès notre prochain repas. Si nous voulons vraiment changer notre façon de traiter les animaux et ne plus les exploiter un jour, il est impératif de créer un mouvement social et politique qui tend vraiment vers l’abolition et considère le végétalisme comme une ligne de base morale. Il n’y a, bien sûr, aucune distinction rationnelle entre la viande et les autres produits animaux, comme les œufs ou les produits laitiers, entre la fourrure et le cuir, la soie ou la laine.
La majorité des associations de protection animale aux Etats-Unis se concentre sur le bien-être animal même si elles soutiennent le végétalisme. PETA est un excellent exemple. D’une part, PETA encourage le végétalisme. D’autre part, les campagnes de PETA sont en général concentrées sur la réglementation traditionnelle du bien-être et soutient activement et de manière déroutante le concept de produits animaux fabriqués " humainement ".
Cependant, le végétalisme n’est en aucun cas avancé comme une ligne de base morale du mouvement. Il est même simplement présenté comme un choix de vie optionnel et est souvent décrit comme difficile et uniquement pour le peu de personnes engagées et non pas comme un moyen accessible d’éliminer l’exploitation. C’est la marque du mouvement, dont bon nombre de " leaders " ne sont pas végétaliens, qui présente la position végétalienne/abolitionniste comme " marginale " ou " radicale ", faisant de " la consommation avec conscience " la règle " normale " ou " principale ". En réalité, Singer déclare que nous ne devons pas être " fanatiques " concernant la nourriture et qu’un peu " d’indulgence contrôlée envers soi " est acceptable. (dans The way we eat , 281, 283). Nous ne dirions bien sûr jamais " qu’un peu d’indulgence envers soi " est acceptable quand il s’agit de viol, meurtre, maltraitance d’enfant ou d’autres formes d’exploitation humaine mais le soi-disant nommé " père du mouvement des droits des animaux " assure " qu’un peu d’indulgence envers soi " en participant en tant que consommateurs à l’abattage brutal de non-humains ne doit pas nous inquiéter. Il est acceptable (en réalité, attendu) d’être " fanatique " concernant la maltraitance des enfants ou envers d’autres formes d’exploitation humaine, mais Singer nous informe qu’il est admissible d’être flexible quand il s’agit des animaux.
Un mouvement dont l’abolition est le but doit avoir le végétalisme comme ligne fondamentale de conduite et ne devrait pas promouvoir " la consommation avec compassion " comme ligne directrice. Nous devons être clairs. La " consommation avec compassion " est un mythe insidieux. Tous les produits animaux, y compris ceux portant la mention "élevage respectueux " délivrée par des organisations de protection animale, impliquent une brutalité indicible.
La culture abolitionniste et végétalienne fournit des stratégies pratiques permettant de réduire à la fois la souffrance animale dès maintenant et de construire un mouvement à long terme qui obtiendra une législation significative sous la forme d’interdictions plutôt que de réglementations " humaines ". Cette culture comprend : les boycotts, les manifestations pacifiques, les programmes scolaires ainsi que d’autres actions non-violentes visant à informer le public sur les dimensions morales, environnementales et sanitaires du végétalisme. Si, à la fin des années 1980, au moment où la communauté de la protection animale aux Etats-Unis a décidé de poursuivre un ordre du jour mettant en avant la protection, une portion substantielle des ressources du mouvement s’était investie dans la culture végétalienne, il y aurait aujourd’hui des centaines de milliers de végétaliens en plus. C’est une estimation très conventionnelle étant donné les centaines de millions de dollars dépensés par les groupes de protection animale pour promouvoir des législations et des initiatives qui protègent les animaux. Le nombre accru de végétaliens diminuerait la souffrance en réduisant la demande de produits animaux plus efficacement que tous les " succès " des associations de protection rassemblées. Augmenter le nombre de végétaliens aiderait à construire une base économique et politique nécessaire à un changement social de fond duquel résulterait une modification légale. Etant donné que nous disposons d’un temps et de ressources financières limités, l’expansion de la protection animale traditionnelle n’est pas un choix rationnel ni efficace si nous recherchons l’abolition à long terme ou la réduction de la souffrance animale à court terme.
Singer déclare qu’en réalité, " devenir végétalien est encore un trop grand pas pour la plupart de gens. " (dans The way we eat, 279) En laissant de côté le fait que les gens pourraient devenir végétaliens si Singer et les associations de protection animale ne leurs disaient pas qu’ils peuvent " consommer avec compassion ", la solution est le végétalisme et non pas les produits animaux " fabriqués humainement. " Par exemple, une campagne incitant à faire un repas végétalien par jour, puis deux et enfin trois est plus efficace que de les encourager à consommer de la viande, des œufs ou produits laitiers issus d’animaux " élevés en libre parcours. " Mais le message devrait être clair : le végétalisme est le principe de base d’un mouvement qui soutient l’abolition, ce n’est pas le cas de la " consommation avec compassion. "
A ce moment précis, il est peu probable que les campagnes de réglementation ou de législation qui cherchent à dépasser la réforme traditionnelle de la protection seront un succès ; il n’existe aucune base politique soutenant de telles réformes car le mouvement organisé n’a pas essayé d’en construire une. Si les protecteurs des animaux souhaitent poursuivre de telles campagnes, elles devraient au moins inclure des interdictions et non pas des réglementations. Ces interdictions devraient reconnaître que les animaux ont des intérêts qui dépassent ceux qui doivent être protégés pour les exploiter et ne peuvent être compromis pour des motifs économiques. Les protecteurs des animaux ne devraient jamais proposer d’alternative, supposées plus " humaines ". Par exemple, une interdiction d’utiliser les animaux dans une expérience particulière est à favoriser par rapport à la substitution par une autre espèce. Je tiens à être clair sur le fait que je ne suis pas enclin à investir quelque ressource que ce soit dans les campagnes de réglementation ou de législation en ce moment. Le compromis politique requis résulte généralement en une éviscération du bénéfice recherché. Le mouvement abolitionniste devrait plutôt se concentrer sur le végétalisme, qui est une façon efficace et pratique de réduire l’exploitation animale.
J’insiste sur une approche non-violente de la part de ce mouvement, tant au niveau des interactions individuelles qu’idéologiques. Comme je l’ai bien expliqué, le mouvement des droits des animaux devrait se voir comme la prochaine étape dans le progrès d’un mouvement pacifique, comme un mouvement qui fait monter le rejet de l’injustice d’un cran. Le problème de l’exploitation animale est compliqué et profondément enraciné dans notre culture patriarcale et notre dérangeante tolérance envers la violence contre ceux qui sont vulnérables. La violence n’est pas seulement problématique d’un point de vue moral, mais est également une stratégie pratique peu solide. Nous n’affronterons jamais le problème avec succès en l’abordant avec violence pour essayer de créer un mouvement social en faveur de l’abolition. Comme le disait le Mahatma Ghandi, la force la plus puissante que nous pouvons opposer à l’injustice n’est pas la violence mais le refus de coopérer. Il n’y a aucun moyen plus efficace pour refuser de coopérer avec l’exploitation des non humains que de l’éliminer de nos propres vies grâce au végétalisme et incitant les autres à le faire. Il est dérangeant de voir que PETA passe plus de temps à critiquer ceux qui s’opposent à l’approche de protection animale que ceux qui ne feront que marginaliser le problème animal en l’associant à la violence.
Il est également dérangeant de voir à quel point PETA utilise le sexisme dans ses campagnes, brochures, et manifestations. Le spécisme est étroitement lié au sexisme et à d’autres formes de discrimination contre les humains. Tant que nous continuerons à traiter les femmes comme de la viande, nous continuerons à traiter les non-humains comme tels. Il est plus que temps que de vrais défenseurs des animaux informent PETA que son sexisme est destructeur et contre productif.
5. De quel côté êtes-vous ? Bonne question
Singer et Friedrich terminent leur essai en demandant : " De quel côté êtes-vous ? " Ils nous disent que les exploiteurs d’animaux sont tous opposés au bien-être animal et nous demandent si nous voulons être du côté de ces exploiteurs ou du côté de Singer et Friedrich, qui soutiennent le bien-être animal. Cette question pose problème à au moins deux égards.
Elle suppose tout d’abord que si les exploiteurs d’animaux s’opposent au bien-être animal c’est probablement parce que ce bien-être est nuisible pour eux. C’est absurde et montre soit de la naïveté soit de la bêtise. Une industrie s’opposera à la réglementation même quand elle ne la conteste pas vraiment et même quand cette régulation peut s’avérer profitable. La modification fédérale en 1985 de l’Animal Welfare Act en est un exemple probant. Cette loi avait permis de créer des " comités de vigilance animale " pour surveiller les expériences impliquant des animaux. Ces comités n’ont pas seulement échoué à fournir toute limitation significative des expériences incluant des animaux, ils ont aussi isolé un peu plus la vivisection des examens publics qu’avant 1985. Les vivisecteurs se sont publiquement opposés à la modification de 1985 bien que nombre d’entre eux m’aient confié en privé que la modification était, du reste, peu nuisible à la pratique d’utiliser les animaux. Ils s’y sont opposés car ils sont contre le principe de toute réglementation gouvernementale dans ce domaine. Il serait difficile de trouver un vivisecteur qui dirait franchement que la modification de 1985 a fait quoi que ce soit pour réduire la vivisection et beaucoup d’entre eux sont à présent ravis de pouvoir dire au public qu’un comité passe en revue toutes les expériences incluant des animaux.
De plus, Singer et Friedrich se trompent en affirmant qu’un grand nombre d’exploiteurs embrassent publiquement et ouvertement les réformes sur le bien-être applaudies par Singer et Friedrich. McDonald’s et d’autres les ont appliquées car ils comprennent que c’est là une bonne affaire. Ils ont effectué des changements minimes qui ont été plus que compensées par la belle publicité que leur ont faite d’importantes associations de protection animale. Un actionnaire de ces entreprises aurait raison de se plaindre s’ils n’avaient pas conclu cet " accord " avec PETA et d’autres organisations car il ne peut que maximiser la richesse de l’actionnaire.
Généralement, je ne pense pas que des questions telles que " de quel côté êtes-vous " sont utiles mais je vais faire une exception dans ce cas et leur poser la même question. La voici :
Singer soutient que l’utilisation des animaux en soi ne pose pas de problème moral car la plupart des non humains n’ont aucun intérêt à continuer de vivre ;
Singer soutient que nous pouvons consommer des animaux de manière éthique ;
Singer considère qu’infliger des violences à des non humains est une manière acceptable de s’instruire sur l’exploitation animale ;
PETA tue (" euthanasie " n’est pas le mot approprié car il implique que la mort est donnée dans l’intérêt de l’animal) des milliers d’animaux sains car PETA semble partager le point de vue de Singer selon lequel les animaux n’ont aucun intérêt fondamental et moral à continuer de vivre. " Droits des animaux " signifie pour eux exécutions " humaines "
PETA soutient des campagnes embrassées par les entreprises exploitant des animaux et leur offre des récompenses.
PETA a complètement dénigré le mouvement des droits des animaux en transformant la question de leur exploitation en un énorme coup de pub et a fait du sexisme un thème récurrent de ses campagnes.
[1] " Welfariste " est un terme dérivé de l’anglais " welfarist " et définit une idéologie axée sur le bien être des animaux et n’est pas incompatible avec leur exploitation. Le mot s’oppose à " abolitionniste ", axé sur l’abolition de l’exploitation des animaux sous quelque forme que ce soit. (N.d.T.).
[2] Temple Grandin (née le 29 août 1947), Professeur de l’Université du Colorado est une spécialiste de renommée internationale en structures de stockage animalier (livestock en anglais). Propriétaire d’une entreprise de conseils sur les conditions d’élevage des animaux qui a fait d’elle une expert de renommée en conception d’équipements pour le bétail, Temple Grandin est également professeur en sciences animales de l’université de Fort Collins (Colorado)..
[3] Méthode d’insensibilisation et d’immobilisation des animaux par passage d’un courant électrique dans le cerveau..
[4] Whole Foods est la plus importante chaîne de magasins biologiques aux Etats-Unis.
[5] L’utilitarisme est une doctrine éthique (dans le sens comportemental) qui pose en hypothèse que ce qui est " utile " est bon et que l’utilité peut être déterminée d’une manière rationnelle. Le père de cette philosophie est Jeremy Bentham. C’est cependant avec l’apport de John Stuart Mill que l’utilitarisme devient une philosophie véritablement élaborée.
fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme
∑ Principe selon lequel la valeur de toute chose est fonction de son utilité.
www.samizdat.qc.ca/vc/theol/....
[6] Le vocabulaire utilisé par Singer et Mason est largement plus vulgaire.
[7] Relatif aux caractéristiques propres à chaque individu, qui le distinguent des autres et qui déterminent sa façon particulière de réagir à son milieu et aux agents extérieurs..
[8] Vegan dans le texte original. Le mot commence à s’utiliser en français également. Cette définition implique le fait de refuser toute forme d’exploitation animale.
Choc et effroi (Victor Shonfeld à propos du film "The Animals")
« The Animals film », un documentaire à vous donner des frissons sur l’exploitation des animaux, a provoqué un tollé lors de sa diffusion sur Channel 4 au moment de sa sortie, il y a 25 ans. Pour la ressortie du film, son réalisateur, Victor Shonfeld, revit les horreurs qui ont inspiré son travail et se demande si la télévision d’aujourd’hui aurait le courage de le diffuser.
Article original « Shock and awe »
(The Guardian) - Traduction : Tania Ricci
The Animals (Bande-annonce)
Il a été projeté pour la première fois il y a 25 ans et a sifflé le coup d’envoi, dans ma jeunesse rebelle, de ma carrière dans les documentaires. « The Animals Film » faisait fi de tous les standards conventionnels de bienséance et se révéla profondément déconcertant. Aujourd’hui, devant un public nouveau, il reste un acte de défi et offre une immersion totale dans les relations complexes qui relient les êtres humains aux autres espèces. Après l’avoir vu, certaines conventions, comme le fait de manger de la viande, deviennent difficiles à accepter.
La viande est un meurtre... une scène tirée de « The Animals Film », actuellement en ressortie.
C’est ma propre immersion dans la relation humain-animal qui m’a mis sur le chemin de sa réalisation. A Kibbutz Revadim, au nord du désert Negev, en Israël, j’aurais pu déprimer dans un hiver boueux dévasté par les morts de la guerre de Yom Kippur en 1973, mais en tant que volontaire, la saleté qui y régnait ne faisait que m’amuser. J’avais été élevé dans une famille bourgeoise juive, où on y réfléchissait à deux fois avant de se salir les mains. Ainsi, lorsque je me retrouvai à ramper dans la fiente sous les pondoirs des dindons pour ramasser des oeufs perdus et que j’y trouvais du plaisir, j’en étais abasourdi. Ces oiseaux, condamnés à passer toute leur vie enfermés, ne m’inquiétaient que vaguement, moi qui étais à l’époque un carnivore conformiste.
J’avais été choisi pour une mission spéciale dans le couvoir. Les pièces étaient silencieuses si ce n’était le léger ronronnement des machines. L’air était chaud et humide et lorsque nous avons sorti des incubateurs comme d’un four les énormes plateaux métalliques emplis de poussins nouveaux-nés, les petites boules jaunes duveteuses piaillaient gaiement. Une marée de petits êtres jaunes se bousculaient au milieu des coquilles vides.
Le responsable de l’établissement m’avait montré comment ouvrir le couvoir et terminer le travail. En-dessous se trouvaient de grandes poubelles, la plupart déjà remplies à ras bord. Des masses de coquilles d’oeufs y étaient entassées, parmi lesquelles un bon nombre de poussins piaillants, bien vivants. Il s’agissait des déchets dont quelqu’un s’occuperait plus tard. On ne me dit pas comment. Entre-temps, la nouvelle production de coquilles vides allait y être déversée, ainsi que les poussins mâles dont on ne voulait pas et les femelles que je jugerais trop petites ou trop faibles pour entretenir les standards de l’établissement.
Je portai mon premier plateau au-dessus de l’ouverture. Des douzaines de poussins vivants tombèrent dans le vide. Les poussins que j’avais jetés au fond de la poubelle allaient être écrasés ou asphyxiés lorsque d’autres leur seraient lancés dessus. Je retournai près de la couveuse, cherchant des yeux un visage humain capable de me rassurer. Ce que je venais de faire était ’ce qui se faisait’, n’est-ce-pas ? C’était juste, non ? Mais il n’y avait personne.
Un deuxième plateau, d’où j’avais extrait les femelles, se trouvait sur la table de sélection, prêt à être jeté. Je me débarrassai de mes gants en plastique et attrapai un poussin mâle. Je le déposai sur la paume de ma main nue. Il me semblait correct d’éprouver de la pitié. Les fermiers tordent le cou des poulets, non ? J’enroulai mes doigts autour de son cou en serrant, juste en-dessous de la petite tête aux yeux brillants qui me regardaient. C’est alors que je compris que je devais sortir de là. Mais quel était donc cet endroit ? Je me levai et pleurai.
Mon travail à la couveuse ne dura qu’un jour et je rentrai bien vite chez moi. Trois années plus tard, j’étais déterminé à réaliser un documentaire pour le cinéma et faire de l’exploitation des animaux une question politique sérieuse. Mon idée était d’appliquer les leçons d’un cinéma évocateur et de découverte, telles que je les avais apprises par de grands artistes comme Chris Marker, sur un terrain jusqu’alors jamais foulé. Accompagné de mes collaborateurs, j’entrepris ce travail sans aucune aide financière. Je finis par produire un documentaire en Grande-Bretagne où, à l’époque, ce genre de film n’avait encore eu aucun précédent dans les cinémas.
Une partie du pouvoir du film était le panoramique qu’il offrait, s’intéressant à l’utilisation des animaux par les hommes pour le divertissement, le sport, comme animaux de compagnie, dans l’industrie alimentaire et dans la recherche et les expériences scientifiques. On pouvait y voir des scènes jusqu’alors jamais filmées et des séquences étonnantes dévoilées grâce à une recherche assidue. A ceci vinrent s’ajouter l’ironie d’entretiens en caméra-cachée et des extraits révélateurs de pellicules gouvernementales et d’actualité. Le film se révéla très prometteur. Julie Christie assurait la narration, Robert Wyatt composa une bande originale suggestive et une série de professionnels talentueux du cinéma offrirent leur savoir-faire pendant plusieurs années.
« Tu as vu ça ? » demandai-je bien plus tard à ma petite amie, alors que nous nous trouvions dans la cuisine. C’était un dimanche matin et j’étais sur le point de m’évanouir devant mon jus d’orange en relisant la phrase : « Je ne me souviens pas avoir été autant affecté par le pouvoir du cinéma à bouleverser le public. ». Ceci aurait pu conclure la critique d’un nouveau film de Godard ou Resnais, que je me dépêcherais d’aller voir, mais certainement pas d’un de mes travaux ! La veille, nous avions été réveillés par un appel de l’acheteur d’une nouvelle chaîne britannique, dont le nom serait Channel 4. Il avait trouvé mon numéro et avait déclaré : « J’ai dit à Jeremy Isaacs qu’il nous le faut. Il doit être diffusé la semaine de l’ouverture. » Et à présent, il y avait cet article délirant dans le Sunday Times - la première critique professionnelle de mon premier film.
À l’époque de la sortie du film au cinéma au Royaume-Uni, nous avions examiné les offres de toutes les chaînes britanniques. Channel 4 gagna notre confiance grâce à son engagement, dans le contrat, à ne pas introduire de coupures dans le film. Heureusement, nous avons appris par la suite que, lorsque les Autorités Indépendantes de Diffusion demandèrent des coupures importantes, le consentement des réalisateurs devait être donné. Suite à notre requête, donc, on avertit en direct de la présence de coupures juste avant la diffusion. La chaîne fut alors submergée de réactions de téléspectateurs.
Lors de la diffusion non-censurée à la télévision suédoise, un quotidien national a demandé au ministre de l’agriculture du pays de regarder le film afin d’examiner sa réaction ; très vite, des changements législatifs étaient à l’ordre du jour.
Des témoignages sur Internet montrent l’impact durable que ce film a eu, mais jamais je n’aurais imaginé que des gens réclameraient à grands cris la rediffusion de « The Animals Film » une génération plus tard, ni que l’exploitation d’autres espèces serait toujours tellement ignorée. J’aurais préféré que le film ne prophétise pas autant les préoccupations du 21è siècle. Il a prédit la boîte de Pandore des manipulations technologiques. La maladie de la vache folle, la grippe aviaire, l’intensification du réchauffement climatique due à l’agriculture animale, tous ces événements donnent à « The Animals Film » une signification encore plus pertinente. De plus, les révélations du film sur des armes de destruction massive testées sur les animaux, dans les scènes qui concluent l’édition du 25ème anniversaire, sont aussi adaptées à un monde militarisé tel que celui d’aujourd’hui, que dans les séquences secrètes que nous tournions et qui me laissaient sans voix, alors que je n’étais qu’un tout jeune homme.
Par la suite, je continuai la carrière que je m’étais promis, réalisant des films qui vous donnent froid dans le dos et altèrent les perceptions : des films qui réclament une juste résolution du conflit israélo-palestinien, qui parlent d’enfants battus et des conséquences dramatiques des rituels de circoncision. Hélas, les chaînes britanniques dont les mandats de service public me poussaient à me retourner dans mon pays d’origine ne sont plus à la recherche de documentaires. Il y a trop de chaînes et la plupart de ce qui est proposé est trivial. Quand l’oeuvre prophétique d’Orwell « Big Brother » est tournée en farce voyeuriste qui rapporte régulièrement du fric, incomprise par les spectateurs, est-ce si surprenant que de pertinents documentaires aient très peu de place dans le contexte ?
J’ai souvent hésité lorsque l’on me suggérait de ressortir « The Animals Film ». J’avais espéré que d’autres réalisateurs reprendraient le flambeau. Depuis la première projection, il y a eu des changements : au Royaume-Uni, on a cessé de tester les cosmétiques sur les animaux ; on y a aussi rendu illégale la chasse à courre ; des millions de gens sont devenus depuis végétariens et l’UE a pris des mesures afin d’adoucir quelques-unes des pratiques les plus rudes de l’agriculture industrielle. Cependant, la souffrance animale, aussi bien dans l’agriculture que dans la recherche scientifique, est encore plus répandue.
Récemment, le débat sur les droits des animaux s’est surtout centré sur les actions illégales commises par des organisations telles que l’Animal Liberation Front (front de libération des animaux). Mon film original se termine par un raid d’activistes pour les droits des animaux, mais je crois à présent que cette politique gestuelle est une impasse. La séquence de 12 minutes du raid, pour laquelle je m’étais battu afin qu’elle soit maintenue sur Channel 4 en 1982, a été remplacée dans la version du 25è anniversaire. Quelle ironie ! Mais je l’ai fait parce que le film dépasse ce genre de manoeuvre et après le 11 septembre, un autre mouvement dénué de raison et d’opinion n’a vraiment pas sa place.
Cet automne, la saison du 25è anniversaire de « The Animals Film » sera-t-elle diffusée sur Channel 4 ? Il semblerait aujourd’hui que la chaîne jette son dévolu sur des émissions telles que la récente ’Animal Farm’ (La ferme des Animaux), dans laquelle on peut voir une présentatrice pseudo-scientifique à l’allure sexy qui émet de petits cris amusés à la vue d’un embryon vivant destiné à la recherche, tout juste extrait du ventre d’une brebis. Est-ce qu’une autre chaîne britannique s’aventurera là où Channel 4 n’ose plus mettre les pieds ? Nous verrons bien.
Heureusement, grâce aux nouvelles technologies, les films peuvent à présent être disséminés sans trop de censure. Tout comme l’ont fait certains réalisateurs américains tels que Robert Greenwald, qui ont utilisé Internet, j’ai voulu emprunter la voie directe entre le réalisateur et son public en mettant en vente sur la toile l’édition DVD du 25è anniversaire de « The Animals Film ».
Je pense que l’impact du film reste très présent. En observant impassiblement le destin animal dans un monde dominé par l’humain, il est manifeste que notre espèce est capable d’infliger d’immenses souffrances pour des raisons futiles. L’exploitation animale n’est ni naturelle, ni inévitable, mais nombreux sont ceux qui se cachent derrière de piètres excuses pour la justifier. La raison pour laquelle nous faisons souffrir les animaux reste tacite. Tout comme l’indiquait J.M. Coetzee dans « The Lives of Animals », on le fait parce qu’on le tolère.
Dix ans après, Zoe Broughton revient sur le documentaire ’It’s a Dog’s Life’
L’expérimentation animale a subi beaucoup de changements après le tollé provoqué par le documentaire ’It’s a Dog’s Life’ sur la cruauté infligée dans le laboratoire Huntingdon Life Sciences. Zoe Broughton, qui a relaté ces abus, revient sur la situation dix ans plus tard.
Il y a dix ans que j’ai travaillé incognito au laboratoire Huntingdon Life Sciences (HLS). En tant que technicienne de laboratoire, je nettoyais les cages, et tenais les chiots lorsque l’on pratiquait des expériences sur eux. J’ai tout filmé clandestinement et ai pu enregistrer avec ma caméra des employés qui s’acharnaient sur les chiens d’une manière tellement horrible que le jour qui a suivi la parution de mon article dans le Guardian et la diffusion du film sur Channel 4, ceux-ci ont été arrêtés chez eux.
Après la parution de mon article, le directeur général de HLS de l’époque, Christopher Cliffe, a rédigé un rapport intitulé « Dog Days in Huntingdon : Lessons From A Corporate Crisis » (Temps de chien à Huntingdon : Leçons tirées d’une crise d’entreprise). Dans ce rapport, il déclare que « les responsables pensaient que les scènes diffusées étaient truquées et qu’en raison de circonstances atténuantes, c’est-à-dire le comportement provocateur de la personne infiltrée, toute conclusion d’une quelconque investigation en serait influencée. »
Je possédais une preuve évidente sur vidéo des coups et secousses infligés aux chiots par les employés alors qu’ils effectuaient des expériences. Les deux techniciens ont été mis en examen pour cruauté envers les animaux en vertu de la loi 1911 sur la Protection des Animaux et ont plaidé coupables d’avoir maltraité des chiens. Il s’agissait, au Royaume-Uni, de la première et unique accusation de cruauté envers les animaux imputée au personnel d’un laboratoire. Les deux personnes ont été condamnées à 60 heures de travaux d’intérêt général et enjoints de payer des dommages et intérêts s’élevant à 250£.
Certains tests auxquels j’ai assisté n’étaient pas effectués correctement. Les capsules n’étaient pas toujours convenablement dosées et au cours d’une autre expérience, j’ai vu des employés jeter des seringues à la poubelle lorsqu’ils ne trouvaient pas les veines du chiot. HLS est le plus grand laboratoire expérimental sous contrat en Europe, qui effectue des tests pour le compte de nombreuses sociétés pharmaceutiques. Nombreuses sont celles qui ont coupé court à leur collaboration après la diffusion du documentaire et en quelques semaines, le prix de l’action HLS est passé de 126p à 54p.
Dans le rapport HLS de 1997, son président, Roger Wellington, déclara : « Il y a eu un grand manque de confiance en notre laboratoire de la part de nombreux commanditaires, dont nous avions auparavant la confiance et ceci suite à des allégations de faute professionnelle datant d’avril/mai 1997... »
Licence révoquée
Le Ministère de l’intérieur a mené une investigation complète au sein de cette société du comté de Cambridge et a « identifié des négligences quant au soin, au traitement et à la manipulation des animaux ». Cela a eu pour résultat la révocation de l’autorisation d’opérer du laboratoire Huntingdon. Le Ministre de l’intérieur de l’époque, George Howarth, a expliqué par écrit au Parlement que « la révocation de la licence aurait pour effet la fermeture de la compagnie et la perte de 1400 emplois ». Le Ministère de l’Intérieur a autorisé Huntingdon à continuer ses activités et l’a forcé à signer un contrat de remplacement soumis à 16 conditions visant à éviter toute récurrence des événements révélés dans le documentaire.
Alors, dix ans plus tard, les choses ont-elles changé ?
En 1997, l’expérimentation des cosmétiques, de l’alcool et du tabac a été interdite au Royaume-Uni et en 1998 il en a été de même pour les tests d’ingrédients cosmétiques. Cependant, le nombre total d’expériences sur les animaux effectuées dans les laboratoires britanniques était de 2 709 631 en 1995 et en 2005 il atteignait 2 896 198.
Aujourd’hui, il existe la loi pour la Liberté d’Information de 2005 et comme l’explique Simon Festing, de la Société de Défense de la Recherche : « La communauté scientifique est beaucoup plus ouverte et encline à expliquer pourquoi les animaux sont nécessaires à la recherche. »
Toutefois, le directeur de campagne de l’Union Britannique Contre la Vivisection (Buav), Alistair Currie, fait remarquer : « HLS et le Ministère de l’Intérieur ont tous deux présenté l’excuse de la ’confidentialité commerciale’ et ont refusé plusieurs requêtes depuis l’approbation de cette loi. Alors HLS peut maintenir sa ligne de relations publiques, les gens n’ont aucun moyen de les tenir pour responsables. »
Qu’en est-il de la protection des animaux dans les laboratoires ?
Festing explique : « Il y a eu des améliorations quant au bien-être des animaux grâce à de meilleures conditions de détention, à une attitude bienveillante dans diverses institutions et une application de la règle des 3 R. » Les 3 R sont : Réduire le nombre d’animaux utilisés ; Réformer les expériences afin de faire souffrir le moins possible les animaux ; enfin, Remplacer si possible les expériences sur les animaux par d’autres expériences. Festing ajoute : « Selon la loi pour la Liberté d’Information de 2005, le Royaume-Uni est bien mieux informé publiquement de la recherche animale que n’importe quel autre pays. »
J’ai demandé plusieurs fois à visiter les locaux de HLS, mais leur ouverture d’esprit ne m’en a toujours pas donné l’accès. Son directeur marketing, Andrew Gay, m’a raconté que les chiens sont à présent toujours enfermés deux par deux - et non plus seuls dans une cage - et qu’une planche leur sert de lit. En termes de bien-être animal, ils ont une « culture de soin » qui est, comme il l’a dit, « assez floue ».
Alors que je m’enquérais auprès de lui sur d’autres éventuels changements, il fit envoyer un e-mail de sa part qui disait : « Je ne vous informerai pas des modifications ou changements qui ont eu lieu au cours de ces 10 dernières années. Comme je l’ai expliqué, certains responsables ici ont une bonne mémoire et ont eu à gérer de nombreuses répercussions (n’ayant rien à voit avec le bien-être des animaux) associées à votre film et je ne voudrais pas que la compagnie vous aide dans votre article. »
Le personnel, y compris les responsables, a eu une période difficile. Les extrémistes des droits des animaux ont visé la société. Brian Cass, le directeur en charge, a été attaqué à coups de pioche devant chez lui en 2001. Des actionnaires ont vu leurs maisons couvertes de graffitis et de l’acide a été déversé sur leurs voitures.
Le gouvernement a renforcé le pouvoir de la police contre ces extrémistes et a créé le « National Extremism Tactical Coordinating Unit » [Unité Nationale de Coordination Tactique contre l’Extrémisme]. Cela coûte à la police du Comté de Cambridge un million de livres par an pour enquêter et intenter des actions contre les manifestants anti-HLS.
Au cours des dix dernières années, des groupes de campagne ont commencé à changer le style de leur protestation, visant les fondateurs et les actionnaires. Cela a temporairement fait chuter l’action HLS sous les 2p. Un document de recherche de la Chambre des Communes affirme que « la combinaison d’attaques violentes et le fait qu’elles soient ciblées sur le soutien financier de la compagnie la poussent au bord de la faillite ».
L’industrie d’expérimentation animale n’existerait pas sans ses dissidents et elle a été soutenue par une petite vague de protestation ; 20 000 personnes ont signé la People’s Petition [la Pétition du Peuple], qui peut être consultée sur le site web de HLS. Elle a permis aux gens de concrétiser leur soutien à l’expérimentation animale et à tous ceux qui travaillent dans ce secteur.
Un jeune étudiant, Laurie Pycroft, excédé par les protestations des défenseurs des droits des animaux, a déclenché un mouvement inverse. En juin dernier, la campagne Pro Test a attiré des centaines de sympathisants. Ils ont défilé dans les rues d’Oxford afin de soutenir la construction du nouveau laboratoire de recherche de 18 millions de livres. En passant devant le site, j’ai remarqué que les maçons portaient des cagoules pour garder leur anonymat, que les véhicules n’étaient pas immatriculés et qu’une palissade de presque 5m avait été érigée.
Au cours de ces dix années, on a voté des lois qui peuvent être utilisées contre les partisans des droits des animaux. Le Serious Organised Crime and Police Act 2005 [Loi 2005 contre la criminalité organisée intense et de la police] et le Protection from Harassment Act 1997 [loi 1997 de Protection contre le harcèlement] en sont des exemples. Les activistes de Stop Huntingdon Animal Cruelty [Arrêtons la cruauté animale de Huntingdon] (Shac) et le Groupe de Parole d’Oxford ont eu des injonctions sur la base de la loi de Protection contre le Harcèlement. Cette loi protège le personnel des agressions, y compris sexuelles, des harcèlements et menaces. Au sein de HLS, Gay explique : « Depuis que la loi est renforcée, il y a eu une régression des actes violents. »
Cependant, les termes de ces nouvelles lois sont tels que la police pourrait les utiliser sur n’importe quels militants, et cela pourrait affecter notre droit à la protestation. Comme l’affirme le journaliste et environnementaliste George Monbiot : « Le Gouvernement a utilisé l’excuse d’une protestation violente pour les droits des animaux afin de légiférer contre toutes sortes de protestations, pacifiques ou pas. La police a maintenant le pouvoir d’arrêter partout, par n’importe quels moyens, toute protestation. »
Mais comment être certain que les événements dont j’ai été témoin ne se reproduisent pas ? Le Ministère de l’Intérieur a mené 25 contrôles surprise chez HLS au cours de l’année dernière, mais ces visites non-annoncées avaient lieu lorsque j’étais là et ils n’ont vérifié ni les abus sur animaux, ni la manipulation des doses.
Gem D’Silva, le chef des investigations, explique : « Cela est devenu sans aucun doute très difficile de rester incognito. Le secteur a reconnu que l’infiltration et l’investigation des laboratoires sont les meilleurs outils à la disposition des partisans de la fin de l’expérimentation animale. Il n’est donc pas surprenant qu’au cours des 10 dernières années, des sociétés telles que HLS aient dépensé de larges sommes pour nous empêcher d’entrer, entre autres en suivant des formations d’anti-infiltration et en appliquant des procédures sécuritaires plus strictes.. »
Dix ans plus tard, mon opinion quant à l’expérimentation animale reste la même : je n’ai jamais été contre. Je suis entrée chez HLS parce que je suis journaliste et que je travaillais pour un documentaire diffusé sur Channel 4 et produit par Small World Productions. Mais il semblerait que la seule façon de savoir vraiment ce qui se passe à l’intérieur des laboratoires serait que quelqu’un y cache une série de caméras cachées et diffuse les résultats, une fois de plus.
Historique des changements
1997 Interdiction d’expérimentation animale pour les cosmétiques, l’alcool et le tabac.
1997 Emergence de la tactique extrémiste visant les seules sociétés.
1998 Interdiction de tester les ingrédients cosmétiques.
1999 Introduction par le Ministère de l’Intérieur d’une révision éthique locale.
1999 Pour la première fois, les scientifiques se sont sentis concernés par l’importance croissante des régulations pour mener à bien une recherche scientifique de qualité.
1999 Officialisation de l’accord interdisant la licence de recherche sur les grands singes.
2001-5 Trois enquêtes en quatre ans afin de déterminer la validité, l’éthique et la législation de la recherche animale ; toutes ont confirmé que la recherche animale pouvait contribuer à une avance du milieu médical et vétérinaire. Ces enquêtes ont été perpétrées par un comité de la Chambre des Lords, le Comité des Procédures Animales et le Conseil de Nuffield sur la Bioéthique.
2004 Le gouvernement met en place un Centre National pour les 3 R afin de donner de l’élan à une approche éthique de l’expérimentation animale.
2005 La loi sur la Liberté de l’Information permet au Royaume-Uni d’être mieux informé publiquement sur la recherche animale que n’importe quel autre pays.
2005 Le Gouvernement prend l’engagement de bloquer les extrémistes de la défense des droits des animaux.
2006 Les sociétés et instituts de recherche ont à présent une attitude d’ouverture plus grande, ce qui permet la publication de dépositions sur leur site web et donne aux médias l’accès aux centres de recherche.
Connaitre l’affaire du Chien Brun (’Brown Dog affair’)
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L’affaire du Chien Brun est une controverse politique centrée sur la vivisection, qui fit rage dans l’Angleterre edwardienne de 1903 à 1910. Cette controverse donna lieu à divers événements, tels que l’infiltration d’activistes suédoises dans des cours de médecine à l’Université de Londres, des batailles rangées entre des étudiants en médecine et la police, la protection policière de la statue d’un chien, un procès pour écrits diffamatoires à la Cour Royale de Justice et encore la création d’une Commission Royale pour enquêter sur l’expérimentation animale. L’affaire du Chien Brun devint bien vite célèbre et aurait mené à la division du pays.
La controverse débuta par des accusations selon lesquelles, en février 1903, William Bayliss, du département de physiologie du Collège Universitaire de Londres, aurait pratiqué de manière illégale, face à un public d’étudiants en médecine, la dissection d’un chien terrier brun. Selon Bayliss et son équipe, le chien avait été préalablement et correctement anesthésié ; selon les activistes suédoises, il était conscient et se débattait. La procédure fut qualifiée de cruelle et illégale par la Société Nationale Anti-vivisection. Bayliss, qui découvrit les hormones grâce à ses recherches sur les chiens, fut outragé par ces attaques contre sa réputation. Il intenta un procès pour diffamation et le gagna.
Les partisans de l’anti-vivisection érigèrent à la mémoire du chien une statue en bronze, qui fut inaugurée à Battersea en 1906, mais son inscription provocatrice - « Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps encore cela durera-t-il ? » - déclencha la colère des étudiants en médecine, ce qui entraîna de fréquents actes de vandalisme contre ce monument et provoqua la mobilisation constante de forces de police contre ceux que l’on appelait les « ennemis des chiens ». Le 10 décembre 1907, 1 000 ennemis des chiens défilèrent dans les rues du centre de Londres et s’opposèrent aux suffragettes, aux syndicats et à 400 officiers de police à Trafalgar Square dans une série de combats connus sous le nom d’ « émeutes du Chien Brun ».
La municipalité de Battersea, agacée par cette controverse, fit enlever la statue une nuit de 1910, après quoi elle fut prétendument détruite par le forgeron de la ville, malgré une pétition de 20.000 signatures en sa faveur. Les groupes anti-vivisection commandèrent une nouvelle statue du Chien Brun plus de 70 ans plus tard. Elle fut érigée à Battersea Park en 1985.
Contexte Politique
Walter Gratzer, professeur émérite en biochimie au King’s College de Londres, écrit qu’une puissante opposition à la vivisection s’est développée en Angleterre pendant le règne de la Reine Victoria, équitablement répartie entre la Chambre des Communes et la Chambre des Lords. À cette époque, le mot « vivisection » se référait à la dissection d’animaux vivants, avec ou sans anesthésie, souvent face à des assemblées d’étudiants en médecine. Le terme est aujourd’hui plus amplement utilisé et inclut toutes sortes d’expériences sur les animaux, en particulier les expériences invasives.
Selon Gratzer, des physiologistes renommés tels que Claude Bernard et Charles Richet en France, et Michael Foster et Burdon Sanderson en Angleterre, furent fréquemment critiqués publiquement en raison du travail qu’ils accomplissaient. Bernard en particulier était victime d’agressions violentes, provenant même de sa propre famille. Il semble qu’il ait approuvé leurs réprobations, lorsqu’il écrivait « la science de la vie est une superbe salle d’une clarté éblouissante qu’on ne peut atteindre qu’en passant par une longue salle de cuisine répugnante ». Gratzer raconte que les anti-vivisectionnistes britanniques s’infiltrèrent dans les conférences parisiennes de François Magendie, un enseignant de Claude Bernard. On pouvait y voir des animaux attachés sur des tables pour y être disséqués et il semblerait Magendie criait sur les chiens alors qu’ils se débattaient : « Tais-toi, pauvre bête ! »
La Société Nationale Britannique Anti-vivisection (NAVS) fut fondée en décembre 1875 par Frances Power Cobbe, une féministe précoce et activiste en faveur des droits des animaux, à une époque où on dénombrait chaque année plus de 300 expériences sur les animaux. L’opposition à la vivisection conduisit le gouvernement à créer la Première Commission Royale sur la Vivisection en juillet 1875. Celle-ci préconisait une législation capable de contrôler la vivisection. La Seconde Commission Royale fut réunie en 1906 en raison de l’affaire du Chien Brun. La première Commission donna lieu à la Loi de 1976 sur la Cruauté envers les Animaux [Cruelty to Animals Act 1976] - critiquée par la NAVS comme « infâme mais qui porte bien son nom » - qui légalisa la pratique et tenta de lui imposer des limites. La loi resta en force 110 ans, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par la Loi sur les Animaux de 1986 (Procédures scientifiques) [Animals (Scientific Procedures) Act 1986], qui est aujourd’hui critiqué de la même manière par le mouvement pour les droits des animaux.
La Loi sur la Cruauté envers les Animaux stipulait que les chercheurs ne pouvaient pas être poursuivis pour cruauté, à la condition que les animaux soient anesthésiés, sauf si cette anesthésie avait une quelconque interférence avec le but de l’expérience. Ces animaux ne pouvaient être utilisés qu’une seule fois, bien que plusieurs procédures, considérées comme faisant partie de la même expérience fussent permises, et devaient être exécutés une fois l’étude terminée, sauf si cette mort défavorisait l’objet de l’expérience. Selon la loi, les poursuites ne pouvaient se faire que sur approbation du Ministre de l’Intérieur, à l’époque Aretas Akers-Douglas, premier vicomte Chilston, que l’on disait défavorable à la cause des militants de l’anti-vivisection.
Science
Au début du vingtième siècle, Ernest Starling, professeur de physiologie au Collège Universitaire de Londres, et son beau-frère, le physiologiste William Bayliss, utilisaient la vivisection sur les chiens afin de déterminer si le système nerveux avait un contrôle sur les sécrétions pancréatiques, comme le supposait Ivan Pavlov.
Ils savaient que le pancréas sécrétait des sucs digestifs pour contrer la forte acidité du duodénum et du jéjunum, due à la présence de chyme. En sectionnant les nerfs du duodénum et du jéjunum de chiens anesthésiés, en laissant intacts les vaisseaux sanguins et en introduisant par la suite de l’acide dans le duodénum et le jéjunum, ils découvrirent que ce n’est pas une réponse nerveuse qui sert d’intermédiaire dans ce processus, mais un nouveau type de réflexe chimique. Ils ont nommé ce messager chimique ’sécrétine’, puisqu’elle est sécrétée par le revêtement intestinal dans le flux sanguin et stimule de la sorte le pancréas lors de la circulation.
En 1905, Starling créa le terme « hormone », du grec hormao (ὁρµάω, qui signifie « je relève » ou « j’excite »), pour définir des substances chimiques telles que la sécrétine, qui sont capables, dans des quantités extrêmement faibles, de stimuler des organes à distance.
Bayliss et Starling eurent également recours à la vivisection sur des chiens anesthésiés dans leur découverte du péristaltisme en 1899. Tout au long de leur carrière, ils continuèrent à mettre à jour une grande variété de phénomènes et principes physiologiques importants, la plupart desquels proviennent de leur travail expérimental, qui comprenait la vivisection animale.
Vivisection du chien brun
Le chien brun était un bâtard de type terrier, probablement un ancien chien errant ou animal de compagnie, qui pesait 6kg et avait un poil court et rêche. Il fut utilisé pour la première fois pour une dissection en décembre 1902 par Starling, qui avait ouvert l’abdomen du chien et y avait ligaturé le canal pancréatique. Les deux mois suivants, le chien vécut dans une cage. On raconte qu’il bouleversait le public par ses hurlements.
Le 2 février 1903, on le ramena dans la salle de cours pour une autre démonstration. Au cours de cette deuxième procédure, il fut attaché sur le dos sur une table opératoire, ses pattes attachées à la table, sa tête maintenue en position et son museau affublé d’une muselière pour le faire taire.
Face au public, Starling ouvrit à nouveau le ventre du chien pour contrôler les résultats de l’opération précédente, après quoi il referma l’incision et laissa le chien à Bayliss, qui voulut observer les glandes salivaires. Bayliss pratiqua une nouvelle incision au niveau de la gorge du chien afin d’exposer ses glandes. Le chien fut alors stimulé électriquement dans le but de démontrer que la pression salivaire était indépendante de la pression sanguine. Bayliss ne réussit pas à le démontrer, et mit fin à ses essais après une demi-heure. Le chien fut alors présenté à un étudiant, Henry Dale, futur lauréat au prix Nobel, qui lui ôta le pancréas, et le tua d’un coup de couteau.
Walter Gratzer raconte que le chien avait été anesthésié au cours de l’expérience par une injection de morphine, ensuite par un mélange de chloroforme, d’alcool et d’éther. Tout ceci lui fut administré dans un tube au niveau de la trachée par un tuyau caché derrière la table où les hommes travaillaient. Gratzer prétend que sans anesthésie, il aurait été impossible de pratiquer une telle opération.
Infiltration des activistes suédoises
À l’insu de Starling et Bayliss, les cours avaient été infiltrés par deux activistes suédoises. Louise « Lizzy » Lind-af-Hageby, une comtesse suédoise de 24 ans, et Leisa K. Schartau avaient visité l’institut Pasteur à Paris en 1900 et avaient été horrifiées par la façon dont on y utilisait les animaux. À leur retour en Suède, elles se mirent en contact avec la Ligue Suédoise de Protection des Animaux et fondèrent, en 1900, la Société Suédoise Anti-Vivisection. En 1902, elles se firent admettre comme étudiantes à l’Ecole Londonienne de Médecine pour les Femmes - un collège sans vivisection qui organisait des séances de cours dans d’autres collèges londoniens - en partie pour se former médicalement et en partie pour s’infiltrer en qualité d’anti-vivisectionnistes.
Les femmes assistèrent aux cours donnés au King’s College et au Collège Universitaire, tenant un journal méticuleux. Elles le publièrent en 1903 comme témoins oculaires et en changèrent le titre lors de sa seconde édition, qui devint Le fouillis de la Science : Extraits d’un journal de deux étudiantes en physiologie. Le livre aurait eu l’effet d’une bombe, et reçut 200 critiques en quatre mois.
À propos du chien brun, les femmes écrivirent qu’il semblait conscient et qu’il n’y avait aucune odeur d’anesthésie.
D’autres étudiants, présents lors de l’opération ont affirmé que le chien ne s’était pas débattu, mais avait simplement tremblé.
Implications de la Société Nationale Anti-Vivisection
Lind-ad-Hageby et Schartau décidèrent de montrer leur journal à l’avocat Stephen Coleridge, secrétaire de la Société Nationale Anti-Vivisection (NAVS) et fils d’un ancien Président de la Haute Cour d’Angleterre.
La description des expériences sur le chien brun attira l’attention de Coleridge parce que la Loi sur la Cruauté envers les Animaux interdisait d’utiliser un animal dans plusieurs expériences. Pourtant, il était manifeste que le chien brun avait été utilisé par Ernest Starling pour effectuer une opération sur le pancréas, utilisé une fois de plus par Starling lorsqu’il ouvrit le chien pour vérifier les résultats de l’opération précédente et une troisième fois par Bayliss pour en examiner les glandes salivaires. De plus, le chien n’avait pas été anesthésié correctement, selon les femmes, et avait été tué par Henry Dale, qui n’était à l’époque qu’un étudiant non-diplômé. Les femmes prétendaient également que les étudiants avaient ri durant l’expérience : « Les blagues et les rires fusaient » dans la salle alors que l’on disséquait le chien brun, selon Lind-af-Hageby. Une affirmation qu’elle publia dans son livre dans le chapitre « Divertissement ». Toutes ces descriptions furent considérées comme des violations recevables de la Loi.
Selon Peter Mason, Coleridge décida que, d’après la Loi, qu’il considérait comme délibérément obstructionniste, on ne pouvait compter sur des poursuites judiciaires. À la place, probablement dans l’optique d’intenter un procès pour diffamation, il prononça un discours animé sur ces allégations lors de la réunion annuelle de la Société Nationale Anti-Vivisection à St James Hall en mai 1903. Son discours incluait une affirmation de Lind-af-Hageby : « Le chien s’est débattu énergiquement pendant toute l’expérience et semblait souffrir énormément au cours de la stimulation. Aucun anesthésique n’avait été administré en ma présence et le professeur ne mentionna aucune pratique préalable d’anesthésie ». Coleridge accusa les scientifiques d’avoir torturé l’animal. « S’il ne s’agit pas de torture, laissons donc Mr. Bayliss et ses amis... nous expliquer au nom du Ciel ce qu’est la torture ».
Mason écrit que son discours fut publié mot pour mot le lendemain dans le quotidien radical Daily News - fondé par Charles Dickens - et par d’autres journaux nationaux et régionaux au cours des trois jours suivants. Des questions furent soulevées à la Chambre des Communes, particulièrement par Sir Frederik Banbury, un parlementaire conservateur, auteur d’un projet de loi visant à mettre fin aux expériences du genre de celles menées par Starling et Bayliss. Le 8 mai 1903, Coleridge lança un défi à Bayliss dans une lettre adressée au Daily News : « Quand le Dr. Bayliss voudra juger de la bonne foi et de l’exactitude de ma déclaration publique... il sera confronté à la barre des témoins par des personnes en qui j’ai confiance. »
Bayliss exigea des excuses publiques qui n’arrivèrent jamais et assigna Coleridge en justice pour diffamation. Starling décida de ne pas intenter de procès. Même dans The Lancet, une revue médicale sans affinité avec Coleridge, on pouvait lire que « l’on pourrait prétendre que le professeur Starling... ait commis une infraction technique à la loi. »
Bayliss contre Coleridge
Le procès débuta le 11 novembre 1903 à la Cour Royale de Justice, située sur The Strand, et s’étendit sur quatre jours, se terminant le 18 novembre 1903. Le British Medical Journal l’a nommé « un cas de jurisprudence d’une gravité extrême ». On décrivit la tribune réservée au public comme étant bondée et bruyante, sans plus aucune place assise ou debout. Des files de 30m se formaient à l’extérieur du tribunal.
L’avocat de Bayliss, Rufus Isaacs, appela Sterling comme premier témoin. Sterling admit qu’il avait enfreint la loi en utilisant le chien à deux reprises, mais dit en sa défense qu’il avait agi de la sorte afin d’éviter de sacrifier deux chiens. La cour accepta la déposition de Bayliss selon laquelle le chien brun avait été anesthésié avec un grain et demi de morphine et 170g d’alcool, de chloroforme et d’éther. Bayliss affirma plus tard que le chien souffrait de chorée, une maladie se traduisant par des spasmes involontaires, ce qui signifiait que tous les mouvements perçus par les deux femmes n’étaient pas délibérés. De plus, il déclara que le chien avait subi une trachéotomie et qu’il était par conséquent impossible que les femmes l’aient entendu pleurer et gémir, comme elles l’avaient affirmé.
La défense de Coleridge fit témoigner les deux femmes suédoises. Elles affirmèrent être les premières étudiantes à avoir pénétré dans la salle de cours et à avoir vu qu’on y amenait le chien. Elles étaient alors restées seules avec l’animal pendant deux minutes, et l’examinèrent. Elles relevèrent des cicatrices provenant de précédentes opérations et virent une incision au niveau du cou, où deux tubes avaient été placés. Elles ne perçurent l’odeur d’aucun anesthésique. Le chien bougeait d’une manière qui leur sembla volontaire, leur donnant l’impression d’être conscient.
On critiqua Coleridge pour avoir accepté cette « calomnie sans fondement », comme l’appela plus tard le bactériologiste Harold Ernst, sans chercher de confirmation, tout en sachant que cette divulgation publique pouvait mener à des poursuites judiciaires. Coleridge répondit qu’il n’avait pas cherché de vérification car il s’attendait à ce que ces affirmations soient démenties et il assura qu’il continuait à croire que les femmes disaient la vérité.
Selon Gratzer, le jury conclut à une diffamation de Bayliss et le 18 novembre 1903 celui-ci obtint 2 000£ de dommages et intérêts, plus 3 000£ de frais, ce qui équivaut à environ 250 000£ en 2004. Les avis divergent quant à la popularité de cette décision. L’Edimburgh Medical Journal écrivit en 1904 que la sentence fut accueillie par les applaudissements du tribunal et que Frances Power Cobbe fit une dépression au vu de l’animosité du public. Alors que se déclara satisfait du verdict, le Daily News parla d’erreur judiciaire, lança une récolte de fonds pour pouvoir payer les frais de Coleridge et réussit à collecter 5 735£ en quatre mois. Bayliss fit don des dommages et intérêts au Collège Universitaire de Londres afin qu’ils soient utilisés dans la recherche. Gratzer écrit que ces fonds sont probablement encore utilisés aujourd’hui pour acheter des animaux destinés à la recherche.
Le 25 novembre 1903, Ernest Bell de Covent Garden, éditeur et imprimeur de Le Fouillis de la Science, s’excusa auprès de Bayliss « pour avoir imprimé et publié le livre en question » et s’engagea à le faire retirer de la circulation et à remettre toutes les copies restantes aux avocats de Bayliss. La Société pour la Défense des Animaux et Anti-Vivisection fondée par Lind-af-Hageby en 1903 republia le livre, arrivant à une cinquième édition en 1913. Le chapitre « Divertissement », qui avait causé tant de remous, fut remplacé par un autre, appelé « Les Vivisections du Chien Brun » qui décrivait l’expérience et le procès.
La construction du monument au chien brun
Après le procès, Anna Louisa Woodward, fondatrice de la Ligue Mondiale contre la Vivisection, consulta Lind-af-Hageby et lui suggéra l’idée d’un monument public. Woodward collecta des dons et commanda au sculpteur Joseph Whitehead une statue en bronze du chien placée au sommet d’un socle en granit - d’une hauteur de 2,3m - représentant une fontaine pour les hommes et plus bas un abreuvoir pour les chiens et les chevaux.
Le groupe s’adressa à la municipalité de Battersea afin de trouver un endroit où placer le monument. La région était connue pour être un foyer du radicalisme - prolétarienne, socialiste, enfumée et pleine de taudis - et était clairement associée au mouvement anti-vivisection. L’Hôpital Général de Battersea refusait d’effectuer des vivisections ou d’engager des médecins qui la pratiquaient et dans la région, on le surnommait l’« Antiviv » ou le « Vieux Anti ». Le Chenil de Battersea était bien connu à Londres. En 1907, son président, le Duc de Portland, refusa la proposition de vendre ses chiens errants à des adeptes de la vivisection en la qualifiant de « non seulement horrible, mais absurde. »
La municipalité de Battersea accepta de laisser une place à la statue dans son tout nouveau Lotissement de Latchmere, un quartier résidentiel pour la classe ouvrière avec des logements en terrasses disponibles pour sept/six pence la semaine. La statue fut inaugurée le 15 septembre 1906 devant une large foule - parmi les intervenants on comptait George Bernard Shaw et Charlotte Despard - et on pouvait y lire une inscription décrite par The New York Times comme « le langage hystérique habituel des antivivisectionnistes » et « une diffamation de toute la profession médicale ».
Emeutes
La plaque mit en rage les étudiants en médecine des centres hospitaliers universitaires. La statue vécut tranquillement sa première année, alors que le Collège Universitaire explorait l’idée d’engager des poursuites contre celle-ci. Mais à partir du mois de novembre 1907, les étudiants firent de Battersea la scène de fréquentes perturbations.
La première action eut lieu le 20 novembre 1907, lorsqu’un groupe d’étudiants du Collège Universitaire, mené par William Howard Lister, un étudiant de premier cycle, traversa la Tamise du nord jusqu’à Battersea avec leviers et marteaux et tentèrent de faire tomber la statue. Dix d’entre eux furent arrêtés. Le lendemain, d’autres protestèrent à Tottenham Court Road contre les amendes infligées aux dix assaillants et le jour suivant des centaines d’étudiants manifestèrent, brandissant des effigies du chien brun sur des bâtons. Dans The Times, on pouvait lire qu’ils remontèrent The Strand afin de brûler le portrait d’un magistrat, mais sans succès, et il le jetèrent finalement dans la Tamise.
Les émeutes atteignirent leur point culminant le mardi 10 décembre 1907, lorsque 100 étudiants en médecine tentèrent une fois de plus de saccager le monument. Les protestations précédentes avaient été spontanées, mais celle-ci fut organisée pour coïncider avec le match annuel de rugby Oxford-Cambridge au Queen’s Club, à West Kensington. Les manifestants espéraient ainsi que parmi le millier d’étudiants d’Oxbridge qui seraient présents, quelques-uns viendraient leur prêter main-forte. Peter Mason écrit que dans les rues, on vendait même des mouchoirs sur lesquels étaient brodés la date de la manifestation et les mots « L’inscription du chien brun est un mensonge et la statuette est une insulte à l’Université de Londres ».
Vers la fin de l’après-midi, un groupe de manifestants se dirigea vers Battersea dans l’intention d’abattre la statue et de la jeter dans la Tamise. Chassé hors du Lotissement Latchmere par des ouvriers, le groupe continua alors en direction de Battersea Park Road, où il tenta, sans succès, de prendre d’assaut l’hôpital anti-vivisection. Les ouvriers repoussèrent une fois de plus les étudiants. Le Daily Chronicle raconte que lorsqu’un étudiant tomba du sommet d’un tram et se blessa, les ouvriers crièrent : « C’est la vengeance du chien brun ! »
Un deuxième groupe se dirigea vers le centre de Londres en brandissant d’autres représentations du chien brun. Ils furent escortés par la police et, pendant un moment, par un joueur de cornemuse. Lorsqu’ils atteignirent Trafalgar Square, ils étaient un millier, face à 400 officiers de police, dont certains étaient montés. Les étudiants se regroupèrent autour de la Colonne de Nelson et les meneurs grimpaient à sa base pour prendre parole. Tandis que les étudiants se battaient au sol avec des policiers, la police montée chargeait la foule, la divisant en petits groupes et arrêtant les retardataires, parmi lesquels se trouvait un étudiant de premier cycle de Cambridge, Alexander Bowley, qui fut arrêté pour avoir « aboyé comme un chien ».
Les batailles continuèrent pendant des heures dans le centre de Londres avant que la police n’arrive à contrôler la foule. Un médecin local raconta au South Western Star que l’échec des étudiants à repousser la police plus longtemps était un signe de « pure dégénération » de jeunes médecins et de la race Anglo-Saxonne.
Au cours des jours et des semaines qui suivirent, des émeutes plus importantes éclatèrent. Les étudiants en médecine et en science vétérinaire s’unirent. Il était fréquent que des réunions pour le suffrage des femmes fussent envahies par des étudiants en médecine qui aboyaient comme des chiens et criaient « A bas le chien brun ! », bien que ceux-ci fussent conscients que toutes les suffragettes n’étaient pas anti-vivisectionnistes. Le 5 décembre, une réunion de suffragettes à Paddington Baths , organisée par Milicent Fawcett, fut violemment envahie. Louise Lind-af-Hageby organisa une réunion d’anti-vivisectionnistes à Acton Central Hall le 16 décembre et bien que la réunion fût protégée par de nombreux ouvriers de Battersea, plus d’une centaine d’étudiants réussirent à s’y infiltrer et l’événement dégénéra en un échange de coups de poing, de lancer de chaises et de bombes fumigènes.
On se demanda à la Chambre des Communes combien il en coûterait de faire garder la statue par des policiers. Le commissaire de la police londonienne écrivit à la municipalité de Battersea afin d’obtenir une participation aux frais, qui s’élevaient à 700£ par an. Le conseiller municipal John Archer - le premier homme de race noire à avoir été élu à une fonction officielle au Royaume-Uni et qui fut élu plus tard maire de Battersea - expliqua au Daily Mail qu’il s’étonna d’une telle requête, étant donné que Battersea payait déjà 22.000£ par an de frais de police. D’autres conseillers municipaux, préoccupés par une hausse des tarifs, proposèrent d’enfermer la statue dans une cage en acier, entourée d’une clôture en fils barbelés. La Ligue de Défense Canine se félicita que Battersea n’organise pas de raids dans les laboratoires pour détruire les instruments de vivisection, auquel cas il reviendrait aux laboratoires de payer les frais de police.
Relations étranges
Susan McHugh de l’Université du New England écrit que le fait que le chien fût un bâtard expliquait l’extraordinaire coalition qui s’était formée en défense de la statue. Au cours de ces manifestations, on pouvait apercevoir des socialistes, des syndicalistes, des marxistes, des libéraux et des suffragettes qui s’étaient rendus en groupe à Battersea pour affronter les étudiants en médecine. Cependant, les suffragettes, associées à la bourgeoisie, n’étaient pas très appréciées des ouvriers organisés - les hommes des classes populaires étaient contre le droit de vote donné à ces femmes au travail médiocre. Ils étaient toutefois unis par le « Chien brun assassiné dans les laboratoires du collège universitaire » par des hommes de science.
Coral Lansbury écrit que les causes du féminisme et du suffrage aux femmes étaient étroitement liées au mouvement anti-vivisection. Trois sur les quatre vice-présidents de l’hôpital général de Battersea qui refusèrent d’y pratiquer la vivisection étaient des femmes. Lansbury prétend que l’affaire du Chien Brun devint une question de symboles opposés, une iconographie de la vivisection touchant la corde sensible des femmes. Le chien vivisectionné, muselé et attaché à la table d’opération se confondait avec des images de suffragettes protestant par des grèves de la faim, retenues et forcées à manger à la prison de Brixton ; des femmes attachées sur des tables de gynécologie par de tout-puissants hommes-médecins, auxquelles on prélevait de force les ovaires et les utérus pour soigner leurs « manies » ou qui étaient ligotées pour un accouchement. Richard Wyder raconte que le chien représentait la fragilité des femmes et les étudiants en médecine symbolisaient le machisme de la science.
Les deux camps pensaient être maîtres de leur futur. Hilda Kean du Collège Ruskin écrit que les protagonistes suédoises étaient de jeunes femmes, anticonformistes et progressistes, alors que les scientifiques accusés, des hommes plus âgés, étaient considérés comme les vestiges d’une ère passée. L’affaire ne fut rendue possible que grâce à l’acharnement de ces femmes à atteindre, difficilement, un niveau d’éducation plus élevé. Cela donna vie à une nouvelle forme d’agitation politique, une nouvelle forme d’ « assurance », selon Susan Hamilton de l’Université d’Alberta. En opposition à cela, Lansbury explique que les étudiants voyaient les femmes et les syndicalistes comme des adeptes de la superstition et du sentimentalisme, de l’anti-science, de l’anti-progrès - « des femmes des deux sexes », prenant le parti d’un passé brutal et insalubre - alors que les étudiants et leurs professeurs étaient la « Nouvelle Prêtrise ».
« Dehors, le ’Chien Brun’ »
La municipalité de Battersea en eut assez de cette controverse. Un nouveau conseil fut élu en novembre 1909, alors que l’on parlait d’enlever la statue. Des protestations s’élevèrent en sa faveur et on créa un comité de défense pour le monument du Chien Brun composé de 500 personnes. Vingt mille mains signèrent une pétition et 1500 personnes assistèrent à un rassemblement en février 1910, mené par Charlotte Despard, la suffragette irlandaise activiste du Sinn Féin, par le parlementaire libéral George Greenwood et par Louise Lind-af-Hageby. Il y eut des manifestations dans le centre de Londres et des discours dans Hyde Park, où des partisans affichaient des masques de chiens.
Ces protestations s’élevèrent en vain. La statue fut tranquillement enlevée à l’aube du 10 mars 1910 par quatre ouvriers du Conseil, accompagnés de 120 officiers de police. Elle fut tout d’abord cachée dans un hangar à vélos, ensuite on pense qu’elle fut détruite par un forgeron municipal, qui l’aurait cassée, puis fondue. Dix jours plus tard, 3 000 anti-vivisectionnistes se réunirent à Trafalgar Square pour demander le retour de la statue, mais il était évident que la municipalité ne voulait plus être mêlée à cette affaire.
Peter Mason raconte qu’il ne reste de la vieille statue du Chien Brun qu’un petit monticule sur le sol au centre de l’aire de jeux de Latchmere, près du pub de Latchmere. Un panneau près de la clôture indique « Interdit aux chiens ».
Le monument restauré
En mars 1910, on pouvait lire dans The New York Times qu’ « il est très improbable que l’effigie soit à nouveau exposée dans un lieu public ».
Plus de 75 ans plus tard, un nouveau monument au Chien Brun fut érigé juste derrière la Pump House à Battersea Park, sur la demande de la Société Nationale Anti-Vivisection et de l’Union Britannique pour l’Abolition de la Vivisection, et fut présenté par l’actrice Geraldine James le 12 décembre 1985. La nouvelle statue, forgée par le sculpteur Nicola Hicks, fut érigée au sommet d’un socle de pierre de Portland d’un mètre et demi. Le chien terrier de Hicks servit de modèle à la statue et fut décrite par Mason comme « un contraste coquet par rapport à son prédécesseur réaliste. »
En 1992, comme cela s’était produit pour le monument précédent, le propriétaire de Battersea Park, le Conseil Conservateur de la banlieue de Wandsworth, affirma qu’il fallait enlever la statue dans le cadre d’un projet de renouvellement du parc. Les anti-vivisectionnistes, mettant en doute l’explication du Conseil, manifestèrent pour son retour. Elle fut réinstallée dans le parc, sur le Chemin Woodland, en 1994, près de l’ancien jardin anglais, un endroit encore plus isolé qu’auparavant.
Hilda Kean critiqua la nouvelle statue. L’ancien Chien Brun se tenait droit et avait une attitude de défi, écrit-elle, il ne demandait pas grâce, ce qui en faisait le symbole d’un mouvement politique radical. Le nouveau Chien Brun est un animal de compagnie, le chien de l’artiste, placé comme « héritage » dans l’ancien jardin anglais. Selon David Lowenthal, professeur émérite au Collège Universitaire de Londres, Kean écrit que « ce que l’héritage ne montre pas, il le cache ». Elle écrit que la nouvelle statue a été dissociée de son message anti-vivisection et d’images populaires d’activisme pour les droits des animaux - les cagoules des activistes et les yeux souffrants des lapins. Le nouveau Chien Brun est mis trop à l’abri, explique-t-elle. Contrairement à son ancêtre polémique, il n’embarrasse personne.
VegAnimal.info - Exploitation Animale : Les Racines de l’Exploitation Humaine